Selma Kasap,Yeşim Sert Karaaslan
11 Janvier 2022•Mise à jour: 11 Janvier 2022
AA / Ankara
Interrogé lundi lors d'une de conférence de presse sur les déclarations récentes du président français à propos de la Turquie, Omer Celik, porte-parole du parti de la Justice et du Développement (AK Parti, au pouvoir en Turquie) a accusé le locataire de l'Élysée de calomnier son pays.
Dans un entretien accordé la semaine passée au journal "Le Parisien", Emmanuel Macron avait accusé la Turquie de propager l'islam politique, déclarant qu'"elle ne peut pas rejoindre l'Union européenne".
Omer Celik a déploré cette déclaration du chef d'État français et a souligné l'engagement clair de son pays à promouvoir la laïcité en tous horizons et circonstances.
"Sur quoi se base-t-il pour dire cela" ?, a-t-il demandé.
"Il dit cela pour calomnier la Turquie lorsqu'elle protège ses droits et intérêts en Méditerranée orientale", a estimé Celik.
"Notre président est allé en Égypte. Il a indiqué que le principe de la laïcité de l'État devrait être adopté par les pays du printemps arabe, en tant que principe de paix sociale", a rappelé Celik en référence au discours prononcé au Caire en 2011, par Recep Tayyip Erdogan, alors premier ministre de la Turquie.
"Monsieur Macron, n'oublions pas que les activités de la Turquie ne comportent aucune ambition impériale. Les activités de la Turquie visent à la fois à protéger ses propres droits souverains, mais aussi les politiques que nous suivons dans la région, avec les pays de notre géographie immédiate et sur divers continents. La question qui doit être posée ici est : Pourquoi toute la vision de la politique étrangère de Monsieur Macron est-elle basée sur la rivalité avec la Turquie et avec Erdogan ?", a demandé le porte-parole de l'AK Parti ajoutant que ce sentiment à l'égard de la Turquie est cultivé par le chef d'État français depuis plusieurs années.
Indiquant que Monsieur Macron parle des valeurs de la civilisation européenne, Celik a rappelé certaines enquêtes judiciaires ouvertes en France.
"La justice française a entamé une procédure judiciaire affirmant que des relations du renseignement français avec Daech et le PKK ont été établies au vu et au su des responsables de l'État. Ce type de relation avec Daech et le PKK reflètent-elles la civilisation européenne telle que la conçoit Monsieur Macron ?", a demandé le porte-parole faisant référence à des groupes armés terroristes sévissant en Syrie et en Irak et ayant commis et/ou commandité des attentats terroristes meurtriers en France et en Turquie.
"Pour que Monsieur Macron nous trouve civilisés, faut-il que nous renoncions à nos droits et intérêts en Méditerranée orientale ? Il n'y a qu'une chose que Monsieur Macron comprend : si vous soutenez la Grèce et la partie chypriote grecque, vous devenez civilisés. Si la Turquie protège ses propres droits et intérêts et s'oppose à la Grèce et à la partie chypriote grecque, elle n'est pas civilisée", a estimé Omer Celik, faisant allusion aux ambitions maximalistes en mer Égée et Méditerranée orientale de ses voisins membres de l'Union européenne (UE).
"Pour les raisons que j'ai énumérées, nous laissons cette rhétorique à M. Macron. Il peut l'utiliser à sa guise. Nous savons aussi qu'il ne convaincra personne dans le monde avec cela", a-t-il ajouté.
Selon le porte-parole de l'AK Parti, pour que le chef d'État français considère la Turquie comme civilisée, celle-ci devrait renoncer à soutenir l'Azerbaïdjan dans la guerre du Karabagh, c'est-à-dire de garder le silence face à l'invasion arménienne de 20 % de son territoire et de renoncer aux droits et intérêts de la République Turque de Chypre du Nord dans le Méditerranée orientale.
"Nous ne ferons pas ces choses", a souligné Celik qui a ainsi poursuivi sa réponse à la question d'un journaliste :
"Mais pour que nous acceptions cette conception des faits de Monsieur Macron comme une vision politique civilisée, Monsieur Macron doit s'excuser pour les charniers qu'il a perpétrés en Libye en soutenant Haftar. Il doit s'excuser auprès du peuple algérien pour avoir affirmé que la Nation algérienne n'aurait pas existé avant la colonisation française ainsi que pour tous les crimes perpétrés dans les colonies africaines de la France.
"Il doit s'excuser pour le soutien apporté au terrorisme, en l'occurrence au soutien apporté aux organisations terroristes Daech et PKK par une entreprise cimentière, auparavant dénommée Lafarge, au vu et au su des services de renseignement et des responsables de l'État français. Alors nous le considèrerons aussi comme civilisé. Par conséquent, nous laissons à Monsieur Macron sa conception de la civilisation. Nous poursuivons notre chemin avec nos propres principes de civilisation", a conclu le porte-parole de l'AK Parti, Omer Celik.
* Traduit du turc par Ümit Dönmez