AA/ Yaoundé/ Anne Mireille Nzouankeu
Enfant déjà, il a rêvé d'exploits au profit de sa nation, après un long périple fertile en réalisations, il a retrouvé le chemin de Yaoundé en provenance de Washington pour ainsi révolutionner la médecine des bourgs camerounais et exceller dans l'art de servir les pauvres, il s'appelle Jacque Bonjawo. Il s'est confié à Anadolu.
AA- Après une brillante carrière à l’étranger, où vous étiez conseiller de l’Américain Bill Gates, vous êtes aujourd’hui à la tête de « Genesis Telecare », une entreprise active dans les prestations médicales à distance. Comment un informaticien se retrouve-t-il dans la télémédecine ?
JB- J’étais souvent convaincu que mon expérience en matière de technologie et en sciences de l’informatique pourrait servir la médecine au Cameroun. Autrement dit, mettre la technologie de pointe à la disposition des médecins, pourrait les aider à mieux faire leur travail et à généraliser ce service vital au profit de tous les concitoyens , surtout ceux des régions rurales et reculées. L’essentiel de ma démarche est de servir la médecine par l’informatique.
AA- Comment se passent-elles les choses sur le terrain?
JB- Nos prestations sont essentiellement destinées aux zones rurales, où nous disposons d’une dizaine de centres. Les patients qui sollicitent ces centres n’ont toujours pas la possibilité d’être couverts par le système de santé conventionnel, pour avoir accès à un médecin, qu’il soit généraliste ou spécialiste. Il suffit que le patient se présente dans le centre sis dans sa région, pour se connecter via un écran, à un médecin de Yaoundé, de Douala, de Dakar ou encore d’Europe. Tout se passe à travers les réseaux informatiques : le médecin examine le malade, fait le diagnostic, puis, lui prescrit les soins nécessaires.
AA- Votre retour au berceau de la naissance pour y lancer un tel projet d’envergure, est-ce une sorte de reconnaissance à la terre natale ?
Je suis rentré parce que tout d’abord je suis camerounais. Puis, j’ai constamment réalisé que j’avais un devoir à accomplir envers mon pays. J’avais eu la chance de réussir mes études, d’évoluer à un niveau international et d’acquérir de nouvelles connaissances, dont je m'étais servi pour participer au développement de mon pays. J’en suis fier.
AA- Etes-vous facilement parvenu à vous réadapter au contexte africain : relations sociales, conduites de certains collaborateurs et ouvriers, coupures d’électricité, lenteur des réseaux téléphoniques et d'internet, etc, après avoir longtemps exercé dans des circonstances aisées et un environnement très développé ?
Je ne dirais pas le contraire. Mais, c’était- et l’est encore- un challenge pour moi. Je savais que la réintégration de la vie camerounaise ne serait pas chose aisée. C’est pourquoi je m’y étais préparé mentalement, avant de lancer mon projet. Sinon, il faut dire que tout homme désireux de réussir doit-être capable de s’adapter à toutes les circonstances. Car, le succès en dépend énormément.
Des voix s’élèvent disant que le siècle en cours est celui de l’Afrique. Soutiendriez-vous cette appréciation ?
Les Africains doivent passer à l’action, sans jamais se contenter de palabrer et de le dire. Il faut, pour la réalisation de cet objectif, des politiques visionnaires et éclairées, en fonction des spécificités de chaque pays. C’est vrai que L’Afrique dispose de ressources naturelles considérables. Mais, pour mieux valoriser ces richesses naturelles, il faut se doter de bonnes ressources humaines et de hautes compétences. D’où la nécessité de promouvoir la formation et les systèmes éducatifs africains.
AA- De ce point de vue, ne pensez-vous pas que les pays africains devraient procéder à l’instar du Sénégal pour récupérer leurs enfants prodiges évoluant à l’étranger ? Sinon, quels seraient les fondements à jeter pour réaliser un tel objectif ?
JB- Les pays africains qui désirent récupérer leurs hautes compétences établies à l’étranger sont appelés à créer un environnement propice à la réussite. Cela passe par le rétablissement de certaines valeurs, notamment celles du mérite, de la concurrence constructive et de la créativité. Il faut également jeter les fondements et les bases permettant de créer de grands projets et de promouvoir l’employabilité des diplômés du supérieur. Ainsi, ils pourraient mettre un terme au départ de leurs cerveaux et entrer de plein pied dans une nouvelle ère de développement et d'émergence.