AA/ Conakry/ Fabien Offner
Alors que la communauté internationale est en état d’alerte et que les sommets de crises sanitaires se multiplient, les Guinéens ne semblent pas se soucier outre mesure du virus pourtant mortel dans 90% des cas et qui ne connaît aucun remède jusqu’à présent.
La propagation rapide du virus Ebola en Afrique de l'ouest défraye la chronique depuis son apparition en Guinée- Conakry, en mars dernier. Au total, ce sont 932 personnes qui ont succombé à la maladie en Guinée, puis au Libéria, au Sierra Leone et au Nigéria, selon les derniers chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Mais, être le premier foyer de propagation au monde, n’inquiète qu’à très faible degré les Guinéens. Si la peur est palpable, les habitants de la capitale ne semblent pourtant pas tout à fait prêts à changer leurs habitudes quotidiennes, malgré le chiffre effrayant de 363 morts enregistrés dans le pays, dont plus de 30 pour la capitale seule.
Les campagnes d’information et de prévention sont d'ailleurs rares dans le pays, aussi bien dans les médias que dans les rues.
Dans une agence de transfert d'argent de Taouyah, en banlieue de Conakry, aucun produit n'est proposé pour se laver les mains avant d'échanger les encombrantes liasses de francs guinéens.
Rien n’a changé non plus pour les conducteurs des taxis collectifs jaunes qui transportent jusqu'à six passagers en même temps et qui, tout au long de la journée, rendent la monnaie des voyageurs, sans porter de gants.
A l’intérieur du bâtiment du syndicat des transporteurs de la gare routière de Matam, alimenté en électricité par un bruyant générateur, un «paper bord» indique qu'une sensibilisation à l'épidémie proposée par une ONG locale s'est achevée, il y a peu. « Cette formation visait surtout les chauffeurs, car, quand cette maladie arrive à attaquer un de vos passagers et que vous n’avez suivi aucune formation, il est impossible de le secourir », explique Sékou Oumar Keita, le chargé des affaires sociales du syndicat.
«Mais, il ne suffit pas simplement de faire la formation », alerte-t-il, « il faut aussi la partager dans tout le pays aux collègues qui n'ont pas pu y assister», soutient l'homme, sans délivrer davantage de détails sur cette "formation".
Dans le quartier populaire de Cosa, Alpha Amadou Diallo a aligné quelques bouteilles d'eau de javel sur une étagère de sa petite épicerie. « Vous savez, si j’avais davantage de moyens, j’en exposerais bien plus, car en réalité, les gens achètent ces bouteilles », lance le vendeur.
«Habituellement on utilise ces petites bouteilles pour tuer les microbes dans les canalisations. Maintenant on les utilise aussi contre l'épidémie» explique encore Diallo, pointant du doigt les fioles bleuâtres. En dehors de ces quelques faits, la capitale semble peu mobilisée contre la maladie.
Sur le verdoyant campus de l'université, Gamal Abdel Nasser, inondé par les pluies diluviennes du mois d'août, une vingtaine d'étudiants en médecine occupent leurs vacances en révisant dans une salle sombre.
« Au début, les gens faisaient très attention mais ensuite la fièvre a semblé perdre du terrain et les familles n'ont plus pris les mesures d'hygiène élémentaires», raconte Sa Bobolino. Les populations ne sont pas réellement informées donc elles ne se comportent pas comme elles devraient le faire. Le gouvernement et les autorités devraient prendre les mesures nécessaires pour relayer l'information à la base, car tout part de la base», ajoute sa camarade Chantelle Komdjo.
Au marché de Yimbaya dans la banlieue-est de Conakry, la célèbre vendeuse de viande de brousse, originaire de Guinée forestière, n'en propose plus sur son étal. Elle refuse catégoriquement de commenter ce choix. Les commerçants autour semblent s’être passés le mot. Personne ne prononcera le terme « Ebola », presque devenu sujet tabou pour les marchands.
Sur Internet, les médias privés dénoncent «la désinvolture et le mensonge de l'Etat» comme facteur aggravant de l'épidémie s’appuyant sur les déclarations du président guinéen Alpha Condé, et celles du ministère des Affaires étrangères qui, avaient garanti, en avril dernier, que l'épidémie était «sous contrôle». Depuis, les populations semblent avoir baissées leur garde.
Suite à la réunion d’urgence des pays de l'Union du fleuve Mano, à Conakry et au sommet Etats-Unis-Afrique, tenus au début du mois d'août, les autorités guinéennes ont, semble-t-il, réalisé la gravité de la situation.
Depuis, les zones frontalières sont censées être isolées par les forces de sécurité et des lots importants de kits de prévention et de lutte contre le virus ont été acheminés dans les zones les plus touchées du pays.
Des mesures qui n'ont cependant pas empêché certains pays et certaines compagnies aériennes de mettre la Guinée en «quarantaine», à l'instar de l'Arabie Saoudite, qui a privé les Guinéens du pèlerinage à la Mecque cette année.