Sinan Dogan et Esra Tekin
06 Juin 2026•Mise à jour: 06 Juin 2026
AA / Istanbul / Sinan Dogan et Esra Tekin
Les Péruviens se rendront aux urnes dimanche pour le second tour de l’élection présidentielle.
Ce scrutin déterminera qui dirigera le pays pour le mandat 2026-2031. La candidate du parti de droite Force populaire, Keiko Fujimori, arrivée en tête du premier tour le 12 avril, affrontera Roberto Sanchez, candidat de gauche du parti Ensemble pour le Pérou, arrivé en deuxième position.
Fille de l’ancien président Alberto Fujimori, Keiko Fujimori se présente pour la quatrième fois consécutive à l’élection présidentielle sous les couleurs de Force populaire (Fuerza Popular).
L’élection se déroule dans un contexte marqué par des accusations d’irrégularités lors du premier tour et par la lenteur du processus de dépouillement des votes, sur fond de crise politique persistante au Pérou, où huit présidents se sont succédé au cours des dix dernières années.
Le scrutin intervient également alors que la situation sécuritaire se détériore, avec une influence croissante des groupes criminels organisés, impliqués notamment dans des actes d’extorsion et des assassinats ciblés.
Selon les récents sondages, la sécurité est désormais devenue la principale préoccupation des électeurs, devant la corruption et les questions économiques.
Électeurs indécis et défis logistiques
Les difficultés liées à l’acheminement des procès-verbaux électoraux depuis les zones reculées vers les autorités centrales, combinées aux procédures de recours administratifs, sont citées parmi les principales raisons de la lenteur du dépouillement des votes.
Des années de turbulences politiques et d’instabilité institutionnelle ont érodé la confiance du public envers la classe politique. Selon les analystes, une part importante des électeurs demeure indécise et pourrait finalement déterminer l’issue du scrutin.
Keiko Fujimori, qui avait échoué de justesse lors de la précédente élection, mène campagne pour recruter 100.000 observateurs dans les bureaux de vote au nom de son parti afin d’éviter une répétition des accusations de fraude.
Commentant le processus électoral, elle a déclaré : « Ils ne pourront pas nous refaire la même chose. »
Les promesses de Fujimori
Keiko Fujimori a axé sa campagne sur la sécurité, la croissance économique et les programmes d’aide sociale.
Elle soutient l’octroi de pouvoirs élargis à l’armée pour lutter contre la criminalité et le renforcement du système pénitentiaire, citant les politiques du président salvadorien Nayib Bukele comme modèle.
Se présentant comme l’héritière de la politique sécuritaire ferme associée à l’administration de son père, Alberto Fujimori, elle défend également des réformes favorables au marché destinées à stimuler l’activité économique.
Elle promet de réduire les obstacles bureaucratiques aux investissements miniers, d’attirer les capitaux étrangers et de créer des emplois. Elle propose aussi des programmes sociaux permettant de redistribuer directement aux citoyens une partie des revenus issus de l’exploitation minière.
Les promesses de Sanchez
Roberto Sanchez, représentant du parti Ensemble pour le Pérou (Juntos por el Peru), a construit sa campagne autour de la justice sociale, d’une intervention accrue de l’État et d’une réforme constitutionnelle.
Cherchant à rallier les électeurs de gauche rurale et les nationalistes proches de l’ancien président Pedro Castillo, Sanchez plaide pour un rôle plus important de l’État dans des secteurs stratégiques comme le gaz naturel et l’exploitation minière, ainsi qu’un contrôle renforcé des grandes entreprises.
Sur le plan sécuritaire, il estime que la criminalité organisée ne peut être vaincue uniquement par des mesures policières et affirme que la pauvreté et le chômage doivent également être combattus.
L’un des piliers de son programme est la convocation d’une Assemblée constituante chargée de remplacer la Constitution de 1993 adoptée sous la présidence d’Alberto Fujimori.
Lors de ses meetings et apparitions télévisées, Sanchez porte régulièrement le « sombrero chotano », chapeau rural blanc traditionnel associé à Pedro Castillo, afin de séduire les électeurs ruraux et autochtones.
Les sondages annoncent une course serrée
Des analystes politiques et commentateurs péruviens s’interrogent sur la capacité des deux candidats à mettre pleinement en œuvre leurs promesses électorales.
Les critiques de Fujimori estiment que ses propositions en matière de sécurité pourraient accroître les risques de violations des droits humains.
De leur côté, les opposants à Sanchez jugent qu’un élargissement du rôle de l’État dans l’économie pourrait affaiblir la confiance des investisseurs et accélérer la fuite des capitaux.
Selon la moyenne des derniers sondages, Keiko Fujimori recueille 50,4 % des intentions de vote contre 49,6 % pour Roberto Sanchez.
Les enquêtes les plus récentes suggèrent ainsi que l’élection devrait se jouer sur un écart extrêmement réduit.
*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir