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Le taux d'abstention lors de la prochaine présidentielle togolaise du 25 avril dépassera les 35%, a prédit Primus Guenou, politologue togolais dans une interview avec Anadolu.
Ce taux a déjà été relevé lors de l'élection présidentielle de 2010, alors "qu'aucun des 5 candidats en lice pour la présidentielle du 25 avril n'a aujourd'hui de message clair pour ces abstentionnistes", a poursuivi Guenou en présumant que le taux d'abstention sera au moins, le même.
"Un bon politicien en période électorale s’occupe justement des abstentionnistes. Il y a eu plus de 1.157.000 abstentions lors des dernières élections [sur 2.119.889 inscrits, ndlr]. C’est-à-dire des gens qui sont démissionnaires du débat public. Or, au Togo, personne ne va chercher ces abstentionnistes. Pire, le deuxième parti de l’opposition togolaise appelle carrément au boycott." a ainsi justifié ce consultant en communication politique et optimisation managériale.
Cinq candidats sont en lice pour la présidentielle du 25 avril, Faure Gnassingbé, président sortant pour le parti Union pour la République (UNIR), Jean Pierre Fabre pour l’ANC (Alliance Nationale pour le Changement), le Nouvel Engagement Togolais (NET) a pour candidat Gerry Taama, le Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD) présente Tchassona Traoré Mouhamed et l'Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI) aura Aimé Gogué. Parmi ceux-ci, dit-il, aucun n'a pris exemple sur les pratiques d'outre-Atlantique.
"Aucun de ces 5 candidats n'a un message clair pour les abstentionnistes. Or, si vous prenez l’élection du président américain, Barack Obama, en 2008, vous verrez comment le Parti Démocrate s'est mobilisé pour faire du porte-à-porte, pour faire décider les gens. Est-ce qu'il y a ce même enthousiasme au Togo ? Alors que les abstentionnistes sont nombreux" regrette-il.
Aucune statistique ne permet, pour l'heure de déterminer, selon Guenou, à qui les abstentions profiteront, "en Afrique, nous n’avons pas d’institutions fiables qui savent faire des sondages crédibles." explique-t-il.
Cet état d'esprit participe, en revanche, d'après Primus Guenou, d'un état d'esprit où domine une forme "d'amateurisme politique". Il cite, à ce propos, l'exemple du fichier électoral, récemment décrié par l'opposition.
"La possibilité de contester ce fichier était ouverte dès la proclamation du résultat de la présidentielle de 2010. C’était en ce moment, éventuellement, qu’il aurait fallu attaquer tout l’appareil qui a donné vainqueur Gnassingbé. Or l'opposition a perdu trois précieuses années avant de se rendre compte de cette opportunité" analyse-t-il, avant d'extrapoler.
"Les candidats de l’opposition se prennent un peu trop tard pour attaquer un parti qui a quarante ans d’expérience. Il aurait fallu se mobiliser plus tôt. Maintenant dans cette campagne, on voit que l’ANC aussi se prend au sérieux, on sent chez ce parti de l'opposition le désir de gagner, le désir de l’alternance après avoir perdu trois ans à marcher dans la rue, en disant à tout le monde qu’on a volé leur victoire."
Cette ardeur n'est pas pour autant pour garantir une alternance, selon le politologue. S'il exclue du podium Traoré et Gogué, les qualifiant de "vieilles cartouches", en émettant un préjugé favorable sur le jeune ambitieux Taama, il situe le débat autour de l'antagonisme Faure-Fabre. Là encore, les jeux semblent joués d'avance.
"Le président sortant dispose d’un parti huilé, lui-même né d'un vieux parti, et va à ce titre utiliser la vielle garde du parti, qui dispose d'un second avantage, c'est celui d'être au pouvoir et de pouvoir mobiliser les rouages, les appareillages de l’Etat pour sa candidature", déclare Guenou alors que le parti UNIR se défend, de son côté, d'instrumentaliser des moyens étatiques à des fins électoralistes.
"Néanmoins, nuance Primus Guenou, cela ne nous permet pas de désigner à l’avance, un candidat comme vainqueur. Fabre peut bien battre Faure si son quartier général, si ses troupes ont établi la stratégie pour le battre." poursuit Guenou, en disant espérer, dans tous les cas, que les candidats vont reconnaître les résultats, même s'ils peuvent, par la suite, intenter des recours pour contester des aspects liés à des irrégularités "Goodluck Jonathan nous a donné l’exemple. Il nous a fait la leçon." conlcut-il, en faisant référence à la dernière élection présidentielle nigériane, où la transition s'est opérée démocratiquement.