Mohamed Hedi Abdellaoui
05 Octobre 2015•Mise à jour: 06 Octobre 2015
AA/ Dakar/ Alioune Badara
Figurant dans le giron des rares pays africains à n’avoir jamais connu de coup d’état, le Sénégal compte trois anciens présidents de la République. Pour ces trois anciens leaders, l'après pouvoir n'était pas toujours une jouvence.
Il s’agit de Léopold Sedar Senghor (1960-1980), Abdou Diouf (1981-2000) et Abdoulaye Wade (2000-2012). Ces anciens hommes forts de Dakar qui se sont succédé à la tête de l’Etat ont eu des sorties bien différentes.
Léopold Senghor s’est volontairement démis de ses charges présidentielles trois ans avant la fin de son cinquième mandat.
Homme de lettre doublé d’un poète, il intègre l’Académie française en juin 1983 devenant ainsi le premier africain à siéger à cette institution. Senghor se consacre à nouveau, jusqu’en 1993, à la production d’œuvres littéraires cristallisées sur le concept de la Négritude.
Senghor a aussi été vice-président du haut conseil de la Francophonie dont il fut un des principaux initiateurs.
Reclus durant les dernières années de sa vie en France, il y décède en 2001 à l’âge de 95 ans. Durant le magistère de son successeur à la tête de l’Etat, il s’abstient du moindre commentaire sur la gestion de l’Etat. C’est ce que l’analyste politique Yoro Dia, directeur du cabinet de consulting politique Kys group, décrypte comme étant « la jurisprudence Senghor ».
Abdou Diouf a publiquement reconnu et accepté sa défaite à la présidentielle de 2000 qui s’est déroulée sans incidents majeurs ni heurts durant tout le processus électoral. Une sortie honorable saluée par la communauté internationale.
L’étape du pouvoir derrière lui, Diouf n’a pas vraiment chômé. Il se voit en effet confié les rênes de l’organisation internationale de la francophonie (OIF) le 20 octobre 2002. Poste auquel il sera reconduit à l’unanimité en 2006 et 2010.
Agé aujourd’hui de 80 ans, Diouf est officiellement déchargé de toute responsabilité. Pour faire partager son expérience il a fait paraitre ses Mémoires en 2014. Un livre qui retrace la carrière politique de l’ancien premier ministre du président Senghor passé de gouverneur de région (1961) à président de la République.
Le cas de Abdoulaye Wade contraste nettement d’avec ceux de ses prédécesseurs. « Il a raté sa sortie », dissèque le chroniqueur Ibou Fall, directeur de publication et propriétaire de l'unique journal satirique sénégalais. Arrivé au pouvoir de belle manière, son départ a été source d’heurts conduisant à des morts d’hommes durant la période post-électorale 2012.
Une tension politique consécutive à sa volonté de briguer un troisième mandat jugé «anticonstitutionnel » par ses adversaires. Défait à cette élection, Wade enfile sa toge d’opposant.
Rompant d’avec « la jurisprudence Senghor » appliquée sous son magistère par le président Diouf, Wade s’attaque avec virulence à la gestion de Macky Sall. Agé aujourd’hui de 91 ans, il est la figure emblématique de l’opposition comme ce fut le cas entre 1974 et 2000.
«Un ancien chef d’Etat qui fonce sur les barrages des forces de sécurité pour participer à une manifestation de l’opposition interdite», s’exclame Yoro Dia, affirmant comme pour atténuer l’effet que « Wade n’a jamais été dans les canevas de la politique traditionnelle ».
Pour l’analyste Dia, « le combat que mène Wade c’est pour faire libérer son fils » condamné pour enrichissement illicite et détournement de deniers publics.
Concernant sa non adhésion à de grandes instances internationales comme ses prédécesseurs, Ibou Fall d’en diagnostiquer les causes. « Son âge, la controverse autour du troisième mandat sans parler des soupçons de vouloir transmettre le pouvoir à son fils et les scandales financiers », résume le chroniqueur.