AA/Bangkok (Thaïlande)/ Arnaud Dubus
La Première ministre de Thaïlande, Yingluck Shinawatra, a été démise de ses fonctions pour abus de pouvoir, après la décision de la Cour Constitutionnelle thaïlandaise.
Le vice-Premier ministre Niwatthamrong Boonsongpaisan a été nommé comme successeur à Yingluck.
L’ex-Première ministre Yingluck est accusée d’avoir transféré un haut fonctionnaire de l’Etat au rang subalterne du conseiller, afin de nommer le frère de l’ex-épouse de l’ancien Premier ministreThaksin Shinawatra au poste de chef de police.
Thaksin, qui a dirigé le pays de 2001 à 2006 et qui a été renversé par un coup d’Etat, est le frère aîné de Yingluck.
« Le processus administratif ayant suivi le transfert est suspect et ce transfert inhabituel a bénéficié à un proche de la Première ministre » a déclaré le juge de la Cour Constitutionnelle lors de la lecture de la décision devant la salle d’audience.
Lors de sa déposition devant la Cour, Yingluck a affirmé que le transfert du fonctionnaire n’avait pas profité à sa famille étant donné que son frère avait déjà divorcé de son épouse au moment des faits. La Cour en a cependant décidé autrement, considérant l’affectation de poste du fonctionnaire comme « un acte malhonnête ».
La Cour a par ailleurs décidé du renvoi de neuf ministres, en fonction au moment des faits qui se sont produits en septembre 2011.
David Streckfuss, éminent expert de la Thaïlande, a déclaré à l’Agence Anadolu mercredi, que l’action de la Cour représentait « la première tentative de pas décisif provenant de la vieille élite» depuis ces six derniers mois de troubles politiques dans le pays.
Streckfuss a ajouté que la décision judiciaire n’avait «rien fait» pour arrêter la crise politique, «bien au contraire».
Bien que cette action de justice soit un coup majeur porté au Parti au pouvoir, le Puea Thai Party, les conséquences auraient pu s’avérer plus graves si la Cour avait finalement décidé de renvoyer les membres du gouvernement au complet, créant par là-même un vide politique qui aurait galvanisé le groupe politique de l’opposition, People's Democratic Reform Committee (PDRC).
Ce Comité de l’opposition, représentant les intérêts de l’élite thaïlandaise et de la classe moyenne de Bangkok, a mené plusieurs manifestations à Bangkok, durant ces six derniers mois, réclamant la démission du gouvernement entier et la création d’un « conseil du peuple » non élu pour réformer le système politique.
Les partisans du gouvernement thaïlandais, appelés les « Red shirts [Chemises rouges] » ont déclarés être scandalisés par la décision de la Cour Constitutionnelle qu’il voit comme un « coup d’Etat judiciaire ».
De violentes manifestations anti-gouvernementales ont secoué pendant plusieurs mois la Thaïlande à partir de novembre dernier.