Profitant du conflit entre Tobrouk et Tripoli et de la fragilité sécuritaire du pays, les groupes extrémistes en libye ont redoublé d’activité et de polarisation pour devenir ces derniers mois plus forts du point de vue ressources humaines, militaires et logistiques. D’autant qu’«ils reçoivent le soutien de certains services de renseignements de pays étrangers», comme l’a déclaré dernièrement l’ex-ambassadeur de Tunisie à Tripoli, Ridha Boukadi.
Ces groupes extrémistes et en premier lieu l’Etat (Islamique en Libye), sont apparus en force dernièrement en diffusant la scène de l’exécution des coptes égyptiens, signifiant ainsi que leur objectif est d’anéantir l’autorité de l’Etat et de faire échouer un éventuel accord qui serait issu du dialogue national en cours entre certaines parties politiques libyennes. Les observateurs considèrent par ailleurs que cet objectif est partagé par les caciques du régime Kaddafi, exclus du dialogue national.
Ahmed Kaddaf al-Dam n’a-t-il pas déclaré récemment sur une chaîne satellitaire privée en Egypte : «Je soutiens l’EI en Libye parce qu’ils sont des jeunes purs et ayant un projet ».
Omeyya Seddik, président de l’ONG tunisienne «al Moqaddima», spécialisée dans l’analyse et la médiation dans les conflits de la région, estime que l’objectif visé par l’exécution des otages égyptiens est de torpiller le dialogue national libyen et d’attirer une intervention militaire contre l’EI qui mettrait l’organisation terroriste à l’avant de la scène et lui procurerait une empathie populaire. Il souligne en outre le danger d’un tel scénario: «Bien que la lutte contre le terrorisme soit prioritaire, la dérive vers des aventures militaires aura sans aucun doute des conséquences extrêmement graves sur la Libye et sur les pays voisins. Ceux dont les forces armées s’aventureront en Libye en pâtiront le plus car le pays deviendrait alors la destination des extrémistes du monde entier ». l’expert fait allusion ici à l’intervention militaire égyptienne.
«Ces organisations cherchent des champs de combats et d’affrontement direct avec les armées régulières afin de les utiliser pour bénéficier d’une plus grande polarisation, étant convaincues que toute intervention militaire étrangère en Libye provoquerait la colère populaire à l'intérieur et à l’extérieur» explique encore l’expert.
Le chercheur Haroun Zelin, de l’Institut Washington pour la politique du Proche-Orient, indique quant à lui, dans une étude publié sur le site de l’institut que «l’EI pourrait voir dans l’intervention (militaire égyptienne en Libye) une grande réalisation pour lui et un objectif en soi puisqu’il pousse l’Egypte sur deux fronts à la fois, au Sinaï et en Libye. De même une intervention du Caire pourrait servir de justification aux attaques que l’EI serait tenté de mener en Egypte».
Dans cette situation complexe, le dialogue national libyen ne parait pas - du moins pour deux des composantes du «carré» - comme une voie de sortie de la crise, d’autant que ce dialogue rencontre lui-même des difficultés réelles malgré les récentes avancées formelles. Les deux gouvernements, celui de Tripoli et celui de Tobrouk s’étaient en effet réunis dans le cadre de ce dialogue autour de la même table. Mais plusieurs membres des deux parties y participent à contre cœur, obéissant aux pressions internationales et juste pour montrer qu’ils ne cherchent pas à l’entraver. Ils n’aspirent en vérité qu’à pouvoir trancher le conflit par la force des armes.
Moussa al-Kouni, représentant des Touaregs dans le dialogue national libyen, estime dans une interview accordée récemment à Anadolu que «la Libye est devenue une place où l’on règle des comptes régionaux et internationaux, comme c’était le cas au Liban durant plusieurs années». A propos du terrorisme, al-Kouni rappelle que le problème n’est pas du tout libyen car le terrorisme a été «exporté» vers le territoire libyen, il précise à ce sujet que l’intervention française au Mali deux ans auparavant avait fait de la Libye la destination des terroristes qui étaient au Mali.
«Les parties libyennes telles qu’elle se présentent actuellement ne pourront pas parvenir seules, à une solution parce que les conflits qui les opposent sont arrivés à des limites inédites et que le rapport des forces ne permet plus à qui que ce soit de trancher militairement» affirme de son côté le président du centre libyen des études stratégiques, Snoussi al-Biskri.
Exprimant son accord sur les éléments rassemblés dans la présente analyse, al-Biskri dit en conclusion: « La crise libyenne présente des parties entremêlées et compliquées et ne peut de ce fait être résolue seulement de l’intérieur ou même sous des auspices internationaux. Elle ne pourrait être résolue qu’avec un accord à la fois régional et international qui refléterait une forte volonté de l’extérieur d’en finir de manière radicale. Cette volonté devrait pouvoir obliger les parties libyennes à interagir de manière positive avec les initiatives visant à dégager une solution».
Le cas échéant la Libye demeurera captive de l’inconnu et de sa quadrature.