AA/ Bangui/ Sylvestre Krock
Alors qu’à Bangui et dans plusieurs autres villes centrafricaines tueries et massacres meublent le quotidien des hommes, à Lakouanga, quartier bordant le fleuve d’Oubangui, musulmans et chrétiens cohabitent paisiblement, s’aiment et s’entraident. Le correspondant de Anadolu a rapporté l’autre facette d’une actualité centrafricaine brûlante.
Au fil d’un petit tour dans les ruelles de Lakouanga ou « le quartier de l’espoir » comme aiment à dire certains de ses habitants, le premier croisé était M. Songoboua Reginard, directeur de l’école "Lakouanga Mixte 2". Sûr de lui, confiant en l’avenir, l’homme a bien pris soin de commenter l’actualité de l'école et de son quartier. « Au sein de cette institution éducative, qui se veut un microcosme de la vie à Lakouanga, élèves et parents, musulmans et chrétiens se côtoient au quotidien, se respectent et se soucient peu des déviations sécuritaires que connaît le reste de Bangui et du pays », se félicite-t-il.
Suite au déclenchement du conflit, quelques parents étaient venus s’enquérir de la situation de leur progéniture. Mais, M. Songoboua les a rassurés, leur signalant que « le rôle de l’école est plutôt d’absorber les tensions, en diffusant la culture du vivre ensemble, sur la base du respect mutuel entre tous les Centrafricains et indépendamment de la religion et de l’appartenance de chacun ».
Ce cadre enseignant n’éloigne toutefois pas la probabilité de voir l’école, un jour, squattée par « des récalcitrants sans foi ni loi ». C’est pourquoi il n’a eu de cesse " d’émettre des appels aux forces internationales de maintien de la paix « Sangaris : opération militaire française » et « Misca : mission internationale de soutien à la paix en RCA » pour sécuriser cet établissement éducatif.
Le temps d’une petite promenade à Lakouanga, l’on oublie souvent que le pays vit un profond conflit intercommunautaire, tellement l’ambiance est saine et les relations entre les hommes sont fraternelles. Restaurants, cafés et autres lieux de distraction sont fréquentés aussi bien par des musulmans que par des chrétiens. Les deux communautés se côtoient, se parlent, s’entraident et s’aiment, se souciant peu des rivalités d’un ailleurs embrasé.
Cette cohabitation qui « peut servir d’exemple pour ceux qui s’entretuent », constitue une fierté pour Vokiandé Daniel Brice, habitant relevant de la communauté chrétienne. « La vie paisible que nous menons ici, nous la devons à nos parents et ancêtres qui nous ont appris, dès la prime enfance, à respecter l’autre et à privilégier des valeurs comme la tolérance, la solidarité et la philanthropie. C'est la cité des philanthropes », lance-t-il.
Les histoires témoignant de l’élan solidaire marquant les relations entre les chrétiens et les musulmans de Lakouanga sont multiples. Celle de Mahamat Baba Diawara, couturier de confession musulmane, en atteste. Ce bon sexagénaire « toujours matinal » et débordant d’énergie se félicite du civisme de ses voisins: « Je remercie le Bon Dieu pour ma vie ici. Musulmans et chrétiens, tout le monde se respecte dans ce quartier-ci. Je me rappelle encore de ce jour mémorable, où les jeunes de mon quartier, musulmans et chrétiens, tous ensemble, ont été les premiers à me défendre contre des bandits venus d’ailleurs, qui ont tenté de m’attaquer au lendemain de la démission du président Djotodia ».
Mahamat Baba Diawara établie une étroite relation entre la bonne conduite des habitants de Lakouanga et leur niveau d’éducation.« Il n’y a pas de secret à divulguer. Ces êtres humains qui arrivent à se respecter et à s’aimer, au moment où bon nombre de nos concitoyens se mutilent et s’entretuent, sont l'aboutissement logique de tant de sacrifices fournis par des parents qui ont de tout temps misé sur l’éducation pour donner à la RCA des hommes dignes de leur genre humain ».
Attestant d’une sagesse assez rare par ces temps d’incertitude en RCA, l'homme a extrapolé en espérant : « Si les Centrafricains procédaient à l’instar de ceux de Lakouanga, le sang ne coulera plus dans ces contrées si riches en ressources naturelles, mais si pauvres en têtes sages ».