AA / Téhéran, Iran / Syed Zafar Mehdi
La campagne pour l'élection présidentielle iranienne du 18 juin bat son plein, les candidats utilisant les médias d'État et les plates-formes de médias sociaux pour courtiser les électeurs, dans un contexte de stricte limitation des rassemblements.
Les sept candidats en lice pour le plus haut poste de l'exécutif dans ce pays frappé par les sanctions ont dévoilé des programmes électoraux attrayants. Ils ont en outre fait une myriade de promesses pour s’attirer les voix des électeurs frustrés par les difficultés économiques.
Les cinq conservateurs et les deux réformateurs en lice, tout en présentant des feuilles de route différentes pour l'avenir du pays, semblent être d'accord sur un point : dépoussiérer l'ère Hassan Rouhani, qui n'a apparemment plus beaucoup d'adeptes aujourd'hui.
Au milieu de la frénésie des sondages, les enjeux sont nombreux : denrées alimentaires subventionnées, aides financières, Internet gratuit, accès illimité aux médias sociaux, emplois, santé, logements abordables, inflation à un seul chiffre, croissance à deux chiffres et bien plus encore, comme s'y sont engagés les différents candidats.
Ebrahim Raeisi, chef du pouvoir judiciaire iranien et principal candidat conservateur au scrutin du 18 juin, mise sur le soutien des jeunes électeurs, les exhortant à "ne pas se venger" de la prochaine administration pour les privations qu'ils ont subies sous le gouvernement Rouhani.
Décrivant la jeune génération comme la "ressource la plus importante" du pays et la "force motrice de l'économie nationale", le candidat Raeisi a mis l'accent sur les problèmes auxquels les jeunes sont confrontés, tels que le chômage, les frais de mariage élevés et l'augmentation galopante des prix de l’immobilier.
Lors d'une intervention à la radio, la semaine dernière, celui qui a par deux fois brigué la présidence du pays a qualifié la production et l'inflation d'"interdépendantes", promettant de ramener l'inflation à un seul chiffre en stimulant la production.
"Nous n'avons pas d'autre choix que d'apporter le changement. Les gens doivent sentir qu'un changement s'est produit", a-t-il souligné, tout en appelant à une "diplomatie économique active" en complément de la diplomatie politique.
Il a évoqué la formation d'un "gouvernement de coalition" avec les industriels, les entrepreneurs et les différentes catégories actives du pays.
"Les gens se demandent pourquoi l'Iran peut construire des missiles mais pas des voitures de qualité, c'est parce que la technologie ne passe pas de la défense au secteur de l'industrie", a expliqué Raeisi lors de sa visite dans une ville industrielle ce week-end. "Nous allons veiller à ce que cela se produise", a-t-il ajouté.
Le candidat a notamment promis d'offrir un accès gratuit à Internet aux personnes issues des couches les plus défavorisées de la société, une promesse qui a suscité un vif intérêt.
- Les sanctions des États-Unis
Alors que Raeisi a axé sa campagne électorale sur les questions économiques, un autre candidat conservateur et ancien négociateur nucléaire, Saïd Jalili, affirme avoir un "plan" pour rendre les sanctions américaines contre l'Iran "inefficaces".
S'exprimant lors d'une émission de radio la semaine dernière, Saïd Jalili a déclaré que son gouvernement "privera les gouvernements étrangers de l'outil des sanctions", tout en indiquant des options de levée, de contournement et de neutralisation des sanctions.
L'ancien conseiller du guide suprême iranien a également défendu l'idée d'une "économie de résistance", qui préconise l'autonomie économique et la nécessité de s'appuyer sur les capacités de production nationales.
Contrairement à d'autres candidats conservateurs, Jalili a critiqué les mesures de filtrage de Twitter en Iran, décrivant le cyberespace comme une "opportunité" que les gouvernements devraient mettre à profit.
Il a également présenté un plan pour lutter contre le trafic, qui va au-delà des contrebandiers qui sévissent à la frontière, et se focalise sur le réseau plus large qui comprend des responsables corrompus au sein du système.
Alireza Zakani, député de premier plan et candidat conservateur, est devenu l'un des critiques les plus virulents de la politique du gouvernement Rouhani, tant sur le plan économique qu'en matière de politique étrangère.
Il a critiqué le président en exercice pour avoir "échoué à obtenir les garanties nécessaires" dans l'accord nucléaire de 2015 (PAGC), affirmant qu'il s'efforcera de garantir "les droits de la nation iranienne dans le cadre de l'accord".
Celui qui a été trois fois candidat à la présidence a qualifié l'accord nucléaire de 2015 d'"accord vicié et déficient" tout en décrivant le mécanisme dit de "retour en arrière" ("snapback") prévu par l'accord comme "une épée de Damoclès".
"Dans la politique étrangère du futur gouvernement, vous verrez que les équations changeront rapidement", a déclaré Zakani aux journalistes, affirmant que les États-Unis seraient contraints de "supplier" s'il était élu à la présidence.
Il a également promis une "diplomatie active et intelligente", qui puisse compter sur les "capacités de la région, sur ses voisins, sur le front de la Résistance et les puissances émergentes."
- Monnaie et gouvernance
Mohsen Rezaei, l'ancien commandant des Gardiens de la révolution (IRGC) et candidat conservateur, a présenté son éventuel gouvernement comme celui de "l'action et du progrès."
"Nous allons en finir avec les décisions prises derrière des portes closes, de même que nous ne regarderons pas la société à travers un hublot", a-t-il déclaré aux journalistes au cours du week-end, soulignant que son gouvernement sera "tourné vers les réalités du terrain".
Parmi les principales promesses qu'il a faites figurent la stabilisation du rial, la monnaie iranienne, et la volonté d'en faire "la monnaie la plus forte de la région - après le dollar et l'euro".
Le candidat s'est également engagé à rationaliser la coordination entre la bourse, les compagnies d'assurance et les banques, qu'il qualifie de "cœurs de l'économie". Pour ce faire, il formera un Conseil de stabilisation financière, sur le modèle des États-Unis et de l'Europe.
En ce qui concerne l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien, le vétéran militaire a déclaré que les États-Unis devaient lever toutes les sanctions, sans conditions, reprenant ainsi une demande formulée à plusieurs reprises par le Parlement à dominance conservatrice.
L'ancien vice-président du Parlement et le plus jeune candidat à la présidence, Amir-Hossein Ghazizadeh Hashemi, prône une "révolution" dans les mécanismes de gouvernance, critiquant le gouvernement sortant pour son "déficit de gestion" et son "injustice sociale".
Il promet un gouvernement "transparent", qui entretiendra un "dialogue constant" avec les citoyens, notamment sur les questions sociales, créera un "climat concurrentiel" sans monopole et "fera respecter la justice".
Hashemi a également fait des promesses attrayantes sous forme de subventions - des aides alimentaires de 3 millions de rials (70 dollars) et 500 millions de toman (20 000 dollars - un toman équivaut à dix rials) aux jeunes couples mariés dans le besoin.
- Des promesses "fantaisistes"
L'ancien vice-président et candidat réformateur Mohsen Mehr-Alizadeh a exhorté les électeurs iraniens à participer en grand nombre aux élections du 18 juin, afin de contribuer à la mise en place de ce qu’il a appelé le "troisième gouvernement Khatami", en référence à son mentor politique Mohammad Khatami, qui a été président entre 1997 et 2005.
Tout en appelant à une participation massive, l'ancien député a déploré la disqualification des principaux candidats réformateurs par le Conseil des gardiens, l'organe suprême de supervision des élections en Iran.
Mohsen Mehr-Alizadeh estime que l'"économie compétitive" peut stimuler la production et faire baisser l'inflation, et promet de s'attaquer aux causes profondes de l'inflation "dans les trois à quatre mois" s'il obtient le mandat.
AbdolNaser Hemmati, l'ancien directeur de la Banque centrale iranienne et l'un des deux visages réformateurs de cette élection, a tenu ces dernières semaines à se démarquer de la récession économique qui a marqué le gouvernement Rouhani et qui a sans doute conduit à son éviction de la Banque centrale.
Il affirme avoir sauvé l'économie du pays en mettant en place de nouvelles politiques monétaires et de change, à la grande surprise des autres candidats et de certains analystes du marché.
Hemmati a promis de former un cabinet de technocrates, qui n'aura qu'un seul mandat, car selon lui, le gouvernement doit être "technique" et "non politique".
Peu impressionné par les promesses de la campagne, Ali Rabaie, porte-parole du gouvernement Rouhani, a qualifié certaines de ces promesses de "fantaisistes", invitant les électeurs à ne pas se laisser duper.
*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj
news_share_descriptionsubscription_contact
