Nadia Chahed
09 Mars 2017•Mise à jour: 10 Mars 2017
AA/Paris/Souhir Bousbih
Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche à la présidentielle du 23 avril, recueille 26% des intentions de vote au premier tour et passerait pour la première fois devant Marine Le Pen qui stagne à 25%, selon une enquête publiée jeudi par l’institut Harris Interactive.
Emmanuel Macron, l’attrape tout
C’est la première enquête réalisée par l’institut depuis l'alliance de Macron avec le président du Modem, François Bayrou, fin février. Une stratégie qui semble avoir porté ses fruits puisque l’ex-ministre de l’économie a gagné 5% en deux semaines. Un sondage réalisé le 26 février par l’institut Sofres notait déjà cette progression. Emmanuel Macron gagnait en effet 4 points par rapport au mois de janvier, quelques jours seulement après le ralliement de Bayrou.
Et le maire de Pau n’est pas le seul à marcher pour Macron. Robert Hue, Alain Madelin, Daniel Cohn-Bendit, François de Rugy, Corinne Le Page, de nombreuses personnalités de tous bords politiques l’ont rejoint publiquement. Et la liste s’allonge chaque jour. Dernier en date: l’ancien maire de socialiste de Paris, Bertrand Delanoë. Et dans le rang du PS, ils sont nombreux à vouloir emprunter le même chemin.
Il y a d’abord ceux qui hésitent, comme le président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone et le ministre des sports Patrick Kanner. Les deux hommes ont affiché leur défiance pour le programme de Benoît Hamon, et sont plutôt enclins à voter Macron. Il y a ensuite ceux dont le nom est évoqué, comme le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. Un soutien de poids s’il se déclarait, car à l’instar de Bertrand Delanoë, il bénéficie d’une image positive auprès de l’opinion publique. Enfin il y a ceux qui ont tranché et ne cachent plus leur préférence. Vendredi, une tribune de l’aile droite du PS, intitulée « Pourquoi nous soutenons Macron », sera publiée dans le journal Le Figaro.
La stratégie du vote utile
Pourquoi sont-ils tous passés chez Macron ? Par adhésion, d’abord. La candidature d’Emmanuel Macron « marque une rupture générationnelle et son projet ambitieux et crédible représente l’espoir d’un renouveau politique dans lequel le social réformisme a toute sa place » écrivent les parlementaires socialistes Gilles Savary et Christophe Caresche.
Par peur, aussi. Il faut « donner de la force au candidat qui pourra battre Marine Le Pen » a déclaré Bertrand Delanoë. D’autres partagent cet avis, devant la campagne en dents de scie de Benoît Hamon et l’espoir quasi nul d’une alliance avec le candidat de la France Insoumise J.L Mélenchon.
A droite aussi, on s’interroge: « Le vote Macron est fragile mais a néanmoins un boulevard devant lui. L'affaire Fillon ayant poussé le candidat de la droite encore plus vers la droite. De plus, Alain Juppé est sorti du jeu », laissant son électorat dans le flou explique Remi Lefebvre dans les colonnes de La Tribune de Genève. Emmanuel Macron n’a d’ailleurs pas manqué de faire des appels du pied à ces électeurs désorientés, lors de son meeting à Caen, invitant « ceux du centre et de la droite qui aujourd’hui doutent, sont blessés, ou se sentent floués », à le rejoindre.
Combien seront-ils à le faire vraiment ? Difficile à savoir car si Emmanuel Macron est en tête aujourd’hui, son électorat repose sur des bases instables. Seuls 33% des personnes sondées en février sont sûres de voter pour lui, contre plus de 70% pour Marine Le Pen. Par ailleurs, François Fillon est en train de reprendre la main sur sa campagne et a nommé ce jeudi un nouveau comité politique, où les sarkozystes ont fait une incursion remarquée.
Benoît Hamon a, pour sa part, reçu, jeudi dans son QG de campagne la visite du premier ministre Bernard Cazeneuve, qui l’a invité à être « plus rassembleur ». Attendu jeudi soir sur France 2 et vendredi en Seine Maritime, le candidat socialiste devra montrer des gages de confiance pour l’ensemble de sa famille politique. Il a d’ores et déjà révisé sa mesure phare du revenu universel, qui lui a valu les critiques de ses opposants comme des socialiste. Dans une nouvelle version révélée jeudi, il a assuré que son coût ne s’élèverait finalement qu’à « 35 milliards » d’euros par an, soit dix fois moins que le montant estimé par l’Institut Montaigne.
Les dés sont à nouveaux jetés à moins de cinquante jours de cette présidentielle décidément imprévisible.