AA/ Tombouctou/ Fabien Offner
De Tombouctou à Niafunk, en empruntant les routes de l’imprévisible, certains Maliens ont avoué qu'un calme précaire n’éloigne pas la tempête et que le chemin de la réconciliation nationale s’annonce encore plus long. Le correspondant de Anadolu les a rencontrés.
En ce dimanche brûlant du mois d'avril, le maire de Tombouctou Ousmane Alley est sur le point d'aller cultiver son champ à l'extérieur de la ville, son activité favorite. Dans les rues, les affiches du Forum régional de Tombouctou sur la réconciliation, clôturé il y a quelques jours, ornent encore les murs. « La nation malienne se réconcilie», lit-on sur les pancartes, plus d'un an après la libération du nord du pays par l'armée française des groupes armés. Pendant une semaine, les langues se sont déliées et les gens ont vidé leur sac. Pourtant, le problème est encore loin d'être réglé, selon le maire. « La réconciliation, cet objectif tant espéré aurait été atteint s'il dépendait uniquement des gens de Tombouctou. Or, ce n’est pas le cas ». M.Alley pense que « les tensions ont pour point de départ la région de Kidal. « Quand Kidal s'enflamme les autres régions sont contaminées et les opportunistes ne font que suivre. Il faut donc s’attaquer à l’origine des troubles pour en trouver les issues adéquates. Tant que le problème de Kidal n’est pas résolu, l’instabilité persistera », explique-t-il.
Sur la route menant de Tombouctou à « Niafunke », un calme précaire est perceptible et l’inquiétude se lit sur de nombreux visages. Niafunke c’est-à-dire enfants de la même mère, en langue sonrhaï (langue nilo-saharienne parlée par 3 millions de locuteurs dans plusieurs pays d’Afrique de l'ouest) se situe à 160 km au sud-ouest de Tombouctou. Elle a été envahie par des groupes armés, en partie composés de Touaregs. Sur les murs des bâtiments administratifs, des inscriptions en arabe rappellent la présence des djihadistes d'Ansar Dine (groupe armé) qui faisait autrefois partie du Mouvement National de Libération de l'Azawad (rebelles indépendantistes touaregs), selon certains habitants.
L’animateur à la radio locale Issa Ber, Cheick Maïga avait alors vécu des jours difficiles. Pendant l’occupation de la ville par les Touaregs, il avait perdu un bien « inestimable »: les archives sonores du grand chanteur et musicien Ali Farka Toure, détruites par ces groupes armés. Cheikh Maiga a retrouvé, aujourd'hui, son sourire perdu. Le préfet de Tombouctou a « pansé sa blessure » en lui offrant un terrain pour reconstruire la radio, et l'ONG « Radio pour la paix » lui a fourni du matériel neuf. « L'occupation de la ville par les groupes armés a terni l’image des gouvernants auprès de la population qui s’est sentie à un certain moment abandonnée", selon lui.
"Les habitants de Niafunke plaident à présent pour le retour des autorités traditionnelles qui avaient joué un rôle important dans la stabilisation de la région, en l’absence des autorités officielles", lance-t-il.
Avant la grande rencontre de Tombouctou, Niafunke avait abrité son propre forum sur la réconciliation. La grande absente du processus de réconciliation en cours est la justice, soulignent plusieurs participants.
Pour le préfet de Tombouctou, Alhousseiny Maïga, le forum sur la réconciliation était un échec : « Un dialogue est supposé avoir lieu entre deux parties. Or, celui de Tombouctou s’est déroulé en l’absence totale des Touaregs. Donc, les décisions qui en ont découlés ne pourraient être admises par tous les concernés !»
Contrairement à l'autosatisfaction affichée par les autorités à Bamako, le chemin de la réconciliation nationale semble être encore plus long. Après l'échec de la Commission Dialogue et Réconciliation, l'Assemblée nationale a voté en mars dernier la création d'une nouvelle Commission baptisée « Vérité Justice et Réconciliation ». Mais, ses membres ne sont toujours pas nommés. D’autant plus que le ministre de la Réconciliation a été écarté du gouvernement formé le 11 avril par le nouveau Premier ministre Moussa Mara. Son remplaçant, l'Arabe Zahabi Ould Sidy Mohamed, était dans les années 90 le porte-parole d'une branche du Mouvement National de l'Azawad.