AA/ Tunis/ Safwene Grira
Contrairement à de précédents accords de paix mort-nés au Mali, les accords d'Alger bénéficieront de l'appui "unanime" de la communauté internationale pour sceller la fin des hostilités dans le Nord du pays, selon le chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unies pour la stabilisation au Mali, Minusma, Mongi Hamdi, dans un entretien avec Anadolu.
"Certes, cet accord d'Alger n'est pas le premier du genre. Il y a eu d'autres accords par le passé [2006; 2008, ndlr], pour résoudre ce conflit dont les origines remontent au début des années 60, mais ces accords ou cessez-le-feu, n'ont malheureusement pas bénéficié de suffisamment de soutien international ou régional" se rappelle le représentant spécial du secrétaire général des Nations-Unis, Mongi Hamdi.
"Pour cette fois-ci, tous les membres du Conseil de sécurité des Nations-Unies se sont montrés résolument unis et unanimes pour soutenir cet accord de paix. Celui-ci se trouve garanti, non seulement par les pays du voisinage, mais également par la France, les Etats-Unies, l'Union Africaine, la Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest, l'Union Européenne" énumère le chef de la Minusma.
Signés à Bamako le 15 mai dernier, ces accords "préservent l'intégrité et l'unité du Mali ainsi que son aspect laïc. Ils donnent beaucoup d'autonomie aux régions du Nord du Mali", selon Hamdi. Toutefois, la principale formation armée opposée à Bamako, la Coordination des Mouvements de l'Azawad, CMA, s'y est longtemps montrée réfractaire, avant d'annoncer, récemment, sa signature pour le 20 juin. Ce qui fait des seules "forces négatives", la principale menace à la paix au Mali.
"Les forces négatives sont composées de narcotrafiquants, de terroristes et de criminels qui ne veulent pas la paix, parce qu'elle ne les arrange pas" selon Hamdi, qui identifie le Mouvement pour l'Unicité et le Djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), Al-Qaïda au Maghreb Islamique, Ansar Dine et Mourabitoune, parmi ces forces opposées à la paix au Mali.
"Toutes ces forces négatives essaient de dérailler l'accord de paix parce que cela ne sert pas leur business." poursuit-il en prévoyant que "que les attaques terroristes continuent jusqu’à la mise en œuvre du processus de paix, qui sera la phase "la plus difficile".
"L'accord d'Alger, n'est pas parfait, puisqu'il s'agit du résultat d'un compromis, lequel, par définition, ne peut pas être parfait, mais il peut servir comme une base sur laquelle les Maliens pourraient bâtir une paix irréversible, inclusive et juste". Cette base, Hamdi dit l'avoir arrachée au prix d'âpres négociations avec les groupes armés autonomistes, et invoque une inspiration tunisienne.
"J’ai utilisé la politique de Bourguiba [premier président de la Tunisie, 1957-1987, ndlr], je leur ai dit "acceptez ce que vous avez maintenant et continuez à revendiquer par la suite pour améliorer votre situation". C’est comme cela que je les ai convaincus, surtout la CMA, en leur rappelant la politique des étapes de Bourguiba. Ils vont continuer à demander, mais pacifiquement, pas avec la force, parce qu'ils se sont engagés à laisser les armes de côté et coopérer et dialoguer."
Le chef de la Minusma précise, néanmoins, que la mission onusienne n'est pas, pour autant, dans une démarche de soutien à une logique indépendantiste, les groupes du Nord peuvent "aspirer à plus d'autonomie, mais l'indépendance demeure hors de question", conclut le chef de la Minusma.