AA / Jérusalem / Qays Abu Samra
Dans le salon d’accueil destiné aux hôtes ("Beit el-dhiafa") se rassemblent les arabes de "Abu al-Nawar" dans la campagne occupée de Jérusalem-Est, les élèves palestiniens y reçoivent leur éducation après la décision israélienne de démolir leur seule école.
L'école, qui représente la seule distraction pour les enfants de la communauté, est entourée de trois colonies israéliennes: Ma'aleh Adumim, Kedar et New Kedar.
Pendant des années, le gouvernement israélien a essayé d'évacuer les Bédouins vivant dans la campagne de Jérusalem pour mettre en œuvre son projet de colonisation appelé E1.
Environ 700 Palestiniens habitent dans des constructions en tôle où ils vivent de l’élevage des moutons.
Siham Mohammed, une élève de troisième année à Abu Al-Nawar, exprime sa crainte de perdre son école "qu'elle aime", avant d’ajouter : "S'ils démolissent notre école, nous la reconstruirons."
Les 56 enfants de l'école jouent dans une cour modeste, dépourvue d'éléments de base, tandis qu'un officier de l'administration civile israélienne leur rend visite, inspectant deux salles de classe qui sont strictement interdites aux élèves.
La direction de l'école a été informée de la démolition par les autorités israéliennes depuis sa reconstruction en 2016. Cependant, elle a reçu un ordre préventif pour suspendre la démolition jusqu'à ce que la décision finale soit rendue par la Haute Cour de justice israélienne.
Mais une décision finale sur la démolition a été rendue à l’encontre de deux salles de classe ajoutées à l'école au début de l'année scolaire de 2017.
La communauté avait construit deux salles en briques pour accueillir 26 élèves des troisième et quatrième années.
Les résidents cherchent à annuler la décision de démolition des deux salles à travers les organisations israéliennes et internationales des droits de l'homme.
Cheima Moussa, une élève de quatrième année, craignant la démolition de son école, a indiqué à Anadolu: "Il n'y a pas d'autre alternative à l'école que de se rendre chaque jour à la ville d'Eizariya, le quartier d’habitation le plus proche de notre communauté", ajoutant que "La distance est si loin, en été comme en hiver."
Moussa aspire à devenir une enseignante pour éduquer les enfants bédouins. "Ils ont démoli l'école et nous l'avons reconstruite, et s'ils comptent la démolir de nouveau, nous la reconstruirons ", a déclaré Osama al-Jahalin, un élève de quatrième année.
L'élève Jahalin espère ne pas voir son école démolie mais plutôt équipée par des cours et des terrains de jeu.
«Regardez, dit-il, nous apprenons dans le salon d’accueil (dar el-dhiafa) et dans des salles en tôle. Pourquoi n'avons-nous pas une école comme les autres?, se demande t-il.
Radwa Salahuddin, professeur d'arabe à l'école Abu Al-Nawar, a déclaré à son tour que les étudiants tiennent à bénéficier de leur droit à l'éducation malgré des circonstances difficiles.
Salahuddin se réfère à l'école en disant: "L'école ne dispose pas des éléments de base, mais il y a une si forte volonté d’y rester de la part des professeurs, des étudiants ainsi que de la part de leurs familles."
Elle a souligné que l'école est le seul espoir pour les habitants de la communauté bédouine, et sa démolition signifie leur perte.
Et Radwa de poursuivre : "Il y a une semaine, les étudiants de troisième et quatrième années ont été transférés à la salle d’accueil des hôtes dans la communauté en raison d'un ordre définitif de démolition des deux salles de classe dans l’école."
L’école Abu Al-Nawar comprend des élèves de la première à la quatrième année, ainsi que des jardins d'enfants. "
L'école représente des salles en tôle, sans électricité, sans laboratoires ni ordinateurs, et sans aires de jeu.
Au début de l’année 2016, les bulldozers militaires israéliens ont démoli l'école financée par le gouvernement français, incitant ainsi la population à la reconstruire en tôle.
Depuis 1948, les Palestiniens vivent dans la «campagne de Jérusalem» après que les autorités israéliennes les ont expulsés de force du désert du Néguev, dans le Sud d'Israël.
Dawood al-Jahalin, porte-parole de la communauté, a relevé qu'Israël avait à plusieurs reprises informé les habitants de la communauté bédouine d'Abu al-Nawar qu'ils quitteraient la zone dans laquelle ils vivent.
Il a ajouté: "Les autorités israéliennes démolissent les maisons de notre communauté, à des intervalles rapprochés, dans le but de les expulser afin que des projets d'implantation puissent être mis en œuvre."
Ma'aleh Adumim, l'une des plus grandes colonies de Cisjordanie, n'est qu'à quelques dizaines de mètres de la communauté bédouine, située sur le terrain du grand projet de règlement de 12 kilomètres carrés connu sous le nom de "E1", qui vise à relier la colonie à Jérusalem-Ouest.
Selon les Palestiniens, le projet vise à saisir 12 000 dounams (1 dounam équivaut à mille mètres carrés) s'étendant des terres de Jérusalem-Est à la mer Morte, afin de vider la zone de toute présence palestinienne, dans le cadre d'un projet visant à séparer le sud de la Cisjordanie de son centre.
Il est interdit aux Palestiniens de construire dans des zones classées "C" selon l'accord d'Oslo signé entre l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et Israël en 1993.
La zone C, selon l'accord, comprend des zones sous le contrôle total du gouvernement israélien, constituant environ 60% de la superficie totale de la Cisjordanie.