AA/ Kigali/ Fulgence Niyonagize
Les présumés génocidaires qui ont été acquittés par le Tribunal International pour le Rwanda (TIPR) ou qui ont déjà purgés leurs peines, « ne reviendront jamais au pays », a indiqué vendredi à Anadolu un analyste politique rwandais.
« Il est impensable de les voir revenir au Rwanda. En effet, chaque fois qu’un «génocidaire » est acquitté, Kigali s’en prend aussitôt au Tribunal Pénal International », explique le politologue, qui a préféré s’exprimer sous le couvert de l’anonymat.
« A tort ou à raison, les acquittés peuvent formuler n’importe quel prétexte au TIPR pour ne pas retourner au Rwanda. Certains ont d’ailleurs leur famille en exil dans d’autres pays, ce qui est une piste pour eux », renchérit-il.
Dans une déclaration à la presse ougandaise, mercredi, le porte-parole du TPIR Kampala Bocar Sy, avait demandé aux Etats membres des Nations Unies "d’accueillir les huit personnes acquittées ou qui ont purgé leurs peines" et qui sont toujours à la recherche de pays d'accueil
Cinq « heureux » ont déjà vu leur demande exaucée : La France en a accueilli deux tandis que la Suisse, la Belgique et l’Italie ont accueilli, chacune, un acquitté, a indiqué à Anadolu une source proche du TIPR.
"L’Ouganda est un pays membre de la communauté internationale. Nous espérons et souhaitons que l’Ouganda nous aide et accueille à son tour des acquittés", avait-il également souhaité.
Face à cette requête, le porte-parole du gouvernement ougandais, Ofwono Opondo, avait alors répondu que «l’Ouganda n’aurait pas de problème à les accueillir mais, que les deux pays devraient collaboreer en étroite collaboration pour un bon déroulement ».
Selon le Tribunal, « si les Etats ont manifesté l’intérêt dans la traque des 93 présumés génocidaires recherchés par le tribunal et qu’il en reste 10, ils devraient également coopérer quant à la relocalisation des acquittés et de ceux qui ont terminé leur peine. »
« Ce manque de coopération est un défi très sérieux pour la crédibilité de la justice pénale internationale », avait ainsi déclaré l’année passée, le président du TPIR, le juge Vagn Joensen, face au conseil de sécurité de Nations Unies.
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a été créé par le Conseil de sécurité de l'ONU par sa résolution 955 du 8 novembre 1994. C'est le second tribunal ad hoc institué par les Nations unies après celui pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) en 1993.
Un nombre important d’acteurs à l'origine du génocide rwandais contre les Tutsis en 1994 ont été traduits en justice. La majorité d’entre eux ont été jugés par des tribunaux rwandais. D'autres ont été jugés par le TPIR ou par des tribunaux nationaux en Europe et en Amérique du Nord.