Ekip
01 Avril 2022•Mise à jour: 03 Avril 2022
AA/Nice/Feïza Ben Mohamed
Les 10 et 24 avril prochains, les Français sont appelés aux urnes pour désigner leur nouveau président de la République.
Si pour le premier tour, ils ont le choix entre douze candidats de tous horizons, le second tour leur offrira un panel bien plus restreint.
Selon les sondages, le président sortant Emmanuel Macron devrait arriver largement en tête avec près d’un tiers des suffrages, il pourrait être opposé à Marine Le Pen, Éric Zemmour ou encore Jean-Luc Mélenchon qui réalise une percée dans les plus récentes estimations.
- l’élection est-elle jouée?
À en croire les instituts et spécialistes qui courent les plateaux de télévision, la réélection d’Emmanuel Macron est acquise alors même qui réalise une très discrète campagne.
« Je suis encore dans le doute. Je ne sais pas si j’irai voter au premier tour » explique Aïda, médiatrice dans une association niçoise.
Cette mère de deux petites filles, vit dans une cité sensible de l’est de la ville et estime que « l’élection est déjà dans la poche de Macron ».
Selon elle, « même ceux qui sont déçus de ce qu’il a fait depuis cinq ans, sont prêts à revoter à force d’être influencés par les sondages ».
« Comment voulez-vous vous intéresser à la politique quand vous êtes dans un quartier où rien ne va sans que personne ne s’en soucie? » questionne Aïda.
Pour David, employé d’une collectivité territorial, le choix est déjà fait.
Il confie sans détour qu’il votera « pour Jean-Luc Mélenchon sans pour autant se faire d’illusions » pour ne pas être « otage d’un choix dicté par l’opinion publique ».
« À Nice, on est dirigé par la droite. Macron mène une politique de droite, donc en vrai ça ne va rien changer » concède-t-il néanmoins avant de préciser qu’il s’intéresse « beaucoup à la politique locale et milite pour l’accueil des réfugiés ».
Il assure par ailleurs que pour lui « les élections locales comme les municipales ou les cantonales sont plus importantes » que la présidentielle dans la mesure où « elles ont un impact direct sur la vie des citoyens ».
S’agissant de la fonction suprême il dit « avoir le sentiment de ne pas avoir de poids et que tout est décidé par les instituts de sondages ou les partis puissants ».
- les quartiers populaires en mal de candidat
S’il y a bien un sujet qui est le grand absent de la campagne du candidat Macron, c’est bien celui des quartiers populaires.
S’il avait tablé dessus en 2017, ce n’est ostensiblement plus le cas pour 2022 et la thématique a été complètement abandonnée même si elle reste portée par la gauche et l’extrême-gauche.
« Pourquoi j’irai voter alors que toute l’année on ne nous calcule pas » se demande Jonathan qui ne veut pas « donner sa voix à ceux qui méprisent les précaires ».
Interrogée à la sortie de l’école de son fils, dans le secteur ouest de Nice, Samia juge quant à elle qu’il faut s’intéresser aux élections parce qu’elles « permettent de faire adopter de vraies mesures ».
Elle cite à titre d’exemple « le dédoublement des classes dans les secteurs difficiles », dont elle estime qu’il s’agit d’une « excellente mesure ».
« Si on fait mine de ne pas comprendre l’enjeu alors il ne faut pas se plaindre » tranche la mère de famille.
- l’abstention, premier parti de France?
Dans un récent sondage publié le 21 mars par l’institut BVA pour RTL et Orange, 29% des électeurs vont potentiellement s’abstenir de voter.
Un chiffre vertigineux qui ressemble à celui enregistré en 2002, au moment de l’accession au deuxième tour du candidat frontiste Jean-Marie Le Pen.
Il s’agissait à cette époque d’une abstention record avec 28,4% des électeurs inscrits qui ne s’étaient pas déplacés.
« Les chiffres ne sont pas bons. Aujourd'hui, 71% des électeurs sont sûrs d'aller voter. Cela fait 29% de personnes qui pourraient être de potentiels abstentionnistes » prévient le journaliste Quentin Bérichel, cité par France Info.
Plus que jamais, le spectre de l’abstention plane sur ce scrutin.