AA/ Tunis/ Mohamed Abdellaoui
L’armée tchadienne, une des plus aguerries du continent africain, a les moyens adéquats de mettre un terme à la tendance expansionniste du groupe armé Boko Haram pour ainsi contraindre ses éléments à se retrancher dans une zone profonde nigériane, selon l’analyste et expert des questions sahélo-sahariennes, Babacar Justin Ndiaye.
Ceci étant, les combattants du groupe armé nigérian seront empêchés d’étendre leurs opérations vers l’extérieur du Nigéria, a-t-il indiqué à Anadolu.
Force est de constater, dans la même optique, que les militaires tchadiens ont réussi en moins de 24 heures (mercredi) à reprendre la ville camerounaise de Fotokol, frontalière avec le Nigéria, au prix de 13 morts parmi les militaires et de dizaines de victimes parmi les civils, ainsi que près de 200 éléments de Boko Haram. Une telle évolution peaufinerait les estimations de l’analyste.
Le repli de Boko Haram sera cependant conditionné, selon lui, à la création d’une zone tampon d’une profondeur de près de 60km au sein du territoire nigérian, afin de garder les régions frontalières camerounaises, tchadiennes et nigériennes à l’abri des obus lancés par les canons du groupe armé nigérians.
Le spécialiste sénégalais met, de surcroît, en exergue les moyens financiers et logistiques ainsi que les équipements militaires dont dispose l’armée tchadienne, pour secourir efficacement le reste des pays africains, si besoin est.
Revenant sur le rôle de l’armée camerounaise dans la neutralisation de Boko Haram, M.Ndiaye rappelle que la doctrine militaire camerounaise consiste à ne pas quitter les frontières. Ceci donnerait à lire qu’une fois, les combattants du groupe armés nigérians contraints à la reculade, ils auront pour adversaires directs les militaires tchadiens, dont la doctrine militaire est plus ouverte.
L’expert des questions sahélo-sahariennes, ne perd pas de vue les renforts assurés par des groupes touaregs au profit de Boko Haram. De ce point de vue, il fait observer qu’il faudra chercher la partie qui aurait bougé pour saisir les dessous de leur agissement (Touaregs).
M.Ndiaye rappelle par la même occasion, que les Touaregs sont présents, sous forme d’une branche évoluant au sein Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest « Mujao », et qu'ils évoluent également au Mali, au Niger, dans le sud algérien, dans le sud libyen et dans le sud du Burkina Faso.
A la question de savoir si les opérations des armées tchadienne et camerounaise s’annoncent comme une préparation stratégique à une intervention internationale chapeautée par la France dans la région sahélo-saharienne « pour combattre le terrorisme », l’analyste a rétorqué que des mirages français (avions de chasse) ont été repérés mardi dans les airs camerounais et nigérians.
Ces opérations aériennes ne « seraient pas fortuits », souligne-t-il, du fait de la conjoncture qui prévaut dans la région.
Mercredi, Fotokol, une région de l’extrême nord camerounais frontalière du Nigéria, a connu de violents affrontements entre des forces armées tchadiennes et camerounaises et les éléments de Boko Haram, où la première partie prenait le dessus jusqu’à mercredi, après-midi.
Les forces tchadiennes arrivées au Cameroun le 17 janvier, ont commencé à se déployer à Fotokol la semaine dernière.
Entre 1. 500 et 2. 500 soldats tchadiens ont ainsi été déployés sur le territoire camerounais pour lutter contre le groupe armé nigérian. Le président tchadien Idriss Deby, avait récemment appelé à une large coalition contre Boko Haram et fait part de sa détermination à reprendre la ville stratégique de Baga sur les rives du lac Tchad au nord du Nigeria, prise début janvier par le même groupe armé.