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Le Venezuela connaît des tensions accrues après la décision des Etats-Unis et de certains autres pays d’Amérique Latine de reconnaître Juan Guaido, président du parlement vénézuélien, qui s’est auto-proclamé président par intérim du pays.
En 2018, Nicolas Maduro avait été réélu à la tête du pays après avoir obtenu près de 68% des suffrages exprimés.
Début janvier, il a prêté serment pour un second mandat. Mais l’opposition, majoritaire au parlement, ne reconnaît pas sa victoire et conteste les élections de 2018.
Ainsi, un jour après l’investiture de Maduro, le président du parlement, Juan Guaido, s’est auto-proclamé "président par intérim" du Venezuela. Par la même, le parlement a annoncé ne pas reconnaître le résultat des élections de 2018.
Plusieurs pays de la région, en premier lieu les Etats-Unis, ont reconnu la présidence par intérim de Guaido, alors que la Turquie, le Mexique, la Bolivie, Cuba, la Russie et la Chine ont déclaré leur soutien à Maduro.
Suite aux déclarations de mercredi 23 janvier du président américain, Donald Trump, reconnaissant l’intérim de Guaido, la tension a grimpé d’un niveau dans le pays.
Après cela, Guaido s’est exprimé devant les manifestants opposés à Maduro dans la capitale Caracas.
"Je jure d’endosser le titre de Président du Venezuela pour mettre fin à l’usurpation du pouvoir, former un gouvernement d’intérim et organiser des élections libres", a-t-il déclaré.
De son côté, le Président Maduro a déclaré rompre toutes les relations diplomatiques avec Washington et a donné 72 heures aux diplomates américains pour quitter son pays, reprochant aux Américains de planifier un putsch contre le gouvernement légitime du Venezuela.
"J’annonce la rupture de nos relations politiques et diplomatiques avec le gouvernement impérialiste des Etats-Unis. Je donne 72 heures à toute leur équipe diplomatique pour quitter le pays", a-t-il annoncé.
A cette déclaration, le Secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo a annoncé que les diplomates américains de quitteront pas le Venezuela, puisque Washington ne reconnaît pas Maduro.
Par ailleurs, le ministre de la sécurité nationale du Venezuela, Vladimir Padrino, a déclaré que l’Armée n’acceptera pas la présidence de Guaido.
Plusieurs pays de la région ont suivi les Etats-Unis dans leur décision et ont fait savoir qu’ils reconnaissent Guaido comme président par intérim du Venezuela : il s’agit du Canada, de la Colombie, du Pérou, de l’Equateur, du Paraguay, du Brésil, du Chili, du Panama, de l’Argentine, du Costa Rica et du Guatemala.
Le soutien d’Erdogan à Maduro :
Le président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a appelé mercredi soir son homologue vénézuélien, Nicolas Maduro, pour lui exprimer son soutien.
Le porte-parole de la Présidence turque, Ibrahim Kalin, a ainsi annoncé qu'Erdogan a appelé Maduro pour lui dire : "Maduro mon frère ! Garde la tête haute, nous sommes à tes côtés !"Le porte-parole a ajouté que la Turquie maintiendra sa position ferme quant face aux tentatives de coup d'État.
Le Président de l’Argentine, Mauricio Macri, a déclaré : "Je veux annoncer que je reconnais Juan Guaido comme président par intérim et lui apporter mon soutien. L’Argentine va soutenir les efforts pour le retour de la démocratie au Venezuela et pour le renforcement des conditions de vie", a-t-il partagé sur Twitter.
Un message assez identique a également été partagé par le président colombien, Ivan Duque, depuis le Forum Economique de Davos en Suisse.
Au niveau de l’Europe, les déclarations sont à l’avantage du "président auto-proclamé".
Le président du Conseil européen, Donald Tusk a exprimé son soutien à l'opposant vénézuélien et président de l'Assemblée nationale, Juan Guaido, qui s'est proclamé président par intérim au Venezuela.
Dans un message qu'il a partagé sur son compte Twitter, mercredi, Tusk a déclaré: "J'espère que toute l'Europe soutiendra les forces démocratiques au Venezuela. Contrairement à [Nicolas] Maduro, l'Assemblée nationale et Juan Guaido disposent des compétences démocratiques qui leur sont accordées par les citoyens vénézuéliens."
"L’Union européenne (UE) soutient pleinement l’Assemblée nationale du Venezuela en tant qu’institution élue démocratiquement dont les pouvoirs doivent être rétablis et respectés", a d’autre part déclaré mercredi la Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini.
"L'UE appelle vivement à un processus immédiat conduisant à des élections libres et crédibles, conformes à l'ordre constitutionnel au Venezuela", a déclaré Mogherini, dans un communiqué.
La responsable a souligné que les droits civils, la liberté et la sécurité de tous les membres de l'Assemblée nationale, y compris ceux du président par intérim autoproclamé, Juan Guaido, devaient être pleinement respectés.
L’Angleterre, l’Italie, l’Allemagne et la France ont appelé au calme et exprimé leurs inquiétudes, demandant que "la crise politique prenne enfin fin".
Jeudi, le président français, Emmanuel Macron, a estimé que les élections de mai 2018 au Venezuela sont illégales, affirmant ainsi son soutien à Guaido.
Parmi les soutiens à Maduro, il faut compter la Russie et la Chine :
Moscou a déclaré ne rien changer dans son soutien au président élu Maduro.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Mariya Zaharova, a par ailleurs condamné le soutien des Etats-Unis, du Canada et de l’UE à Juan Guaido.
"Ce qu’il se passe au Venezuela est un exemple de la volonté des sociétés occidentales avancées de changer le pouvoir dans ce pays, sans se fier au droit international et en ignorant la souveraineté d’un Etat", a-t-elle déclaré.
Pékin a également apporté son soutien à Nicolas Maduro, "s’opposant à toute intervention étrangère au Venezuela".