AA - Ankara - Ümit Dönmez
Le porte-parole présidentiel turc, Ibrahim Kalin, s'est entretenu dimanche matin avec le journaliste Mehmet Acet, de la chaîne de télévision turque « Kanal 7 ».
Répondant à la question d'Acet sur les attentes de la Turquie concernant "les activités d'exploration pétrolière en Libye qui sont une nouvelle initiative de la Turquie", en Méditerranée orientale, Ibrahim Kalin a rappelé l'instabilité et l'insécurité prévalant "depuis 10 ou 11 ans" en Libye, et dans la région, suite à la chute de Mouammar Kadhafi, le « Guide de la Révolution libyenne ».
- "Un monde globalisé où tout s'imbrique"
Kalin a expliqué au journaliste turc, que cette situation instable concernait l'Afrique du Nord, l'Europe, ainsi que la Turquie.
"Parce que pour assurer la paix et la stabilité en Méditerranée comme en Afrique du Nord, afin de protéger les intérêts de la Turquie, nous devons nécessairement être impliqués dans ce processus", a noté Kalin, ajoutant que "lorsqu'on nous demande « Qu'avez-vous affaire en Syrie ? Qu'avez-vous affaire en Libye ? En Palestine ? En Somalie ? Ici et là ? » ; Lorsqu'on nous le demande, nous devons alors poser la question suivante : «Qu'avons-nous affaire à Bruxelles, qu'avons-nous affaire à Astana ?", a noté le conseiller du président turc, Recep Tayyip Erdogan, faisant allusion aux interactions turco-européennes et turco-russes.
Kalin a ensuite déclaré que "Si l'on regarde les choses avec cette mentalité, on peut se demander si on n'attend pas de nous que nous refermions la Turquie sur elle-même, qu'on nous dise en fait « ne vous occupez d'aucun problème régional, ne prenez aucune initiative, construisez un mur autour de vous, asseyez-vous et taisez-vous !".
Et le porte-parole présidentiel d'ajouter : "En cette ère de mondialisation où tout s'imbrique, il est impossible de penser que la Turquie puisse tourner le dos, ou s'exclure des affaires régionales et globales".
- Le général putschiste Haftar "n'est ni fiable ni légitime"
Le porte-parole présidentiel turc a ensuite rappelé la situation instable, interne au pays, faisant référence l'organisation tribale d'une grande partie de la Libye, ainsi qu'à l'intervention de forces déstabilisatrices, telles que les milices du général putschiste Khalifa Haftar, mais aussi de puissances étrangères.
Kalin a déploré une guerre civile de faible intensité prévalant depuis une décennie entre les tribus libyennes, et a rappelé qu'un "nouveau processus" avait commencé au cours des deux dernières années, avec l'intervention du général renégat dans le pays de Méditerranée orientale.
Notant que les puissances étrangères soutenant Haftar s'efforçaient de mener une politique contre les intérêts de la Turquie à l'échelle régionale, par le biais du général putschiste, Kalin a établi que les expériences passées avaient démontré "que Haftar n'était ni fiable, ni légitime".
Le porte-parole présidentiel turc a ensuite rappelé que l'accord d'Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis, avait été conclu en avril de l'année dernière entre Fayez Al-Sarraj, l'actuel premier ministre légitime libyen, et Khalifa Haftar, qui "s'étaient assis autour d'une table [de négociation, NDLR] et s'étaient mis d'accord sur une feuille de route pour le processus politique en Libye".
Kalin a également rappelé que 15 jours après l'accord, Haftar avait lancé son offensive militaire contre la capitale libyenne, Tripoli, et que des centaines de personnes avaient été tuées.
Et de déplorer le silence de la communauté internationale face aux violences des milices fidèles au général putschiste, et que celle-ci n'ait demandé "aucun compte à Haftar".
Le conseiller du président Erdogan a ensuite critiqué les activités illégales du général Haftar, notant que le Gouvernement libyen d'entente nationale (GNA), reconnu comme le gouvernement légitime de la Libye par l'Organisation des Nations Unies (ONU) et la communauté internationale, avaient dénoncé à l'ONU, la contrebande de pétrole menée par le général putschiste afin de financer sa guerre et ses ambitions putschistes.
"Actuellement, le GNA a dénoncé à l'ONU, que Haftar faisait de la contrebande de pétrole. Des sanctions sont imposées à Haftar, qui a volé le pétrole du peuple libyen et financé sa propre guerre. L'efficacité de ces sanctions est une autre question. La vérité est que des centaines de milliers de barils de pétrole sont extraits chaque jour des zones sous le contrôle de Haftar, et que Haftar finance sa propre guerre en les vendant illégalement", a déploré Kalin.
- Le gouvernement libyen a demandé le soutien de la Turquie
Le porte-parole présidentiel turc, répondant aux questions du journaliste Mehmet Acet, a ensuite rappelé que le Premier ministre libyen Fayez Al-Sarraj était venu rendre visite au Président turc Recep Tayyip Erdogan, lui demandant le soutien de la Turquie dans la crise libyenne, et qu'à la fin de l'année dernière un accord avait été signé entre les deux pays.
Faisant référence aux récentes activités de la Turquie en termes d'exploration pétrolière en Méditerranée orientale, et notamment dans la Zone économique exclusive (ZEE) libyenne, Kalin a souligné que la Turquie n'avait entrepris aucune initiative qui ne serait pas prévue par cet accord.
Le conseiller a souligné que tout "jeu ou ordre, en Méditerranée orientale ou occidentale, duquel la Turquie est constamment mise à l'écart, n'a aucune chance d'être durable ou d'aboutir".
"Avec cette perspective, la Turquie soutient et continuera de soutenir le gouvernement légitime libyen, afin que le peuple libyen sorte de cette crise politique, et que le conflit militaire prenne fin", a déclaré Kalin, ajoutant que la Turquie "continuera également à travailler sur une base gagnant-gagnant avec les interlocuteurs libyens, qu'il s'agisse de l'exploration pétrolière ou d'autres questions", notamment du soutien de la Turquie au gouvernement légitime libyen.
- "Mettons en place une solution politique qui établira la stabilité en Libye"
Déplorant l'intervention de forces étrangères déstabilisatrices en Libye, le conseiller présidentiel turc a notamment fait référence au soutien apporté à Haftar par les Émirats arabes unis, la France, ainsi que par les mercenaires de la société russe Wagner, soulignant que son pays n'approuvait aucunement les activités déstabilisatrices de ces acteurs étrangers.
"Parce que Haftar n'a aucune légitimité légale ou morale, il est contre les accords de paix et a violé tous les accords qu'ils a signés jusqu'à aujourd'hui. Haftar a violé les accords de Moscou. C'est également lui qui a violé ses engagements de la conférence à Berlin", a rappelé Kalin, conseillant notamment à la France et à la Russie de cesser leur soutien au général putschiste et choisir la voie du dialogue politique inter-libyen.
"Nos conseils aux Russes et à des pays comme la France : Même Aguila Salah Issa, qui est à la tête de l'Assemblée de Tobrouk [déplacée] à Benghazi, s'est séparé de Haftar. Qu'ils mettent fin au soutien qu'ils apportent à Haftar, et qu'ils laissent tous les autres acteurs libyens prendre la parole. Ainsi, dans ce cadre, nous pourrons mettre fin au conflit en Libye", a conclu Kalin.
Depuis l'éviction de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Khaddafi en 2011, après l'intervention militaire de la France en Libye, le pays fait face à l'instabilité politique et à une guerre civile.
Avec le soutien de pays arabes et européens, le général à la retraite, Khalifa Haftar a lancé, en avril 2019, une attaque visant prendre le contrôle de la capitale libyenne, causant la mort d'au moins 1000 personnes selon l'ONU.
Avec le soutien apporté par la Turquie au gouvernement légitime libyen de Fayez Al-Sarraj, l'Armée libyenne a réussi à contrer les avancées des milices fidèles à Haftar, et à inverser le cours du conflit.
En moins de deux mois, l'Armée libyenne a réussi à libérer toutes les villes de la côte ouest, jusqu'à la frontière avec la Tunisie, en plus de la base stratégique d'Al-Wattia et des villes de Badr et Tiji, ainsi que la ville d'Al-Asabi'a au sud-ouest de Tripoli.
L'Agence Anadolu a récemment rapporté que la Russie avait envoyé 150 mercenaires syriens en Libye pour combattre aux côtés du général putschiste Khalifa Haftar.
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