Mourad Belhaj
27 Novembre 2020•Mise à jour: 28 Novembre 2020
AA / Ankara
Le sort réservé à 4 jeunes enfants à Albertville (département de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes), pour leurs propos lors d’un débat en classe autour de la liberté d’expression, les caricatures du Prophète Mohammed et l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty, n‘en finit pas de susciter émoi et consternation tant en France que dans le reste du monde.
Les correspondants de l’Agence Anadolu furent les premiers à révéler que ces quatre enfants de 10 ans, dont 3 d’origine turque et 1 d’origine algérienne, avaient été traités comme des « terroristes » et retenus pendant 11 heures au commissariat d’Albertville.
Parmi les premiers à réagir à ce grave incident, la porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations Unies (HCDH) s’était exprimée au micro de l’Agence Anadolu pour dénoncer la législation antiterroriste française et rappeler que « le mécanisme des Droits de l’Homme de l’ONU a dénoncé la définition française de ‘soutien au terrorisme’, estimant qu’elle réduit inutilement le champ de la liberté d’expression, et qu’elle est trop fréquemment utilisée contre des enfants mineurs ».
Dernière levée de boucliers en date suite à cette dérive, et à bien d’autres visant des enfants issus de familles de confession musulmane, 38 personnalités de la société civile, toutes de confession israélite, dénoncent dans une tribune parue le 25 novembre sur l’Obs « des signalements et des poursuites judiciaires contre des enfants accusés de complaisance envers le terrorisme ».
Du résistant français Adolfo Kaminsky, à l’ancien président de Médecins sans frontières France (de 1982 à 1994), Rony Brauman, au rabbin Gabriel Hagaï, ou encore au psychanalyste Gérard Haddad, et au journaliste historien Dominique Vidal, pour ne citer qu’eux, ce collectif de membres de la société civile, juifs ou d’origine juive, appelle à enrayer une « logique funeste » représentée par les « positions et les mesures du gouvernement (français qui) s’inscrivent dans une logique d’accentuation des clivages et des ressentis ».
Sans vouloir tracer un lien direct avec les événements d’un passé encore proche, ils affirment, dans leur publication qu’il leur revient en mémoire la discrimination faite aux enfants juifs, avant que l’Histoire ne les livres aux horreurs de la guerre.
Ils dénoncent cette discrimination contre les enfants. Ceux « que la république reconnaît comme siens » et les « autres ». Ils mettent en garde contre cette différenciation, car elle pourrait être le premier point d’une ligne dont on ne peut connaître la direction.
Vouloir protéger la république et ses atouts, certes, mais encore faut-il protéger ses enfants. Tous ses enfants. Car la protection est le maître mot. Non pas la suspicion suivie d’arrestations. Car ce qui en découle est un traumatisme pour l’enfant qui ne se sent plus protégé. D’autant que certains d’entre eux « ont subi perquisitions et interrogatoire pour simple possession d’une feuille avec une inscription en arabe ».
En voulant s’attaquer au terrorisme, le gouvernement français utilise « une logique guerrière » au sein de la société, pire, de l’école, affirment-ils.
Sans doute les signataires de cette tribune s’insurgent-ils contre ces faits, car il leur revient en mémoire le sort de plus de treize mille personnes, dont 4 115 enfants, qui, après la tristement célèbre rafle du Vel' d'Hiv de 1942, avaient été parqués dans le camp de Drancy avant d’être déportés vers les camps de la mort, notamment Auschwitz-Birkenau… Aucun de ces enfants ne survécut à l’horreur de ce drame !
Les « responsables » de ces crimes, à qui on avait demandé des comptes une fois la guerre finie, s’étaient alors prévalus de l’argument fallacieux : « Nous ne pouvions pas savoir » !
Aujourd’hui ces intellectuels, indépendamment de leur appartenance religieuse, eux savent !
Ils refusent de se faire les complices d’une politique qui pourrait un jour mener un héritier de jean Ferrat à fustiger cette génération, comme le fit le fameux poète à l’égard de ses concitoyens qui s’étaient laissés entraîné dans ce tourbillon de l’horreur que furent les lois anti-juives du gouvernement de Vichy.
Jean Ferrat disait dans sa fameuse chanson « Nuit et Brouillard » :
«La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
(…)
Je twisterais les mots s'il fallait les twister
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez
(…)
Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés ».