AA/ Paris/ Bilal Muftuoglu
L'Assemblée nationale française a adopté, mardi, le projet de la loi sur le renseignement en première lecture avec 438 voix pour et 86 contre, a rapporté le correspondant d'Anadolu.
Jugée ''liberticide'' par ses opposants et défendue comme un outil de lutte antiterroriste par le gouvernement français, la loi sur le renseignement fera l'objet d'une lecture au Sénat avant son entrée en vigueur.
S'exprimant devant la presse à l'issue du vote, le Premier ministre français Manuel Valls s'est félicité d'une ''large majorité'' à l'Assemblée pour cette loi qui, selon lui, ''préserve [les] libertés fondamentales''.
Seulement 10 députés socialistes ont voté contre la loi, dont Aurélie Filipetti, ancienne ministre de la Culture tandis que 17 autres se sont abstenus.
Le projet de loi a été présenté fin avril, exceptionnellement, par Valls, à la place du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, à l'Assemblée, devant seulement une trentaine de députés.
Le projet ''donnera à nos compatriotes des garanties concrètes'', a assuré Valls, affirmant que le nombre de personnes à surveiller en France ''excède les capacités'' des services de renseignement du pays.
En France, le dernier projet de renseignement avait été adopté en 1991, alors que l'adoption de cette nouvelle loi survient trois mois après les attentats contre le siège du journal Charlie Hebdo à Paris.
Les ONG de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International et Reporters Sans Frontières avaient, de leur côté, signalé, que la loi pourrait ''potentiellement nuire à la liberté d’expression et entraîner de graves dérives'' et aller ''à l’encontre du respect de la vie privée des internautes''.
Dans son commentaire pour Anadolu, Thomas Guénolé, politologue français et co-créateur de la pétition ''Retirez le projet de Loi Renseignement: c'est un Big Brother français'', signée à l'heure actuelle par près de 125 000 personnes, le projet de loi risquerait de transformer la France en un ''Etat policier numérique''.
La nouvelle loi prévoit, entre autres, la création d'une nouvelle instance administrative, la commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), composée de 9 membres, dont 4 magistrats, 4 parlementaires et un spécialiste en communication électronique. L'instance en question sera notamment chargée de vérifier la conformité des mesures de surveillance aux dispositifs prévus par la loi.
La portée de la surveillance des moyens de communications a été élargie de manière à inclure l'accès aux données de connexion, la géolocalisation en temps réel par téléphone ou mobile, l'intrusion informatique, l'interception des communications et la surveillance des contacts des individus considérés radicaux même pendant leur incarcération .
Le gouvernement Valls prévoit en outre la création de 2 680 postes supplémentaires au cours de trois prochaines années dans le cadre de la lutte antiterroriste.