Nadia Chahed
10 Mai 2017•Mise à jour: 11 Mai 2017
AA/Paris/Souhir Bousbih
Elu président de la République française dimanche avec plus de 66% des suffrages face à la candidate du Front National, Marine Le Pen, Emmanuel Macron transformera-t-il l’essai aux législatives de juin ?
Car le leader "d'En Marche", qui a démissionné, lundi, de son poste de président le sait : pour pouvoir gouverner et appliquer son programme, il a besoin de la majorité à l’Assemblée Nationale. Et pour le moment, rien n’est joué, même si les sondages donnent son mouvement, nouvellement baptisé «La République En Marche», en tête des intentions de vote au premier tour avec 24% des voix.
Car sa victoire, aussi nette soit-elle, masque une autre vérité: 46% des électeurs d’Emmanuel Macron au second tour ont voté pour lui par défaut, uniquement dans le but de « manifester leur opposition à Marine Le Pen ».
Si l'on ajoute à ces quelques neuf millions d’électeurs les douze millions d’abstentionnistes et les quatre millions de votes blancs comptabilisés dans les urnes, le 7 mai, les chances pour l’ancien ministre de l’Economie de construire une « majorité forte, vraie et de changement », comme il l’a appelé de ses vœux le soir de son élection, sont fragiles. Et il sait, comme ses lieutenants, qu’une tâche « immense » l’attend. Un défi d’autant plus compliqué à relever qu’à l’inverse des autres partis classiques implantés localement comme le Parti Socialiste et les Républicains pour ne citer qu’eux, Emmanuel Macron ne dispose ni d’un parti installé, ni d’élus locaux, son mouvement ayant été créé seulement l’année dernière.
Aussi, si Emmanuel Macron est devenu à 39 ans le plus jeune président de la Ve République, il pourrait également devenir le premier à vivre une cohabitation dans la foulée d’un scrutin présidentiel.
L’opposition majoritaire à l’Assemblée Nationale dans la foulée d’une élection présidentielle, c’est du jamais vu. Mais c’est ce qu’espèrent beaucoup de Français, si on en croit un sondage Ipsos réalisé dimanche après la victoire d’Emmanuel Macron.
En effet, 61% des personnes interrogées ne souhaitent pas que le leader d'En marche! dispose d'une majorité à l'Assemblée nationale. De quoi donner des ailes aux Républicains, qui arrivent juste derrière le mouvement du président dans les intentions de vote au premier tour, avec 22% des suffrages, contre 24% pour En Marche. Après l’échec à la présidentielle, que beaucoup imputent à « l’entêtement » de François Fillon, la droite espère reprendre la main au gouvernement au mois de juin prochain. Dans l’éventualité d’une cohabitation, François Baroin, chef de file désigné des Républicains et de l’UDI pour mener la campagne des législatives, est celui qui est le plus pressenti pour être premier ministre.
Face à ces menaces, Emmanuel Macron a décidé de changer son fusil d’épaule, en assouplissant les règles de sélection des 577 candidats investis par la « République En Marche » et dont la liste complète sera dévoilée jeudi à midi.
Alors qu’Emmanuel Macron avait dans un premier temps exigé que les candidats investis pour la majorité présidentielle quittent leur parti d’origine, il est revenu sur sa décision: « Je ne demande à personne de déchirer sa carte, parce qu'à titre personnel, les gens peuvent toujours garder des engagements », a-t-il déclaré sur RTL. Mais le secrétaire général du mouvement Richard Ferrand l’a répété lundi lors d’un point presse organisé au QG parisien d’Emmanuel Macron: le mouvement se refuse à « tout accord d’appareil ainsi que toute double étiquette ».
Siphonner la droite et la gauche, Emmanuel Macron l’a déjà fait durant la campagne présidentielle, avec le succès qu’on lui connaît. Cette stratégie peut-elle s’avérer gagnante pour les législatives ? Manuel Valls, l’ancien Premier ministre de François Hollande, a d’ores et déjà annoncé son intention mardi matin de rejoindre « la majorité présidentielle », prédisant « la mort » du Parti Socialiste.
Bruno Le Maire, candidat LR à la primaire de la droite, a exprimé le même souhait de travailler « dans une majorité de gouvernement ». Mais François Baroin a averti : tout candidat encarté LR qui serait tenté de s’engager aux côtés d’Emmanuel Macron « aurait un candidat Républicain face à lui ».