Mohamed Hedi Abidellaoui
16 Mars 2017•Mise à jour: 17 Mars 2017
AA/ paris/ Souhir Bousbih
En berne dans les sondages et lâché par plusieurs cadres du PS, dont Manuel Valls, le candidat socialiste à la présidentielle française du 23 avril, Benoît Hamon, a présenté, jeudi, son programme à la Maison de l’Architecture à Paris.
Pendant plus d’une heure, le candidat a énuméré ses propositions pour « un futur désirable » articulées autour de trois axes: la transition énergétique, la révolution numérique et la démocratie.
En préambule de son intervention, le candidat socialiste n’a pas manqué de tacler ses adversaires, Fillon et Macron pour ne pas les citer, en dénonçant une « campagne polluée par l’argent », symptomatique d’une crise multiple: « Ce qui intéresse les responsables politiques, c’est moins l’intérêt général qu’une somme d’intérêts particuliers », a-t-il déclaré.
Critiqué pour son « sectarisme » par son adversaire à la primaire Manuel Valls, Benoît Hamon s’est d’emblée positionné comme un rassembleur en revendiquant avoir « largement enrichi» son programme de propositions de ses concurrents à la primaire. Il a repris l’idée de verser des allocations dès la naissance du premier enfant, comme l’avait proposé Vincent Peillon, ou encore celle du Made In France d’Arnaud Montebourg. Il s’est inspiré de ce dernier en annonçant que « 50% des marchés publics seront réservés aux petites et moyennes entreprises ». C’est également à ce dernier que revient la mesure de « nationalisation temporaire » des entreprises, que Benoît Hamon a reprise à son compte: « Nous devons faire comme les Américains et les Britanniques. Je ne m’interdis pas par dogme ou par idéologie d’utiliser tous les instruments qui peuvent être utilisés pour maintenir notre compétitivité et notre industrie ».
Le candidat est également revenu sur plusieurs propositions qu’il avait déjà abordées, lors de ses derniers meetings. Priorité, répète-t-il, sera donnée à la « conversion écologique » de l’économie, avec un plan de 100 milliards d’euros consacré à la rénovation urbaine et thermique, la sortie du diesel et du nucléaire d’ici 2025.
Outre l’écologie, Benoît Hamon a insisté sur l’emploi, se revendiquant comme le candidat de « la fiche de paie, du pouvoir d’achat et de la valeur travail ».
Il est revenu sur deux de ses mesures phares, à savoir le revenu universel et la taxe sur les robots. Sur la première, réévaluée à 35 milliards d’euros, il a affirmé qu’elle ne serait financée par aucun impôt, contrairement à ce qu’il avait annoncé durant la primaire, où il avait évoqué une réforme sur la fiscalité du patrimoine. Il table sur une autre forme de financement « innovant » : une taxe de 5 milliards d’euros sur les superprofits des banques et une réorientation des crédits alloués au CICE (crédit impôt collectivité et emploi). Au final, elle devrait impacter « 19 millions de personnes qui touchent moins de 2200 euros nets ».
Sur la seconde, le candidat a précisé que la taxe « alimentera un fonds de transition sur le travail et la formation des salariés », mais qu’elle ne concernerait que les entreprises qui réduisent leurs effectifs.
Une manière de rassurer les entreprises et ceux de son parti qui critiquaient la rigueur de ces mesures. Pour autant, Benoît Hamon a confirmé garder le cap à gauche, en promettant notamment le droit de vote aux étrangers, la revalorisation des salaires des fonctionnaires, l’encadrement des emplois précaires, l’abrogation de la loi El Khomri qui sera remplacée par une nouvelle loi travail, l’embauche de 40000 enseignants, le maintien de l’âge de départ à la retraite, sans oublier l’injection d’un milliard dans la Recherche.
Autant de promesses, donc, que Benoît Hamon a développées en détails, mais dont le détail des financements est resté, lui, assez flou.