Lassaad Ben Ahmed
08 Décembre 2017•Mise à jour: 08 Décembre 2017
AA/Alger/Karim Kabir
Même si elle était réduite à une dizaine d’heures, la visite du président français, Emmanuel Macron, mercredi en Algérie, a été dense et a été l’occasion pour lui de réitérer ce qu’il n’a pas cessé de proclamer depuis son investiture : « Ouvrir une nouvelle page » avec l’Algérie, ancienne colonie française, avec laquelle le contentieux mémoriel pèse toujours sur la relation bilatérale.
«L'ambition que j'ai pour la relation entre l'Algérie et la France n'a rien à voir avec ce qu'on a fait depuis des décennies », a-t-il affirmé au terme de sa visite.
Déjà, peu avant, il a martelé autant dans ses échanges avec les jeunes au cours d’un bain de foule qu’il s’est offert au centre-ville qu’avec les médias auxquels il a accordés des entretiens que «les deux pays ne doivent pas être otages du passé».
«Le piège est de rester dans le déni et de ne jamais en parler, ou d'être dans la repentance et de ne jamais en sortir. Le cœur de notre relation c'est de reconnaître ce qui a été fait de bien comme de mal. J'ai reconnu avec beaucoup de force le mal qui a été fait », a-t-il déclaré à un journal local, comme pour suggérer qu’il s’était déjà prononcé sur le colonialisme qu’il avait qualifié de «crime contre l’humanité», lors de son premier séjour en février, alors qu’il était en campagne pour l’élection présidentielle française.
Comme premier geste, il a annoncé sa décision de restituer les crânes de 37 résistants algériens détenus dans le musée de l’homme à Paris.
«J'ai accédé à une demande plusieurs fois réitérée par les pouvoirs publics algériens d'avoir la restitution des crânes des résistants algériens et j'ai pris la décision de procéder justement à cette restitution », a précisé Macron lors d’une conférence de presse.
Mais il a souhaité que le dialogue se poursuive pour aboutir à la réconciliation des mémoires.
«Réconcilier les mémoires, c’est trouver le chemin qui permet aux femmes et aux hommes nés en Algérie de pouvoir y revenir, quelles que soient leurs histoires», a dit Macron en conférence de presse en allusion aux harkis, ces supplétifs de l’armée française, qui ont quitté le pays à l’indépendance redoutant la vengeance.
Aux jeunes qui lui réclamaient lors de sa déambulation au centre-ville des «visas», Emmanuel Macron a insisté que le «visa n’est pas un projet de vie».
«Trop de jeunes m’ont demandé un visa ce matin. Un visa, ce n’est pas un projet de vie. Un projet de vie, c’est d’avoir une formation, d’essayer d’avoir un travail, une famille », a-t-il dit.
Faute de perspectives, de nombreux jeunes algériens désirent se rendre en France, mais l’octroi du visa n’est toujours pas assuré. D’où l’apparition du phénomène des «harragas», ces jeunes qui tentent la traversée de la Méditerranée à bord d’embarcations de fortune, parfois au péril de leur vie.
Le président français a plaidé pour dépassionner la question de visas et l’assouplissement des procédures notamment pour les intellectuels, les artistes, les journalistes et les hommes d’affaires.
Avec Bouteflika, affaibli par un AVC depuis 2013, qu’il a rencontré dans sa résidence à Zeralda, banlieue ouest d’Alger, pendant une heure, Emmanuel Macron a parlé des questions de sécurité, notamment en Libye et au Sahel, mais également de la coopération économique entre les deux pays.
Il a déclaré avoir abordé «plusieurs sujets notamment la volonté conjointe de renforcer les liens économiques et la lutte antiterroriste ainsi que des sujets qui trouveront leur issue lors de la 4ème session du Comité intergouvernemental de haut niveau algéro-français (CIHN)», qui se tient jeudi à Paris, sous la co-présidence des deux premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Edouard Philippe ».
Il a indiqué avoir également exprimé, lors de cet entretien, son «souhait de développer des projets en Algérie», citant notamment une école du numérique pour permettre de former la jeunesse dans ce domaine et un fonds conjoint d'investissement franco-algérien pour accompagner les PME dans la diversification de l'économie de l'Algérie.
A la résidence de l’ambassadeur français, dernière étape de sa visite avant de s’envoler vers le Qatar, il a rencontré des figures de la société civile algérienne et de l’opposition.
«En transparence avec les autorités algériennes, j’ai rencontré des gens qui pensent différemment et qui vivent une autre expérience de l’Algérie, parce que c’est cela un pays, des expériences multiples. J’y vois une volonté de ne rien cacher et de tout entendre.
Les autorités algériennes ont accepté qu’il ait cet échange. Il y avait les voix des plus jeunes qui veulent aller plus loin et plus fort, des intellectuels critiques, des créateurs et de religieux présents autour de la table. Là aussi, il n’y a pas de paradoxe, il y a de la liberté», a-t-il répondu à une journaliste française qui lui reprochait de ne parler qu’avec les autorités algériennes.
Emmanuel Macron a annoncé, au terme de sa visite, qu’il reviendra en visite d’Etat en Algérie, courant 2018.