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25 Janvier 2018•Mise à jour: 25 Janvier 2018
AA/ Washington/ Safwen Allah Fardi
L’ex-envoyé de Washington aux Nations Unies (ONU), Bill Richardson, a démissionné du comité consultatif international relatif à la crise des migrants Rohingyas, sur fond "de camouflage des faits et d’encouragement des politiques du gouvernement birman".
"C'est avec une grande déception que j'annonce ma démission du comité consultatif sur l'État de Rakhine (État d’Arakan)", a indiqué le diplomate dans un communiqué dont Anadolu a eu copie.
"Je crains que ce comité ne devienne "une troupe de pom-pom girls" dans la mesure où ses travaux visent à encourager les politiques gouvernementales, plutôt que de proposer des changements politiques concrets et cruciaux pour garantir la paix, la stabilité et le développement dans l’Etat d'Arakan", a lancé Richardson, réputé pour sa proximité avec la dirigeante birmane, Aung San Suu Kyi.
Le diplomate américain a démissionné après avoir évoqué, lors d’une réunion des membres du comité tenue lundi, l’affaire de deux journalistes relevant de l’agence de presse américaine "Reuters" condamnés à 14 ans d’emprisonnement au Myanmar, pour avoir violé la loi sur les secrets d’Etat de la Birmanie.
"J'étais tellement énervé contre la réponse furieuse de Suu Kyi quant à ma demande d’évoquer d’une manière rapide et équitable l’affaire des deux journalistes", a-t-il renchéri.
"En acceptant ce poste (au sein du comité consultatif), j’avais l’intention de soutenir les efforts déployés par le Myanmar en vue d’instaurer la paix durable, la sécurité et le développement dans l’Etat d’Arakan", a-t-il ajouté.
D’autre part, Richardson a accusé la dirigeante birmane de "porter des parties externes responsables de la Crise des Rohingyas, au lieu de surveiller honnêtement les pratiques de l'armée du Myanmar et de proposer des solutions au conflit qui secoue l'État d’Arakan".
Le diplomate s'est par ailleurs déclaré très préoccupé par "l'absence de leadership moral" d'Aung San Suu Kyi.
Le comité consultatif était créé pour mettre en œuvre des recommandations spécifiques à la minorité brutalement persécutée au Myanmar ; des recommandations élaborées par le comité formé en 2017 et présidé par l’ex-Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan.
Les crimes qualifiés de campagne "d'épuration ethnique" et qui se poursuivent depuis des années contre les Rohingyas, ont, selon les Nations Unies, contraint quelque 826 mille personnes à se réfugier au Bangladesh, 656 mille d'entre eux ayant fui le pays depuis le 25 août dernier.
Selon l'organisation internationale "médecins sans frontières" (MSF), pas moins de 9 000 personnes appartenant à la minorité Rohingya ont été tuées dans la province d'Arakan (Rakhine), dans l'ouest du Myanmar, entre le 25 août et le 24 septembre derniers.
L'Organisation des Nations Unies a, pour sa part, documenté le recours de membres des forces de sécurité du Myanmar, aux viols collectifs à large échelle, aux meurtres de nourrissons et de jeunes enfants, ainsi que leur implication dans des passages à tabac brutaux et des cas de disparitions.
Les enquêteurs de l'ONU ont rendu un rapport décrivant ces abus "comme étant des crimes contre l'humanité".