AA/ Bamako/ Moussa Bolly
Après quatre rounds infructueux, la cinquième étape des négociations d'Alger, entre Bamako et les groupes du Nord, s'ouvrira lundi prochain, alors que sévissent, dans le Nord du pays, trois principaux obstacles, qui hypothèquent la réussite de ce processus.
Réunis sous l'égide algérien, 6 groupes rebelles du Nord-Mali, dont le Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA) négocient avec Bamako un statut juridique particulier à la région de l'Azawad, entre un fédéralisme, réclamé par les rebelles soupçonné de cacher leurs véllléités séparatistes, et une certaine marge d'autogestion accordée à cette région du Nord par Bamako qui tient à l'aspect un et indivisble de la République malienne.
1) L'absence de sécurité:
Plus de trois ans (janvier 2012) après le déclenchement de la guerre du Mali, la sécurité reste la grande absente du quotidien des Maliens. L'intervention française de janvier 2013, battant en brèche l'avancée des djihadistes, alors alliés des indépendistes MNLA n'a pas suffi à colmater la brèche sécuritaire.
Depuis fin janvier, à l'orée d'un 5ème round d'un dialogue inclusif entre Bamako et les rebelles du Nord à Alger, la recrudescence de la violence a atteint un niveau record, particulièrement dans le Nord, autour de Tabankort, contrôlée par les milices pro-gouvernementales qui essayent de repousser les attaques des groupes rebelles indépendantistes de l'Azawad.
Une trentaine de morts ont ainsi été recensés depuis début 2015 suite à des attaques armées, des opérations suicidaires ou différentes embuscades. Mercredi matin, un enfant de 6 ans a été retrouvé morts dans la commune de Tessit (Nord-Est) "suite aux tirs à l’arme lourde par l’armé malienne" selon un communiqué de la Coordination des Mouvements de l'Azawad, sans qu'une réaction officielle malienne ne soit disponible.
«L’inquiétude et la colère étreignent les populations et les élus de la région de Tombouctou. Le chaos ne cesse de grandir dans le Nord», déplore sur les réseaux sociaux Oumou Sall Seck maire de Goundam (Nord) et membre de la délégation malienne aux pourparlers d’Alger.
«L'axe Goundam-Tombouctou est devenu infréquentable tant l’insécurité est grande. On n’en peut plus des humiliations, des enlèvements, des égorgements, des têtes coupées exhibées au marché, des femmes violées sous le regard désespéré de leurs maris, sans que le gouvernement ne dise mot», dénonce-t-elle.
2) L'absence de l'Etat:
L'absence de l'Etat s'analyse comme une cause de détérioration de la sécurité, en même temps qu'un facteur catalyseur de la tension. Il s'agit également d'une donnée structurelle qui a facilité, dans les années passées, la prise de contrôle des rebelles, à la fois djihadistes et touaregs, de la région du Nord.
Il en résulte que, face à la recrudescence de la violence, l’administration continue à abandonner le septentrion du Mali. Récemment, ce se sont les sous-préfets du cercle de Goundam qui se sont repliés sur la capitale.
«L'Etat n'existe que par le nom après le départ de tous les sous-préfets», déplore, dans une déclaration à Anadolu, un élu de cette zone sous couvert d’anonymat. «Bamako a abandonné les populations du Nord qui vivent avec la peur au ventre. La situation est chaotique», ajoute-t-il.
«Reprise des pourparlers à Alger, gel des positions des groupes armés ! Tout cela est rien par rapport à la gravité de la situation au Nord, principalement à Gao», avertit dans un entretien avec Anadolu, Abdourhamane Dicko, consultant indépendant en géopolitique du Sahel.
Pour lui «l'Etat n'est présent que pour lui-même. Des fonctionnaires refusent de rejoindre leur lieu de travail à cause de l'insécurité. D’autres s'absentent sans autorisation et sans aucune sanction».
Une situation à laquelle oppose Bamako «la volonté du gouvernement de poursuivre les pourparlers et de conclure rapidement un accord de paix global et définitif» selon le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, dans une déclaration publique récente.
En outre, la visite symbolique du Président malien, Ibrahim Babacar Keita (IBK), à Gao, entend passer un message de "reprise en main" confirmé à Anadolu par un diplomate occidental en poste à Bamako qui a déclaré qu'«aux yeux des Maliens, IBK est le seul capitaine du navire pour ramener la paix».
3) Absence de confiance:
Bamako ne parle plus, ainsi, d'une seule voix. A l'issue du 4ème round du dialogue d'Alger, fin 2014, un pré-accord issu des négociations a été rejeté par une frange des partis politiques et de la société civile du Mali, au motif qu'il présentait "trop de concessions", laquelle frange a menacé" de poursuivre pour "parjure et haute trahison" toute autorité publique malienne qui adoppterait ledit préaccord.
De son côté, même la Mission onusienne au Nord-Mali, Minusma, n’a plus la confiance d'élus et de populations des régions du Nord après les événements de Tabankort et de Gao en fin janvier qui a fait des morts parmi la population qui contestait la signature de la MINUSMA d'un document avec un groupe rebelle.
Contacté par Anadolu, Mamadou Bakary Sangaré, le porte-parole du président de la république du Mali n’a pas voulu réagir à la reprise des pourparlers d’Alger. Alors que la plate-forme du 14 juillet, une autre coalition des mouvements armés, mais cette fois-ci proche de Bamako, dit qu’elle n’est pas contre la paix.
« Nous avons décidé d’observer la situation. Ce qui est sûr, ce que nous ne sommes pas contre la paix », affirme, Sidi El Mehdi Ag Alkaba, chargé de presse de la plateforme
Entamés en juillet dernier et poursuivant l'objectif de la signature d'un document devant ramener une paix durable au Mali, les pourparlers d'Alger rassemblent principalement Bamako et 6 groupes politco-militaires, le Mouvement Arabe de l’Azawed (Maa), la Coordination pour le Peuple de l’Azawed (Cpa), la Coordination des Mouvements et Fronts Patriotiques de Résistance (Cm-Fpr), le Mnla, le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (Hcua) et le Mouvement Arabe de l’Azawad.