AA / Toronto (Canada) / Seyit Aydoğan
L’Alliance des Egyptiens Canadiens pour la démocratie a organisé des manifestations silencieuses dans plusieurs villes du Canada pour protester contre la peine de mort prononcée contre Mohamed Morsi, le premier président élu de l’Egypte, et des figures de proue du mouvement des Frères Musulmans.
Des centaines de manifestants se sont ainsi rassemblés pour un sit-in silencieux devant le consulat égyptien à Montréal. Une deuxième manifestation a eu lieu à Dundas Square, la plus célèbre place de Toronto. Des protestataires se sont revêtus des habits rouges des condamnés à mort, tandis que d’autres ont ceint leur cou d’une corde, dans une tentative de frapper les esprits. Des signatures ont été collectées en vue d’une pétition destinée au Premier ministre canadien, Joseph Harper.
Des manifestants se sont également rassemblés dans la capitale, Ottawa, devant le Conseil fédéral, et ont distribué des tracts contre la condamnation à mort de Morsi.
Aubrey Harris, coordinateur de la section canadienne d'Amnesty International a participé à la manifestation soulignant son opposition à la peine de mort et son soutien au « président élu égyptien Morsi ».
Harris a affirmé que même si Morsi avait commis un crime, il doit être jugé devant un tribunal civil, exigeant «l’arrêt immédiat des condamnations à mort».
Pour sa part, Dina Aboul Fotouh, la directrice de l’Alliance des Egyptiens Canadiens pour la démocratie, a dénoncé la position du gouvernement canadien, et a déclaré à ce sujet au correspondant d’Anadolu : «Nous déplorons que le Canada n’ait jusqu’ici pas condamné les peines de mort prononcées en Egypte».
Elle a indiqué qu’ils ont envoyé au ministère canadien des Affaires étrangères des rapports détaillés de l’affaire, mais sans obtenir aucune réponse. Aboul Fotouh s’est félicitée, à cet égard, de la position du président turc, Recep Tayyip Erdogan, à ce sujet.
Le 16 mai, le tribunal du Caire avait décidé de transférer les dossiers de Morsi et de 121 accusés sur un total de 166 prévenus, au grand Mufti d'Egypte pour recueillir son avis sur leur exécution après leur condamnation dans deux affaires pour «haute trahison» et «invasion de prisons». Le verdict sera prononcé le 2 juin prochain.
En droit égyptien, le transfert des dossiers des inculpés au grand Mufti est une étape qui précède la condamnation à la peine capitale. L’avis du mufti est consultatif et non contraignant pour le juge qui peut prononcer la condamnation à mort même en cas de refus de l'autorité religieuse.
La condamnation à mort a suscité un tollé à l’échelle internationale, les autorités égyptiennes rétorquant qu’elles refusaient toute intervention dans les affaires de la justice avançant que celle-ci est «indépendante et non politisée».