AA/ Yaoundé/ Anne-Mireille Zouankeu
Le mode opératoire de Boko Haram, au vu des récentes attaques, "s'apparente à un mode d'action totalement militaire" a déclaré, vendredi, dans une interview avec Anadolu, le Lieutenant-Colonel Didier Badjeck, chef de la division de la communication au ministère de la Défense du Cameroun.
"Le modis operandi de Boko Haram présente des séquences bien connues des militaires. D’abord on créé une diversion, et lorsque les troupes se déplacent vers cette diversion, on va attaquer le point qui est le véritable axe de l’effort." a déclaré Badjeck "En préparant le tout sur les renseignements. C’est pour dire qu’aujourd’hui il faut faire très attention, il ne faut pas minimiser Boko Haram, il faut prendre ce groupe très au sérieux et le frapper le plus fort possible."
Le sommet de Paris, tenu le 17 mai, et rassemblant, outre le Président du pays d'acceuil et les représentants de l'Union Européenne, de la Grande Bretagne et des Etats-Unis, les chefs d'Etat de cinq pays africains (Bénin, Cameroun, Niger, Nigéria et Tchad) avait mis l'accent sur une nécessaire collaboration entre les pays concernés par les activités du groupe armé, particulièrement actif au Nord-Est du Nigéria. Cette collaboration ne prendra, toutefois, pas la forme d'une "coalition armée" selon Bajdeck, en ce que cette procédure sera "longue" et "innappropriée" face à la menace immédiate que constitue Boko Haram.
"La menace Boko Haram est une menace instantanée pour laquelle il faut apporter des réponses promptes." précise le responsable de la communication au ministère de la défense. "Pour vous donner un exemple, s’il y a une opération de ratissage à l’Ouest du Nigeria, les assaillants vont tenter de se déverser du côté du Cameroun et du Tchad. Si les autres nous donnent des éléments de coordination avec le chronogramme et la planification de ces interventions, nous n’avons plus qu’à resserrer de notre côté de la frontière pour les accueillir et les détruire."
Le renseignement demeure, ainsi, la pierre angulaire de cette coopération. "La nature, le volume et l’attitude d’une force sont un ensemble de renseignements extrêmement sensibles. Lorsque vous avez ce renseignement, vous êtes capable de détruire la troupe." a précisé le responsable au ministère de la défense.
Dans cette optique, la discrétion demeure, selon Didier Badjeck, un levier qui permettra aux autorités camerounaises de bénéficier d'une marge de manoeuvre supplémentaire dans la gestion du conflit avec Boko Haram. Depuis, le 1er juin, date de libération de trois religieux kidnappés -deux italiens et une canadienne- début avril dans leur paroisse à Tchère, à une vingtaine de kilomètres de Maroua, chef lieu de la région de l'Extrême Nord et supposément détenus par le groupe armé, aucune information n'a filtré quant aux circonstances et aux modalités de cette libération. Le Lieutenant Colonel, Didier Badjeck, explique aujourd'hui qu'ils ont été libérés au terme d'une "négociation" dont les modalités relèvent du secret défense.
"On est prudent. Il ne faut pas gérer les crises avec des réponses ponctuelles. Il faut toujours penser à l’avenir. Lorsqu’il y a libération d’otages il y a des négociateurs. Décliner l’identité des négociateurs, donner les mécanismes qui ont prévalu à la libération des otages, c’est nous tirer une balle dans le pied. Vous ne savez pas ce qui peut arriver à ces négociateurs, vous ne savez pas ce qui peut se passer. S’il y a un autre cas demain on fait comment ? Les otages sont pris et nous essayons de les libérer, on essaye de rentrer en contact par des mécanismes qui sont des mécanismes totalement confidentiels.", a déclaré le colonel, en réponse à une question concernant les grandes lignes de la libération des trois religieux occidentaux, notamment l'identité des ravisseurs.
Le déploiement de l'armée camerounaise, après le sommet de Paris, dans la région de l'Extrême-Nord, là où s'active, à titre principal, Boko Haram au Cameroun, a également fait l'objet, de la part du représentant du ministère de la défense, d'une discrétion, arguant de la nécessité de préserver des informations relevant du "secret défense", face à un groupe armé qui pourrait mettre n'importe quelles "fuites" à son avantage.
"La nature, le volume et l’attitude d’une force sont un ensemble de renseignements extrêmement sensibles. Lorsque vous avez ce renseignement, vous êtes capable de détruire la troupe. Je vous donne un exemple très simple: si on sait que d’un point A à un point B il y a une colonne ennemi de chars qui descendent, au lieu de poser des chars, on peut juste poser des mines anti-chars ou alors de forces embusqués dans des emplacements qui détruisent ces chars." précise le Lieutenant-Colonel." Nous avons disposé des forces au niveau de cette partie du Cameroun en conséquences, en fonction de la menace qui pèse en ce moment et ces forces sont suffisamment importantes pour faire face à la menace. Nous avons aussi envoyé des troupes à la MISCA, près de 1300 hommes ainsi qu’un important matériel", concède finalement le responsable sécuritaire
Concomitamment à la libération des ex-otages italiens et canadienne, une opération a été lancée à Dabanga (Extrême-Nord) qui a fait 40 morts du côté de Boko Haram. Ce groupe, qui a revendiqué, début mai, le rapt de plus 200 lycéennes le 14 avril, à Chibok (Nord-Est du Nigéria), a toutefois gardé le silence sur le sort de 10 chinois, dont le rapt dans la nuit du 16 mai, dans la ville de Waza (Extrême-Nord), lui a été également imputé.