AA/ Madagascar/ Iloniaina Alain Rakotondravony
Le gouvernement malgache lance une offensive de charme afin de redorer le blason du secteur du tourisme terni par les cinq années de crise politique.
« La vision d’atteindre 400 000 touristes dans les 18 mois à venir est maintenue » confirme Jeannot, secrétaire général du ministère du Tourisme, à Anadolu. « Il en est de même pour l’objectif d’un million de touristes d’ici à 2020 », continue-t-il, à la veille de l’arrivée de la haute saison 2014. En 2013, les autorités ont enregistré l’arrivée de près de 250 000 touristes.
La destination Madagascar mise sur sa biodiversité, avec ses 250.000 espèces végétales et animales dont plus de 80% sont endémiques, pour se démarquer sur le marché mondial. La Grande île a enregistré près de 375 000 touristes lors du pic de 2008. Mais les cinq années de crise politique, avec l’image négative de l’instabilité politique et de l’insécurité, ont stoppé la nette progression enregistrée entre 2006 et 2008.
Jeannot certifie la « volonté du gouvernement » de miser sur le tourisme la veille de l’ouverture de la haute saison. « Après cinq ans de crise politique, nous sommes au stade de la relance économique. Les autorités souhaitent faire du tourisme le socle de l’économie d’où l’engagement du président de la République [Hery Rajaonarimampianina]allant dans ce sens », explique le secrétaire général du ministère du Tourisme.
Depuis son accession au pouvoir en janvier, Hery Rajaonarimampianina s’est déplacé par deux fois à l’île de Nosy Be (600 km de la Capitale, Antananarivo), la destination phare de la Grande île, pour montrer sa détermination.
«L'Etat malagache entamera d'autres grands chantiers, notamment l'aménagement de l'aéroport de Nosy Be afin que celui-ci puisse recevoir des avions gros porteurs, l'arrêt du délestage ainsi que le renforcement de la formation professionnelle essentiellement dans le domaine du tourisme », promet-t-il selon les propos rapportés par un communiqué de la Présidence de la République le 17 mai.
Le gouvernement place cette "île aux Parfums" comme "zone pilote" afin de relancer le tourisme. « Les dispositions que nous prenons à Nosy Be, nous allons les mettre en place ailleurs, dans les autres sites touristiques de Madagascar », lance le chef de l’Etat.
A entendre Jeannot, le gouvernement est engagé dans plusieurs chantiers afin de soutenir le tourisme, l’un des plus gros pourvoyeurs de devises pour le pays. Celui-ci a généré près de 382 millions de dollars en 2013 contre 459 millions de dollars en 2008. «L’Etat donne sa parole pour l’assainissement du secteur, dans la mise en place des infrastructures, la formation ou encore la sécurité », affirme-t-il. Le secrétaire général du ministère du Tourisme fait part d’ « un projet de mise en place d’un centre de formation dans chacune des 22 régions (...) tout comme la réhabilitation des hôtels d’Etat dans tout Madagascar » afin d’améliorer les infrastructures d’accueil.
Les professionnels du tourisme apprécient l’attitude du gouvernement pour gérer le cas du Nosy Be mais restent mesurés concernant les impacts immédiats, du moins pour cette saison, des mesures gouvernementales. «Pour l’instant, nous sommes à 200 000 touristes. L’objectif est d’atteindre les 350 000 à 400 000 touristes de 2008. La progression est de 20% par an entre 2006 et 2008. Pour l’instant, si nous arrivons à grappiller 5 à 10%, ce serait une bonne chose », déclare Eric Koller, président du conseil d’administration de l’Office national du tourisme à Madagascar (ONTM), une organisation privée, regroupant l'ensemble des métiers du tourisme.
Bakomalala Nirinalijao, secrétaire général du de l’association des tours opérateurs professionnels réceptifs de Madagascar (TOP) partage l’avis de son collègue. « Pour la saison touristique en cours, il est difficile de tabler sur un énorme changement. Les réservations se font un mois à l’avance alors que la haute saison va s’ouvrir au mois de juin», commente-t-elle. « Je ne sais pas si on peut espérer quelque chose pour la fin de la haute saison.5 ».
Eric Koller milite pour un travail de fond à moyen terme. Il insiste sur la « multiplication des efforts pour promouvoir la destination Madagascar » car « la crise politique traversée par le pays écorne notre image et il faut rattraper le temps perdu». « Il faut renforcer notre visibilité sur le marché. Nous devons garder les acquis avec la clientèle française, qui compose près de la moitié de notre marché. Mais il faut diversifier celui-ci. Nous ne sommes pas encore capables de faire venir par exemple les Brésiliens et les Chinois. Et il nous faut des investissements pour pérenniser tout cela après», plaide-t-il.
La diversification du marché est toutefois handicapée par la question liée à la desserte. « C’est notre tendon d’achille », reconnaît Eric Koller. « Ce n’est pas possible que les gens passent une nuit dans un autre pays avant d’arriver à Madagascar. Il nous faut des lignes directes », martèle-t-il.
De son côté, Bakomalala Nirinalijao espère d’autres signaux forts de la part des autorités concernant la sécurité. « C’est l’un des points négatifs de la destination Madagascar et il faut rassurer tout le monde sur cela. Et puis, il faut qu’il y ait désormais une stabilité politique », conclut-elle.