AA - Ankara - Nur Gülsoy
Le chef du gouvernement centrafricain a déclaré, dans une interview accordée à l’agence Anadolu, qu’il ne s’opposerait pas au retour de l'ex-président Djotodia au pays et que la Cour Pénale Internationale (CPI) sera saisie pour éviter que les graves crimes commis pendant le conflit en RCA restent impunis.
Le Premier ministre de la période transitoire de la République centrafricaine (RCA), André N'Zapayéké, a émis l'espoir que le mois saint du Ramadan incitera le peuple à s'unir et à abandonner les armes.
En visite à Ankara, où il effectue une visite de plusieurs jours, M. N'Zapayéké a indiqué qu’il ne s’oppose pas au retour en RCA de Michel Djotodia ex-président et fondateur de l’ex Seleka - actuellement au Benin - tout en l'invitant à faire face à la justice si sa culpabilité était établie.
Il a également assuré qu'il n y aura pas d'impunité pour les crimes commis depuis le déclenchement du conflit interne en RCA à la fin de l’année 2013, soulignant avoir saisi la Cour pénale internationale (CPI) de ces crimes.
Il s'est dit optimiste quant au dénouement de la crise en appelant les divers protagonistes à jeter les armes et à se préparer aux élections qui auront lieu "dans quelques mois".
N'Zapayéké a catégoriquement rejeté l'existence des accords de N'Djamena qui stipuleraient - selon des dirigeants de l’ex-Seleka - le partage des postes en fonction des religions.
A l’approche du mois de Ramadan pour les musulmans, N'Zapayéké - de confession chrétienne - a indiqué qu’à l’occasion de ce mois saint au cours duquel on prêche la paix et la fraternité, le gouvernement a décidé de faire en sorte que ces valeurs fondamentales de l’Islam soient mises en valeur et que chrétiens et musulmans se retrouvent autour de cet idéal de paix.
La période Ramadan, a-t-il souligné, nous offre une occasion unique. Nous avons eu auparavant la Pentecôte en juin, fête chrétienne, qui a été totalement respectée et au cours de laquelle il n'y a pas eu de coups de feu tiré".
Rappelant que les élections devront se tenir dans quelques mois si la période transitoire se déroule bien, il a ajouté: "Tout le monde peut promouvoir et défendre ses idées mais pas à travers les armes. Seule la saine concurrence nous conduira à nos idéaux.
Le Premier ministre a assuré, par ailleurs, que les crimes contre l'humanité commis en RCA ne resteront pas impunis. Rappelant que le pays traverse une période difficile qui a ébranlé les services de la justice, de la police, de la gendarmerie ainsi que la base même de l'Etat, André N'Zapayéké a réaffirmé qu' "il n'y aura pas d'impunité en RCA".
"Le gouvernement, a-t-il expliqué, a tout fait ces derniers temps, pour permettre à la justice de fonctionner. (...) Conscients de notre faiblesse, nous avons saisi la CPI qui a désormais tous la latitude de prendre les décisions. La CPI est entrain de faire son travail, je pense que d’ici peu, elle déclenchera les procédures, car nous ne sommes pas capables, à cause de la faiblesse de l’administration, de mener ces opérations judiciaires jusqu’au bout. Nous avons également saisi les Nations Unies, pour mettre à notre disposition des cadres en vue de renforcer notre système judiciaire."
Evoquant les rumeurs faisant état d’un éventuel retour de Michel Djotodia en RCA, le chef du gouvernement transitoire a affirmé: "rentrer chez soi ne signifie pas qu’on revient à nouveau s’installer au palais ou faire ce qu’on a envie de faire. Donc si le président Djotodia est sûr de lui même et qu’il estime qu’il n’a rien à se reprocher, il est la bienvenue chez lui. Il rentre chez lui et vit comme tout Centrafricain. Mais dans le cas contraire, ce sera à la justice de trancher. Aujourd'hui, le gouvernement de transition ne se mêle pas des questions de justice. La justice est indépendante et la ministre de la justice appréciera avec ses services comment traiter le cas du président Djotodia.
D autre part, André N'Zapayéké a catégoriquement rejeté l'idée du partage du pouvoir stipule - selon des dirigeants de l ex Seleka - par les accords N'djamena.
"Je n’ai aucun élément qui me fait dire que la communauté musulmane serait mécontente de la non-application d’accords que je ne connais pas, a-t-il dit. Je suppose que c'est un accord qui prévoit le partage du pouvoir et que si le chef d’Etat est chrétien, il faut un Premier ministre musulman. (...) Certains en parlent… Mais j’ai besoin qu’on me présente un texte. Je n’ai jamais vu ces textes, et je mets quiconque au défi aujourd’hui de venir me présenter ce texte. La question est simplement de savoir si nous allons diviser la RCA en groupuscules musulmans et chrétiens et répartir les fonctions selon des critères confessionnels, jusqu’ou on va aller avec ça?"
Les sentiments qu'évoque la présence des soldats de l'opération Sangaris et des soldats de la force africaine Misca est une question de point de vue, selon le chef du gouvernement: "que serons-nous aujourd'hui si les Sangaris et les Misca n'étaient pas là? Après l'invasion des Séléka, (...) on s'est retrouvé devant un Etat néant. Cette invasion a créé cette confusion entre Séléka et musulmans, qui a fait qu'aujourd'hui on se retrouve devant ce conflit intercommunautaire avec une connotation fortement confessionnelle qui nous pose problème. Donc si les Sangaris n’avaient pas été là, je pense qu’on aurait eu une situation beaucoup plus grave."
Le Premier ministre centrafricain a conclu en se déclarant disposé à rencontrer toute partie souhaitant contribuer à la paix, y compris les dirigeants de l'ex-Séléka évidemment, que ce soient les membres présents en Turquie ou en RCA: "Nous rencontrons régulièrement les dirigeants de la Séléka qui sont en RCA. Nous sommes disposés à les rencontrer car comme vous le savez, le gouvernement de transition que je dirige n’est contre aucune personne, mouvement, parti politique, région, ethnie et encore moins contre une religion quelconque.
Ce gouvernement est neutre, mis en place pour essayer de rassembler les Centrafricains, de les réunir autour d’une même table pour que le dialogue national soit permanent. Nous n’avons absolument aucune objection que des responsables de la Séléka viennent nous rencontrer ici, à Istanbul ou à Ankara, pour échanger les points de vue."