Nadia Chahed
03 Juillet 2017•Mise à jour: 04 Juillet 2017
AA/Alger/Karim Kabir
L’opposition algérienne dans ses diverses déclinaisons demeure méfiante à l’égard de l’appel du nouveau premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, à un dialogue autour des « questions nationales d’importance ».
Après avoir longtemps tourné le dos à cette opposition, le Gouvernement, composé essentiellement des deux partis au pouvoir, le front de libération nationale (FLN) du président Bouteflika et le Rassemblement national démocratique (RND) de son chef de cabinet, Ahmed Ouyahia, sortis largement vainqueurs lors des élections législatives du 4 Mai dernier, estime possible la réalisation d’un consensus autour des questions nationales d’importance, selon les propos d’Abdelmadjid Tebboune qui s’exprimait la semaine passée devant le parlement.
Cette offre de dialogue n’est pas fortuite : confronté à une crise économique, le Gouvernement redoute que la paix sociale soit fragilisée par les mesures envisagées dans son plan d’action dont, notamment, l’augmentation des impôts et la révision de la politique des transferts sociaux et des subventions, dispositifs économiques assurant aux algériens des produits de base, d’eau et d’énergie à bas coût et l’accès aux soins, au logement et à l’éducation presque gratuitement.
«Le dialogue avec les partenaires sociaux représentatifs doit être la règle. Cette démarche ne doit procéder ni d’un bricolage de circonstance ni d’une improvisation», a réagi samedi le Rassemblement pour la culture et la démocratie (parti laïc, 9 députés) au lendemain de la tenue de son conseil national.Pour ce parti, «c’est le pouvoir qui refuse le dialogue pour sortir le pays de l’ornière ».
Principal parti d’opposition au sein du parlement avec 34 députés, le mouvement de la société pour la paix (MSP) (islamiste), par la voix de Bouabdellah Benadjaimia, son chargé de communication, veut que ce dialogue envisagé intègre aussi des questions politiques, comme l’organisation d’une transition politique réclamée, en vain, par l’opposition depuis 2014: « Nous revendiquons le consensus depuis longtemps. Cette revendication s’appuie sur plusieurs raisons : La première est la grande crise (économique) à laquelle est confronté le pays.
Le MSP croit donc au consensus. Mais nous voulons un consensus sur un même pied d’égalité et un dialogue sur tous les sujets dont la transition politique et la vision économique. On ne veut pas d’une simple consultation », a-t-il affirmé ce dimanche au journal électronique Tout sur l’Algérie (TSA).
Un avis que semble partager l’alliance (Adala-Bina-Ennahda), une coalition de partis islamistes (15 députés). « Nous sommes pour la démarche du dialogue sur des sujets importants qui concernent les citoyens et la gestion du pays et les questions importantes posées sur toutes les scènes afin d’arriver à un consensus.
En ce qui concerne les subventions, le problème est posé depuis longtemps. Nous sommes pour un dialogue permettant de revoir ces subventions de façon à ce qu’elles reviennent aux nécessiteux », a réagi ce dimanche le député Lakhdar Benkhelaf. Quant au front des forces socialistes (FFS) (14 députés), parti de centre gauche, il soutient que ce dialogue ne doit pas être à « la carte ».
«Nous sommes favorables à toute initiative de dialogue. Mais notre vision du consensus va à la source et concerne notamment la nature du système. Sauf qu’il semble qu’il (pouvoir) veut un dialogue et un consensus à la carte. Nous souhaitons bonne chance à M. Tebboune même si nous sommes convaincus que sa démarche est boiteuse. On fait un consensus pour sortir le pays de la crise et non un consensus à la carte », a réagi de son côté la députée Salima Ghezali, une grande figure du combat pour les droits de l’homme.
Même s’il a réitéré jeudi, devant les sénateurs, sa disponibilité pour engager ce dialogue avec l’opposition, Abdelmadjid Tebboune n’a évoqué toutefois ni la date, ni la manière dont aura lieu ce dialogue. Après le parlement, le sénat a donné son quitus jeudi pour le plan d’action du nouveau Gouvernement.