Esma Ben Said
29 Août 2017•Mise à jour: 29 Août 2017
AA/Alger/Karim Kabir
Le premier responsable du groupe Al Ahmadiya en Algérie, Mohamed Fali, a été arrêté lundi alors qu’il rendait visite à sa mère à Ain Sefra (760 Km Sud-Ouest d’Alger), a annoncé sur son compte Facebook l’avocat du groupe, Me Salah Dabouze.
«Arrestation de M. Mohamed Fali, premier responsable du groupe Ahmadiya en Algérie à quelques jours de l'Eid al-Adha, dans la maison de sa mère à Ain Sefra aujourd'hui (lundi, ndlr)», a écrit l’avocat, précisant que «Mohamed Fali a été jugé condamné, emprisonné et est actuellement poursuivi par plusieurs tribunaux de la république sur la base des mêmes accusations, à cause de ses croyances qui ne plaisent pas au ministre des Affaires religieuses».
«Je suis poursuivi par six tribunaux. Les accusations sont les mêmes partout. Il s’agit notamment de collecte de fonds sans autorisation, constitution d’association sans agrément et atteinte au Prophète », avait expliqué récemment dans un entretien accordé au journal TSA (Tout sur l’Algérie), Mohamed Fali.
Selon un décompte de la ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), ils sont quelque 240 ahmadis, sur près de 2000 adeptes que compte le groupe, à être poursuivis par la justice algérienne, certains ont été condamnés, d’autres sont en attente de jugement.
Tous sont poursuivis pour les mêmes chefs d’inculpation évoqués par le premier responsable du groupe.
Apparu en 2006, le groupe des ahmadis a connu un développement à partir de 2007 grâce notamment à la chaîne de télévision du mouvement, MTA, qui a commencé à émettre en arabe sur Nilesat.
«C’est d’ailleurs via ce média que personnellement j’ai appris l’existence de ce groupe. Leur exégèse (explication et commentaire) du Coran m’avait beaucoup plu. MTA a apporté des réponses aux questions que je me posais dont celles liées aux accusations de terrorisme dont fait l’objet notre religion. Al Ahmadiya a démontré que l’Islam est à l’origine une religion de paix. Elle n’est pas venue avec l’épée mais avec des idées et la liberté (…) », avait expliqué à TSA, Mohamed Fali.
Fin 2016, ce groupe avait tenté de créer une association, mais son dossier a été rejeté par les autorités algériennes, lesquelles le considère comme une secte. Elles accusent ses adeptes de « déviation confessionnelle » et d’ «atteinte à la cohésion nationale et au référent religieux national » (Sunnite-malékite).
En avril dernier, le ministre algérien des affaires religieuses avait toutefois assuré au cours d’une conférence à l’institut diplomatique et des relations internationales à Alger que l’Etat algérien « n’a pas l’intention de combattre les adeptes d’Al Ahmadiya ».
Selon lui, les personnes appartenant à cette « secte » n’ont pas été poursuivies pour la pratique d’un culte religieux garanti par la Constitution mais « pour adhésion à une association non agréée et la collecte de dons sans autorisation », rapporte l’agence officielle.
«Les autorités algériennes refusent que certaines sectes élisent l’Algérie comme terre pour leurs conflits et refusent d’y prendre part », a-t-il dit.
La constitution algérienne dispose que la liberté de conscience et la liberté d'opinion sont inviolables et que la liberté d'exercice du culte est garantie dans le respect de la Loi.