AA/ Cotonou/ Kinshasa/ Bujumbura/ Brazzaville/ Sébastien Lokossou/ Rénovat Ndabashinze/ Marien Nzikou-Massala/ Safwene Grira
Le Bénin, la République démocratique du Congo (RDC), le Congo-Brazzaville, le Burundi et le Togo seront confrontés, d'ici 2016, à la même problématique à laquelle s'est exposé le régime du Burkinabè Blaise Compaoré, chassé du pouvoir, vendredi, pour s'être obstiné à déverrouiller une Constitution par une révision lui ouvrant la voie à un nouveau mandat présidentiel.
voici un exposé des cinq cas africains:
#1 Bénin
A l’approche de la présidentielle de 2016, le chef de l'Etat Boni Yayi est suspecté de faire d'un projet d'amendement de la Constitution "son cheval de bataille afin de préparer le terrain à la réintégration de la course présidentielle", selon l'opposition, qui rappelle à Yayi sa promesse en 2011 de quitter le pouvoir en 2016, conformément aux dispositions de la Constitution qui ne prévoit qu'un mandat renouvelable une seule fois.
Toutefois, avec la déchéance de Blaise Compaoré, le régime de Béni Yayi s'est empressé de prendre des dispositions afin de résorber la colère de la rue. Plusieurs milliers de Béninois avaient manifesté, mercredi, en dénonçant le retard accusé dans la tenue des élections locales.
Dès vendredi soir, près de trois milliards de Francs CFA (5.7 millions $) ont été débloqués pour la Cos-Lépi, l'organe chargé d'actualiser la Liste électorale permanente informatisée (Lepi). Le Parlement a été ensuite invité à prendre des mesures dérogatoires afin de réduire les délais électoraux. Si ces dernières mesures, intervenues après la chute de Compaoré, répondent aux revendications de l'opposition et de la société civile, elles ne préjugent en rien, cependant, des intentions présidentielles de Boni Yayi pour 2016.
#2 La RDC
Quelques dizaines de personnes ont été arrêtées, lundi, suite à une manifestation de l'opposition, interdite par les autorités kinoises. Les partis, qui ont appelé à la mobilisation, contestent un projet de révision constitutionnelle qui pourrait permettre à Josesph Kabila, au pouvoir depuis 2001, et dont le premier mandat a été entamé en 2006, de se représenter en 2016.
La manoeuvre à laquelle pourrait se prêter Joesph Kabila pourrait, toutefois, s'avérer plus compliquée. L’article 220 de la Constitution interdit, en effet, de modifier la durée et le nombre des mandats présidentiels. Une révision "à deux étages" s'imposera donc consistant à modifier d'abord l'article 220 avant de se prêter à une révision du nombre de mandats.
Aucune réaction n'a, en revanche, été enregistrée de la part des autorités kinoises au regard du projet constitutionnel, depuis la chute de Blaise Compaoré.
#3 Le Burundi
Aux commandes de l'Etat depuis 2005, Pierre Nkurunziza arrive au terme de son deuxième mandat constitutionnel en 2015, l'article 96 de la Constitution ne prévoyant qu'un mandat de cinq ans renouvelable une fois.
Toutefois, Nkurunziza, qui avait exceptionnellement accédé à la Magistrature suprême par la voie du suffrage universel indirect, soutient qu'il peut se faire réélire de nouveau en 2015, son premier mandat de 2005 ne devant être comptabilisé.
L'article 302 de la Constitution, se basant sur l'Accord d'Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi, prévoit ainsi qu'"à titre exceptionnel, le premier Président de la République de la période post-transition [après la guerre civile, ndlr ] est élu par l’Assemblée Nationale et le Sénat réunis en Congrès" alors que l'article 96 associe la limitation des mandats à l'élection au suffrage universel direct.
Les opposants burundais, qui n'ont pas manqué de féliciter le peuple burkinabè pour avoir chassé Blaise Compaoré, réfutent, quant à eux, cette interprétation et préfèrent se référer au même accord d'Arusha, considéré comme norme supra-constitutionnelle, prévoyant, aux fins de favoriser la réconciliation nationale, que "nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels."
Les dernières évolutions au Burundi n'ont pas encore confirmé si les récents évènements au Burkina Faso infléchiraient les intentions présidentielles de Nkurunziza en 2015.
#4 Congo Brazzaville
Après avoir remporté les élections sénatoriales en octobre dernier, le régime de Denis Sassou Nguesso ambitionne d'amender de la Constitution congolaise.
Promulguée en 2002, celle-ci limite à deux le nombre des mandats présidentiels et fixe à 70 ans l'âge des candidats, deux conditions peinant à être remplies par le président congolais Denis Sassou N'Guesso.
La majorité présidentielle a déjà fait part de son intention de changer la Constitution pour permettre à N'guesso de se représenter en 2016. Celui-ci a indiqué ne pas exclure la question "pour faire avancer la démocratie" dans son pays.
Les grands bouleversements, dont a été témoin le Burkina Faso, n'ont pas été relayés par les médias congolais, aussi bien publics que privés.
L'opposition, laminée dans ce pays que Nguesso dirige d'une main de fer depuis 17 ans, n'a eu pour, sa part, que des réactions timorées se limitant jusqu'içi à contester la non couverture de ces évènements.
#5 Togo
Au Togo, une révision constitutionnelle, adoptée par voie parlementaire en 2002, avait rétabli, sous Eyadema Gnassingbé, l'illimitation des mandats présidentiels. C'est donc l'opposition qui revendique, au Togo, une révision constitutionnelle pour réduire le nombre de mandats que pourrait briguer le chef de l'Etat, en l'occurrence Faure Gnassingbé, fils et successeur d'Eyadema.
Il semblerait, toutefois, que cette révision sur laquelle s'est penché un comité chargé des réformes institutionnelles en 2011, ait été renvoyée, entre temps, aux calendes greques. Elu en 2005, réélu en 2010, Faure Gnassingbé pourrait, ainsi, briguer un nouveau mandat en mars 2015.
L'enjeu pour Faure Gnassingbé sera, dès lors, selon des observateurs, de passer la révision constitutionnelle après sa réelection en 2015, en arguant de la non-rétroactivité de la nouvelle disposition, pour briguer deux autres mandats.
La même logique avait été soutenue par Blaise Compaoré en 2000.