Ben Amed Azize Zougmore
24 Septembre 2025•Mise à jour: 25 Septembre 2025
AA / Istanbul / Ben Amed Azize
Dans une interview exclusive accordée à France 24 et RFI, le président français Emmanuel Macron, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, au cours de laquelle il a exposé la position de la France face à la crise à Gaza et sur la reconnaissance de l’État de Palestine.
- Reconnaissance de l’État palestinien : un choix stratégique
Alors que l’actualité internationale est fortement marquée par la question de l’État de Palestine en marge du 80e sommet de l’ONU dont l’un des évènements forts était la reconnaissance officielle de l’Etat de Palestine par le président Macron,
Celui-ci est revenu sur les motivations d’une telle décision. Macron, le président, a précisé qu’il s’agissait d’un acte politique et stratégique dont l’objectif était d’offrir aux Palestiniens une perspective politique et à contrer la radicalisation. Et tout cela, en préservant la sécurité d’Israël. "Ca n'est pas une reconnaissance symbolique. C'est une reconnaissance qui ouvre un processus qui permet un chemin de paix", a-t-il confié, tout en insistant sur "la volonté que cela déclenche une action utile".
Cette décision de la France, ainsi qu’une dizaine d’autres pays européens, est loin de faire l’unanimité, surtout du côté des États-Unis, soutien indéfectible de l’Etat hébreu. Le locataire de la Maison blanche a récemment fustigé les pays ayant reconnu l’Etat de Palestine en qualifiant cette démarche comme une récompense au Hamas. Malgré cette profonde opposition, le président français se dit confiant et se félicite notamment des avancées enregistrées à travers notamment la déclaration de New York signée par 142 pays dont les pays de la Ligue arabe et ceux de l'OCI. "Jamais, on avait engagé tous les États de l’Arabie et de l’OCI sur un processus de démantèlement et de démilitarisation du Hamas", a-t-il souligné.
- Les drames humanitaires que nous vivons aujourd'hui à Gaza nous imposent de bouger, vous devez faire pression
Evoquant sa discussion avec le président Trump au sujet de Gaza, Macron qui dit défendre une solution diplomatique plutôt que militaire, laquelle solution n’a toujours pas permis d’aboutir à un dénouement dans la région, assure que les opérations militaires étaient “contre-productives”. Et face à un gouvernement israélien qui ne connait plus aucune limite, Macron préconise une double inflexion israélienne sous pression américaine. Selon lui, “Il y a deux façons de faire, j'utilise les deux, avec le maximum d'engagement et d'énergie, de convaincre les Israéliens et puis de convaincre les Américains de faire pression sur eux”, martèle-t-il. Tout en soutenant, ”Les drames humanitaires que nous vivons aujourd'hui à Gaza nous imposent de bouger, vous devez faire pression”, il dit avoir appelé son homologue américain à jouer un "rôle éminent" dans l’instauration de “paix dans le monde”. Il engage également, dans cet entretien, la responsabilité des Européens, déclarant, sans être plus précis, “nous tous Européens en aurons aussi des responsabilités à prendre”.
- “Nous ne livrons pas d'armes”
Pointée souvent du doigt pour ses livraisons d’armes au gouvernement israélien, le Macron a tenu à clarifier la situation. “Contrairement à ce que beaucoup de gens disent, la France contribue à la sécurité d'Israël face aux missiles qui peuvent l'attaquer, par des composantes”, affirme-t-il, avant d’ajouter, “Nous ne livrons pas d'armes et nous ne participons pas aux opérations militaires.”
- La Cisjordanie : Ligne rouge selon Emmanuel Macron
Macron a averti que toute tentative d’annexion de la Cisjordanie constituerait une "ligne rouge", et qu’une telle démarche minerait toute possibilité de chemin politique viable pour les Palestiniens. La France coordonne sa position avec les États-Unis et les pays européens afin de prévenir toute action unilatérale qui pourrait compromettre la stabilité régionale.
- Contexte politique et diplomatique
Macron a rappelé la position unique de la France, qui abrite la plus grande communauté juive et musulmane d’Europe, et a souligné que son initiative diplomatique ne se limite pas à la reconnaissance : "Notre rôle est de rassembler, d’expliquer et de construire un plan crédible pour la paix", a-t-il insisté. Il a également évoqué les efforts pour prévenir l’antisémitisme et toutes formes de discrimination, en détaillant les mesures de protection et les actions éducatives mises en place.
- Une diplomatie proactive
Le président français a conclu en soulignant le rôle actif de la France dans la médiation internationale, en coopération avec les États-Unis et les pays arabes, pour protéger les populations civiles et favoriser un cessez-le-feu durable. "Nous ne sommes pas des acteurs armés, mais nous avons un rôle diplomatique essentiel", a-t-il précisé.