AA / Istanbul / Ihsen Fékih
Les participants aux discussions du quatrième round des négociations sur le dossier du nucléaire iranien, dans la capitale autrichienne Vienne, le 7 mai courant, ont été unanimes à affirmer que les pourparlers progressent dans la bonne voie.
L'Administration américaine semble la plus optimiste parmi les autres pays participants, en l'occurrence la Russie, la Chine, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France et ce, malgré le rejet par l'Iran de la participation des Etats-Unis à ces pourparlers.
Le président américain, Joe Biden, estime que « les Iraniens sont sérieux dans leurs négociations à Vienne, mais jusqu’à quel niveau ? Cela n'est pas clair ».
Au cours d'une conférence de presse, animée le 7 mai courant, à la Maison Blanche, Biden a indiqué que « les discussions se poursuivent toujours et le sérieux de la partie iranienne est tributaire de sa prédisposition à accomplir ce qu'il faut ».
De son côté, le Secrétaire d'Etat américain, Anthony Blinken, a relevé que son pays « ne sait pas si l'Iran est prêt, réellement, à prendre les décisions requises pour retourner à l'Accord et s'y engager ».
Biden avait martelé, à maintes reprises, la position américaine stipulant la levée des sanctions si l'Iran respectera à nouveau l'Accord nucléaire, connu sous le nom de Plan d'Action Conjoint, chose que rejette l'Iran, qui estime que la levée des sanctions est un préalable.
Toutefois, l'Administration américaine, qui veut retourner à l'ancien Accord tout en exigeant que l'Iran le respecte, considère cela comme un premier pas qui sera suivi de nouvelles conventions qui empêcheraient Téhéran de produire des matières fissiles pendant des décennies à venir, tout en réduisant son programme de développement de missiles balistiques de longue portée, et en renonçant au soutien apporté au terrorisme représenté par les milices appuyées par les « Gardiens de la Révolution » en Syrie, au Liban, en Irak et au Yémen.
Le journal américain « The New York Times » considère qu’aussi bien les Etats-Unis que l'Iran sont d'accord pour retourner à l'Accord nucléaire, au terme de 4 rounds de négociations indirectes, au cours des 6 semaines passées à Vienne.
Depuis le mois d'avril dernier, l'Iran négocie avec les Etats-Unis indirectement par le biais des Etats signataires de l'Accord nucléaire de 2015, qui vise à empêcher Téhéran de posséder ou de développer des armes nucléaires.
En vertu de l'Accord nucléaire de 2015, l'Iran s'est engagé à prendre des mesures opérationnelles, sous la supervision des inspecteurs de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA) pour restreindre son programme nucléaire et ne pas fabriquer de produits fissiles destinés à produire des armes nucléaires, en contrepartie de l'allègement des sanctions qui lui ont été infligées par l'Union européenne, les Etats-Unis et les Nations Unies.
L'Iran insiste pour préserver ses acquis, ne pas baisser les taux d'enrichissement et ne pas renoncer aux équipements de production du combustible nucléaire, équipements installés après la décision de l'ancien président américain, Donald Trump, de se retirer de l'Accord nucléaire, au mois de mai 2018 et d'infliger des sanctions extrêmes à Téhéran qui place la levée des sanctions comme une priorité et un préalable à la signature d'un nouvel accord ou à un retour à l'Accord précédent de 2015.
Le courant réformateur en Iran, représenté par le président de la République, Hassan Rohani et son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, tente d'adresser un message à l'électeur iranien à l'approche de l’élection présidentielle du 18 juin prochain.
En vertu de ce message, un accord est sur le point d'être signé. Il prévoit la levée, quasiment, de l'ensemble des sanctions, chose que dément le chef de la délégation iranienne aux négociations de Vienne, Abbas Arakji, qui a tenu à affirmer que les négociations ne sont pas liées aux élections.
Le président iranien, Hassan Rohan,i avait déclaré, le mercredi 12 mai courant, que ce qui a été atteint par l'Iran à Vienne représenterait entre 85 à 90% de ses revendications.
Néanmoins, le courant réformateur semble ne pas disposer d’assez de volonté pour affronter le défi que représente la ligne dure, représentée par les Gardiens de la Révolution et le Bureau du Guide suprême, Ali Khamenei, le seul à disposer de la décision finale selon certains observateurs.
Ces mêmes observateurs indiquent que Khamenei n'a pas encore tranché sa position quant à la conclusion d'un nouveau marché ou la signature d'un nouvel accord avec la Communauté internationale.
La ligne dure parie sur l'approche de la fin du délai des trois mois accordé, en vertu de l'Accord entre Téhéran et l'Agence internationale de l'Energie atomique au sujet du contrôle continu des activités des installations nucléaires iraniennes, le 21 mai courant, avant de prendre davantage de mesures d'escalade contre l'AIEA et de renoncer aux mesures décidées par l'Agence, tels que la désinstallation des caméras de surveillance soumises à son contrôle au sein des installations nucléaires iraniennes.
Selon l'Accord conclu entre l’Iran et l’AIEA en février dernier, les caméras de surveillance continueront à enregistrer les activités en cours dans les installations nucléaires iraniennes pour une durée de 3 mois. L’ensemble des informations enregistrées seront supprimées si les négociations aboutiraient à un accord entre l'Iran et la communauté internationale en vue de lever les sanctions avant le 21 mai.
De leur côté, des diplomates occidentaux pensent qu'il existe plusieurs éventualités favorisant la prolongation de l'Accord de surveillance, avant la fin du délai imparti, point qui a été affirmé par le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh, qui a tenu à préciser que cela sera possible si les négociations progressaient sur la bonne voie, en l’occurrence, celle de la levée des sanctions infligées à Téhéran.
L'Iran tente de pousser les Etats-Unis à retirer les « Gardiens de la révolution » de la liste des organisations terroristes étrangères (ils figurent dans la liste depuis 2019); un point que rejette en bloc l'Administration américaine qui estime que cette question n'est pas liée à l'Accord nucléaire conclu en 2015.
Les Républicains continuent à exercer de grandes pressions sur l'Administration Biden afin de mettre fin aux négociations de Vienne, sous prétexte que l'Iran soutient le Mouvement Hamas qui lance des roquettes et des missiles contre Israël.
En effet, Israël craint que les pourparlers de Vienne n’aboutissent à un Accord qui représente à ses yeux le renoncement par les Etats-Unis d'Amérique à l'un de ses principaux alliés dans la région du Moyen-Orient.
Le chef du Mossad israélien, Yossi Cohen, a tenté, au cours de sa visite effectuée aux Etats-Unis, la semaine passée, de convaincre le président américain et le Secrétaire d'Etat ainsi que le conseiller à la Sécurité nationale à renoncer à un retour à l'Accord nucléaire après que des informations aient circulé sur l'intention de Washington d’alléger les sanctions infligées à l'Iran afin de l'inciter à retourner à l’Accord.
La Communauté internationale, y compris les Etats-Unis d'Amérique, fait face à une série d'entraves qui empêchent de parvenir à un accord à court terme.
Parmi ces principales entraves figure la question des centrifugeuses qui ont augmenté le taux d'enrichissement de l'uranium à quelque 60%, après que l’Iran a renoncé à son engagement à respecter l'Accord de 2015, depuis le retrait de Washington en mai 2018.
La communauté internationale tente de contourner la manœuvre iranienne de prolonger la durée des négociations, afin de parvenir à lever entièrement des sanctions, avant d'annoncer son respect de l'Accord de 2015.
Cette configuration est rejetée par les Etats-Unis d'Amérique jusqu’à présent qui estiment que certaines sanctions n’ont aucun lien avec l'Accord nucléaire, dès lors qu’elles ont été imposées en raison des accusations adressées à Téhéran au sujet des exactions des droits de l'homme ainsi que du soutien et du financement du terrorisme, ce que rejette en bloc l'Iran.
Il n'est pas improbable d'assister à un effondrement des négociations de Vienne et de s'engager dans une phase similaire à celle qui prévalait au cours du mandat de Trump.
Cependant, il est peu plausible d'assister à un aboutissement proche des négociations, au cours de la prochaine étape, d'autant plus que nombre d'observateurs estiment que l'Iran aurait besoin de prolonger la durée des pourparlers de Vienne à une période qui pourrait s’étaler sur des mois voire des années.
*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou
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