Bilal Müftüoğlu,Fatma Esma Arslan
15 Décembre 2015•Mise à jour: 15 Décembre 2015
AA - Paris - Bilal Muftuoglu/F. Esma Arslan
Le Front national (FN), qui est arrivé en tête au premier tour des élections régionales en France et n'a pourtant pu remporter aucune région au second tour, serait "en position de force" pour les élections présidentielles de 2017, en mettant l'accent sur la sécurité et les politiques sociales, estiment des experts.
Le parti de Marine Le Pen qui a obtenu près de 6,8 millions de voix aux élections du dimanche, a eu un "résultat historique", reconnaissent Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg, auteurs du livre "Les Droites extrêmes en Europe", tout en ajoutant que son aspiration au pouvoir a des "limites".
Le score du FN qui totalise près de 28% des suffrages exprimés ne peut pas être qualifié d'un "échec absolu", confie Camus à Anadolu, soulignant que le parti d'extrême-droite se trouve dans une "impasse".
"Le FN n'a aucun allié et une majorité importante des électeurs ne souhaite pas le voir détenir le pouvoir", précise le chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Et lui d'ajouter: "De ce point de vue, la stratégie de "dédiabolisation" entreprise par Marine Le Pen en 2011 marque ses limites".
Camus a par ailleurs mis en avant le "paradoxe" dans le succès du FN, dès lors que ses idées sur l'immigration, les réfugiés, l'islam progressent au sein de la société et des partis politiques français sans pour autant qu'il en puisse tirer des bénéfices.
Le politologue nuance à cet égard l'impact des attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre dans la capitale française, faisant remarquer le progrès du FN depuis les années 1990.
"Il existe un climat anxiogène provoqué par la situation internationale et les attentats, mais l'ascension du FN a commencé en 1984 et déjà, au milieu des années 90, il pesait 15% des voix. Ce sont toujours le rejet de la classe politique et la mauvaise situation économique qui font voter FN", note Camus.
Le FN peut toutefois jouer sur la crispation sur la question d'immigration, selon Camus, car il est le seul parti en France qui demande l'arrêt de l'accueil des réfugiés et des migrants.
Pour Lebourg, le FN est "en position de force" pour les présidentielles de 2017, touchant désormais toutes les catégories professionnelles et tout le territoire. Pourtant le parti se heurte au système de scrutin à deux tours, estime-t-il dans son commentaire.
Le FN "n'a pas assez de reports de voix pour gagner le second tour", indique ce spécialiste de l'extrême-droite de l'Observatoire des radicalités politiques, soulignant qu'il paie le prix de sa position "anti-système" au second tour.
"Si le FN est si haut au premier tour c'est parce qu'il apparaît comme le 'parti anti-système', mais cette même raison explique son échec au second car cette dimension subversive fait peur à une partie de l'électorat", explique-t-il.
Le FN et Marine Le Pen continuent de faire face au rejet d'une grande partie de la population et n'ont pas une image "démocratique" aux yeux des électeurs français, assène Lebourg, évoquant les sondages d'opinion, notamment ceux d'Ipsos et du Journal de dimanche, sur le FN. En effet, selon ces sondages, le FN est considéré comme un parti "dangereux pour la démocratie" par 60% des Français alors que seulement 30% estiment que Marine Le Pen a "l'étoffe d'un président de la République".
En revanche, l'avantage de Marine Le Pen à l'approche des présidentielles de 2017 réside dans les enjeux de ces élections, tient à souligner ce politologue.
"En 2017, la sécurité risque d’être la priorité numéro un des Français, avec le social. Il sera très difficile pour les candidats de répondre à cette double cristallisation. En l’état actuel, Marine Le Pen est cependant bien positionnée sur ces deux thématiques", estime Lebourg.
40% des Français seraient prêts à être dirigés par un "pouvoir politique autoritaire", affirme l'expert, évoquant le sondage d'Ifop du novembre dernier, paru quelques jours avant les attentats.
"La demande autoritaire a aujourd'hui l'hégémonie culturelle en France, dans un climat de panique à l'égard des arabo-musulmans. Nul doute que cela ne peut que conforter le FN", conclut-il.