AA / Doha
Mohammad Naim Wardak, porte-parole du bureau politique du mouvement :
- "Nous communiquons avec l'Etat turc, et nous voulons établir, consolider et développer de bonnes relations avec lui à l'avenir".
- "La Turquie peut jouer un rôle important, constructif et positif en Afghanistan, dans la construction et la reconstruction du pays. Nous en avons besoin".
- "Il y a eu des contacts depuis dix ou quinze ans avec divers pays et organisations".
- "Nous sommes prêts à résoudre les problèmes avec tout le monde par le dialogue sans compromettre le droit de notre pays".
- "Nous essayons autant que possible de ne pas verser une goutte de sang et de ne pas tirer une balle, et si quelqu'un insiste à provoquer des problèmes, ce n'est pas dans l'intérêt du peuple ou du pays".
Le porte-parole du bureau politique des Taliban, Mohammad Naim Wardak a déclaré que le mouvement souhaite que tous les pays, en particulier la Turquie, aident l'Afghanistan et son peuple, tout en précisant que les Taliban sont pris pour cible par les médias depuis vingt ans, et qu'il n'ont eu l'occasion de s'exprimer que pendant ces trois dernières années.
Wardak a expliqué, dans une interview à l'Agence Anadolu, que la Turquie est un pays important dans le monde, et que les Turcs sont un peuple musulman frère, avec qui il existe une relation historique, sociale et culturelle.
Il a ajouté que les Taliban avaient des contacts avec l'État turc et qu'ils souhaitent établir avec Ankara de bonnes relations solides et développées à l'avenir.
Concernant leur besoin de soutien turc, Wardak a déclaré : "Il n’y a aucun doute là-dessus. Nous voulons ce soutien. Notre peuple est en guerre depuis quarante ans et a besoin d'aide. Nous demandons à tous les pays, en particulier à la Turquie, d'aider notre peuple et notre pays".
Naim Wardak considère que la Turquie peut jouer un rôle important, constructif et positif en Afghanistan, dans la construction et la reconstruction du pays.
"Il y a deux origines à notre relation, la première est celle de la religion islamique, et la seconde est la recherche du bienfait suprême pour le pays et le peuple, a-t-il insisté. À l'aune de ces deux origines, nous voulons des relations solides, constructives et positives. Avec la Turquie, particulièrement, nous n'avons aucun problème".
*Rassurer l'intérieur
En parlant des modalités requises pour rassurer l’intérieur du pays et l'étranger, Wardak précise que les mots peuvent rassurer parfois, sauf qu’ils ne sont pas toujours efficaces. Seules les actions sont capables de rassurer l’intérieur du pays et l'étranger.
"Nous ne rencontrons pas beaucoup de problèmes à l’intérieur, car nous sommes avec les gens et les gens sont avec nous, donc nous nous connaissons, a-t-il poursuivi. Nous avons pu mettre fin à la guerre imposée il y a vingt ans, et c'était le souhait de notre peuple de mettre un terme à la guerre. Nous pouvons profiter de cette opportunité et faire confiance à notre peuple pour qu'il puisse reconstruire son pays".
*Rassurer l'extérieur
Concernant l'étranger, Wardak a affirmé qu’il y a eu des contacts à ce niveau depuis dix ou quinze ans avec divers pays et organisations (sans les citer), qu'il s'agisse de pays voisins ou autres.
Il a souligné que pendant cette période, les Taliban ont réussi à établir une entente entre les parties, indiquant que certaines différences pourraient provoquer des problèmes.
"Si certains se rapprochent, s'assoient autour d’une table et se comprennent, cela aidera à résoudre de nombreux malentendus, a-t-il expliqué. […] Nous avons essayé cela avec certains pays lorsque nous nous sommes assis avec leurs représentants et avons communiqué avec eux pendant un certain temps. Ils ont été surpris et ont affirmé qu’ils entendaient des choses à notre sujet, mais, quand ils ont fait notre connaissance de près, ils ont découvert le contraire de ce qu’ils entendaient sur nous".
Et Wardak d’ajouter : "Pour l'étranger, nous rassurons tout le monde que nous communiquons avec plusieurs pays, et certains points comme la drogue peuvent être soulevés. Nous avons pu, et nous pouvons toujours éliminer ce problème. Mais, cela nécessite l'aide de toutes les parties, en particulier celles liées à la communauté internationale".
*Droits des femmes et des minorités
Concernant les droits des femmes et des minorités, le porte-parole des Taliban a indiqué que la religion protège les droits des femmes et des minorités.
"Nous sommes pleinement attachés aux droits des femmes, car elles ont le droit à l'éducation, au travail et à la propriété, a-t-il insisté. Nous rassurons tout le monde, à ce niveau. Nous ne dirons pas que les conditions vont s'améliorer d'ici un jour ou deux, nous voulons qu'il y ait une opportunité pour résoudre ces problèmes."
Il a signalé que le mouvement est ciblé depuis vingt ans par les médias et qu’il n’a eu l'occasion de s’exprimer que ces trois dernières années.
*Régime politique
En réponse à une question sur le régime politique dans la période à venir, Wardak a souligné que ce dernier doit être islamique, en se basant sur les traditions et les coutumes du peuple étant donné que 99% des Afghans sont musulmans.
"On ne peut pas changer les croyances et les traditions des gens, a-t-il poursuivi. Nous estimons que notre régime politique doit être islamique. Quant à l'Islam et à la manière dont il est appliqué, nous pensons que le monde islamique ne dispose pas d’un seul moyen pour accéder au pouvoir, mais qu'il y en a plusieurs. Il n'y a pas de moyen spécifique. Les élections ou autres sont des moyens et non des objectifs".
Il a souligné que les Afghans vont s’asseoir et réfléchir à quel système et quel mode correspond à la société et à la situation dans laquelle les gens vivent depuis quarante ans. Ce pays est différent des autres. Ce point doit être pris en considération, selon lui. Il a assuré que la stabilité et la liberté du peuple afghan sont la priorité de son mouvement.
*Les exfiltrés d'Afghanistan
Concernant les tentatives des citoyens de fuir l'Afghanistan, Wardak a affirmé que son mouvement n’a rien à voir avec cet incident, soulignant qu'il y a eu des encouragements de pays étrangers, en particulier les États-Unis, pour inciter les gens à quitter l'Afghanistan.
"Nous connaissons notre société, a-t-il expliqué. Si vous dites à quelqu'un que nous vous emmènerons aux États-Unis ou autres pays sans passeport, bien sûr qu'il ira. Nous avons arrêté beaucoup de ceux qui nous ont tués ou éliminé les moudjahidines (les combattants des Taliban). Ils sont libres maintenant, il y a de nombreux exemples de cela. Nous assurons leur sécurité. Personne ne leur a fait du mal, alors qu'en est-il des gens du peuple! En effet, certaines parties ont incité les gens à partir, avant de leur ouvrir les portes".
*Politique de résolution des problèmes par le dialogue et la compréhension
Le porte-parole du bureau politique des Taliban a fait part du souci de son mouvement de résoudre les problèmes en Afghanistan par le dialogue et la compréhension, insistant que c'était leur politique depuis le début. Le dialogue est une politique qui a porté ses fruits partout dans le monde, selon lui.
"Certes, il y a eu une guerre pendant un certain temps, mais dans le reste des provinces, nous nous sommes entendus avec le peuple. Vous avez vu que le gouverneur de la province de Kandahar est venu deux jours plus tard, s'asseoir à côté du nouveau gouverneur. C’est une politique réussie et sage", a-t-il martelé.
Il a souligné qu’il n'y a pas eu d'effusion de sang, et que son mouvement a pu contrôler le pays grâce à la compréhension, insistant sur la nécessité de faire prévaloir "le vivre ensemble".
"Nous essayons autant que possible de ne pas verser une seule goutte de sang et de ne pas tirer une seule balle, et si quelqu'un insiste pour soulever à nouveau des problèmes, ce ne sera pas dans l'intérêt du peuple ni celui du pays", a-t-il expliqué.
*Anciens fonctionnaires
Concernant les fonctionnaires du gouvernement et leur relation avec les Taliban, Wardak a déclaré que son mouvement aspire à un nouvel avenir et qu’il est impatient de construire son pays. Il a rappelé la publication d’un communiqué de 13 points à ce sujet parmi lesquels un qui visait à rassurer tous les fonctionnaires, dont les militaires.
*L’aéroport de Kaboul : une question de souveraineté
Au sujet de la gestion de l'aéroport de Kaboul et l'acceptation par les Taliban d'une administration onusienne, Wardak a souligné que l'aéroport de Kaboul est en terre afghane et les Afghans sont responsables de leur terre et de leurs intérêts, indiquant qu’il s’agit d’une question de souveraineté.
"L'aide est une autre affaire. Quant à la gestion du pays, c'est notre tâche. Nous sommes capables de le faire. Pourquoi ont-ils peur maintenant? Vous voyez que les forces étrangères étaient à l'aéroport. Qu’est-ce qu’elles ont fait? Les gens tombaient des avions, mais maintenant nous sécurisons les alentours de l'aéroport", a-t-il dit.
Il a signalé que son mouvement connaissait les entrées et sorties du pays ainsi que ses intérêts.
"Aucun pays n’accepterait qu’on sécurise son aéroport. Nous voulons aussi que chacun respecte les lois relatives à la visite de l’Afghanistan et sa souveraineté, et nous ne voulons pas céder le pays aux autres pour le gérer. Nous sommes prêts à résoudre les problèmes avec tout le monde par le dialogue sans compromettre les droits de notre pays", a-t-il conclu.
*Traduit de l'arabe par Wejden Jlassi
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