AA/Ouagadougou/Olympia de Maismont
Ils sont près de 154 Burkinabè qui ont foulé, le 19 avril, le sol de leur pays après un long calvaire passé en Libye.
Pour ce faire ils ont bénéficié du programme d’aide au retour volontaire et à la réintégration mis en place par l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) et qui a bénéficié, depuis 2015 à 1350 Burkinabè.
Travail impayé, emprisonnement arbitraire ou encore esclavage, ils racontent les raisons qui ont motivé leur retour.
Ils ont entre 17 et 43 ans, des hommes pour la plupart, arrivés en Libye il y a quelques mois pour certains ou plusieurs années pour d’autres, ils ont tous choisi de rentrer au « pays des hommes intègres ».
Abdoul Zéné, 40 ans, était parti en Libye il y a sept mois pour chercher du travail et envoyer de l’argent à sa famille restée à Bittou dans le centre-est du Burkina Faso.
Comme beaucoup de ses compatriotes qui ont choisi de partir en Libye, il est passé par le Niger.« Nous sommes passés par Niamey puis Agadez, en faisant plusieurs escales j’ai mis 1 mois et 20 jours pour arriver à Tripoli ».
"Nous étions entassés à 35 personnes dans la voiture. Normalement la traversée du Sahara prend six ou sept jours mais nous nous y avons passé neuf jours parce qu’il n’y avait plus de carburant, on a attendu deux jours sur place avant que quelqu’un vienne nous en apporter", témoigne Sita Bantango, 32 ans, se rappelant le périlleux voyage qu'il avait fait, il y a une année et demi.
Comme Abdoul c'était pour "aller chercher de l’argent" que Sita a décidé de partir en Libye. Pour financer les 300 mille francs (600 dollars) de son voyage, il a vendu des boeufs au village.
Arrivés en Libye pour travailler ou en transit pour rejoindre l’Europe, ils ont vite déchanté. « La bas c’est très difficile, c’est difficile de trouver du travail et quand on te prend pour travailler on ne te paye pas » poursuit Sita.
"Souvent on te prend dans une voiture, on te dit que c’est pour du travail mais on te met en prison. Moi-même je suis passé par là, mais je n’y suis pas resté longtemps, j’ai payé l’argent qu’ils demandaient - 200 mille F CFA (400 dollars) - et je suis sorti", ajoute-t-il.
A l’instar de Sita, beaucoup d’entre eux ont été emprisonnés de façon arbitraire. « Quand tu sors et que tu tombes sur des bandits, tu peux te retrouver en prison de nouveau. Moi j’ai été trois fois en prison, et j'ai dû payer, à chaque fois, 250 mille CFA ( 500 dollars) pour sortir », explique Germain, un autre Burkinabé qui voulait rejoindre l’Italie.
Parlant des conditions de détentions, Abdoul, qui a également été emprisonné à son arrivée à Tripoli, dit qu'elles sont "inhumaines", " On nous donne à manger une seule fois par jour, souvent de vieux morceaux de pain", dit-il ajoutant que "les détenus sont tassés en grand nombre dans de petites cellules".
Outre la prison, les migrants africains en Libye sont souvent victimes de discrimination raciale, note un autre immigré, rencontré par Anadolu à son arrivé au Burkina Faso, ajoutant que certains sont même vendus comme esclaves dans des marchés clandestins.
«J’ai été kidnappé comme beaucoup de noirs, on nous enlève pour nous vendre sur les marchés à quelques dinars. On peut te vendre à 300 dinars (212 dollars environ) pour que tu appelles tes parents et qu’ils te libèrent moyennant une somme de 2 000 dinars ( 1417 dollars)», explique, quant à lui, Yameogo.
C'est pour aider ces migrants, qui se retrouvent souvent livrés à eux mêmes et sans argent, que l'OIM a mis en place ce programme d’aide au retour volontaire depuis la Libye, note Abdel Rahmane Diop, le représentant de l’OIM au Burkina Faso.
S’il est difficile d’estimer le nombre de Burkinabè qui ont migré en Libye, plus de 1 000 attendent encore de bénéficier de ce programme de retour volontaire, indique-t-il encore.
À Tripoli, l’OIM travaille avec l’ambassade du Burkina Faso et des associations locales pour informer les Burkinabè de l’existence d'un tel programme. S’ils souhaitent retourner au Burkina, les migrants sont invités à s’enregistrer auprès de l’ambassade. Après vérification de leur nationalité, celle-ci délivre des laisser-passer à ceux qui n'ont pas de document d’identité. Une fois l’avion affrété, les bénéficiaires du programme sont regroupés deux jours avant le départ sur un site où ils sont pris en charge.
A leur arrivé, ils sont transférés vers des centres d’accueil où ils sont pris en charge pour la nuit. Le lendemain perçoivent, chacun, une enveloppe de 32 500 francs CFA (65 dollars) pour regagner leur localité d’origine.