France : Vers un service militaire volontaire pour « une nation capable de tenir »
- Présenté comme une réponse à la « menace durable » russe et inspiré de modèles européens, ce dispositif entend renforcer la résilience nationale, mais suscite l'opposition du RN et de LFI
Istanbul
AA / Istanbul / Mariem Njeh
Le président français Emmanuel Macron doit dévoiler, jeudi, les contours d'un nouveau « service militaire volontaire » lors de ses vœux aux armées, prononcés à la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne (BIM) de Varces-Allières-et-Risset, en Isère.
Le chef de l'État avait déjà esquissé cette idée le 13 juillet dernier devant les chefs militaires.
Une réponse à la « menace durable »
Emmanuel Macron inscrit cette initiative dans une perspective de résilience nationale. « Face à une Europe mise en danger par la menace durable de la Russie, il faut une nation capable de tenir, d’être mobilisée », estime-t-il.
Mardi, le président a toutefois tenu à préciser que cette évolution du Service national universel (SNU) ne signifiait pas une cobelligérance : « Il ne s'agit pas d’envoyer nos jeunes en Ukraine », a-t-il assuré.
En Allemagne, confrontée comme la France à un besoin de recrues, la coalition au pouvoir a validé mi-novembre le principe d'un nouveau modèle militaire.
Quatorze ans après la fin de la conscription outre-Rhin, le texte, qui doit encore être approuvé par le Parlement, prévoit d'obliger tous les jeunes hommes de 18 ans à passer un examen médical et à remplir un questionnaire de disponibilité. L'enrôlement final resterait néanmoins basé sur le volontariat. Cette dynamique de retour au service national, sous des formes souples, gagne également d'autres pays comme les Pays-Bas, la Croatie ou la Roumanie.
Salaire, durée et crédits universitaires
Selon les contours du projet dévoilés par la presse locale, ce service militaire volontaire reposerait sur un engagement de 10 mois. Il serait ouvert aux jeunes majeurs (18 ans et plus).
Côté rémunération, les volontaires devraient percevoir environ 950 euros par mois. Le dispositif prévoit également une passerelle universitaire : les étudiants qui s'engagent pourraient valider jusqu'à 60 crédits ECTS, soit l'équivalent d'une année d'étude.
Le gouvernement espère attirer 3 000 jeunes dans un premier temps et vise 50 000 engagés d'ici à 2035, selon les informations de La Tribune Dimanche.
« Il est très important qu'un maximum de nos compatriotes comprennent ce que sont nos armées, comment ça marche, et participent à la réserve », a déclaré Emmanuel Macron sur RTL, soulignant l'importance des compétences que cela apporte aux forces armées.
Alice Rufo, ministre déléguée auprès du ministre des Armées, avait confirmé dimanche la volonté de l'exécutif d'avancer sur ce dossier, constatant « qu'il y a une vraie volonté d'engagement et différentes formes d'engagements » au sein de la jeunesse.
Réactions politiques contrastées
Si l'ancien ministre des Armées, Jean-Yves Le Drian, salue une initiative qui va permettre de « renforcer nos forces », le projet suscite de vives critiques dans l'opposition.
Au Rassemblement national (RN), le vice-président de l’Assemblée nationale, Sébastien Chenu, a déploré une perte de temps. « Emmanuel Macron a fait perdre du temps au pays. Nous sommes partis sur une initiative plus rationnelle, moins longue, avec une formation valorisable dans la vie civile », a-t-il déclaré.
À gauche, Clémence Guetté (LFI), également vice-présidente de l'Assemblée, a contesté la pertinence du projet : « La France n'est pas en guerre, et cela ne peut pas être notre priorité pour la jeunesse ».
Le souvenir de la conscription
Cette annonce intervient près de trente ans après la fin du service militaire obligatoire. Le 22 février 1996, l’ancien président Jacques Chirac annonçait la suspension de la conscription et la professionnalisation totale des armées, jugeant que la formule traditionnelle ne répondait plus « aux exigences d'une armée moderne ».
Bien que basé sur le volontariat, ce nouveau dispositif marque un réinvestissement de l'État dans la formation militaire. Selon des estimations officielles, ce service pourrait coûter à terme 2 milliards d'euros par an aux finances publiques.
Seulement une partie des dépêches, que l'Agence Anadolu diffuse à ses abonnés via le Système de Diffusion interne (HAS), est diffusée sur le site de l'AA, de manière résumée. Contactez-nous s'il vous plaît pour vous abonner.
