AA / Paris / Ümit Dönmez
La présence des punaises de lit en France fait la Une de la presse nationale et internationale, depuis la diffusion sur les réseaux sociaux, la semaine dernière, d'images de ces petits insectes invasifs, filmés dans des trains, des hôtels ou encore le métro parisien.
Suite à l'agitation des médias sur le sujet, les politiciens, se sont, à leur tour, saisis de la question.
Souvent accusée pour la saleté de la Ville de Paris, la mairie de la capitale française a, sans tarder, appelé le Gouvernement français à agir.
Dans une lettre adressée à la Première ministre française, Emmanuel Grégoire (PS), premier adjoint de la maire de Paris, Anne Hidalgo, a invité l'État à "réunir urgemment l’ensemble des acteurs concernés afin de déployer un plan d’action à la hauteur de ce fléau, alors que la France entière s’apprête à accueillir les Jeux olympiques et paralympiques en 2024". La ville de Paris a également demandé aux assureurs d’intégrer au "contrat d’assurance-habitation" le risque d’être infesté par des punaises de lit.
Dans la foulée, la présidente du groupe La France Insoumise (LFI) à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot, a exigé un "plan d’urgence" pour lutter contre cet "enfer".
"Ce que nous demandons, c’est d’abord et avant tout que les punaises de lit soient reconnues comme un problème de santé publique. Qu’on arrête de dire aux gens “débrouillez-vous tout seuls”", a-t-elle déclaré.
Dans la foulée, le ministre des Transports, Clément Beaune a "demandé à la SNCF de présenter dans les prochains jours un plan d’information et d’action". Le ministre a réuni, ce mercredi, "les opérateurs de transport, pour informer sur les actions engagées et agir davantage au service des voyageurs. Pour rassurer et protéger", a-t-il indiqué sur X (anciennement Twitter).
Du côté des médias nationaux et internationaux, le sujet a également suscité de vives inquiétudes et provoqué des polémiques.
La Chaîne d'information américaine « CNN News » a dressé un tableau catastrophique de la situation, décrivant une "épidémie généralisée de punaises de lit". Pour sa part, le quotidien britannique « The Independent » s'est interrogé sur une éventuelle préparation des autorités londoniennes face à "l'invasion de punaises de lit mutantes qui a envahi Paris".
Dans les médias français, le polémiste de « CNews » Pascal Praud s'est empressé de poser (habilement et probablement après consultation des avocats de la chaîne d'information) la question d'un éventuel lien entre l'immigration et les punaises de lit...
Suite à la place prise par la question dans l'actualité médiatique, Anadolu (AA) est allée à la rencontre des Parisiens pour se faire une idée de leur opinion.
- "Il y a aussi les gens qui dorment dehors"
Interrogée par Anadolu, Corinne* a exprimé sa lassitude face à la "publicité" faite sur le sujet par les médias et les politiciens, estimant que celle-ci vise à détourner l'attention des Français de "la souffrance du peuple".
"Il y a aussi les gens qui dorment dehors. Il y a également beaucoup de chômage. Pourquoi ne parlent-ils pas de tout cela ?", s'est-elle indignée.
"Chaque année, on trouve un système pour détourner l'attention des gens. Il y a trois ans, c'était le Covid. Les gens ne dormaient plus. Les infirmières et les médecins se suicid[ai]ent. Aujourd'hui, le sujet, ce sont les punaises de lit. Nos grands-parents étaient nés avec les punaises de lit. Moi, je ne vois pas où est le problème", a-t-elle déclaré avant de renchérir : "Pourquoi ne parlent-ils pas des gens qui dorment dehors, des gens qui dorment dans le métro, des jeunes qui n'arrivent pas à payer leurs études, des gens qui meurent en silence ? Pourquoi n'en parlent-ils pas ? Pourquoi ne frappent-ils pas aux portes [pour interroger ces gens] ?".
"Il y a des gens qui souffrent en silence, partout en France !", a conclu Corinne.
Pour sa part, Jean*, également interrogé par AA, a estimé que le sujet ne le concerne pas directement, sa maison n'étant pas infestée de punaises de lit, ajoutant, avec une indifférence assumée, qu'il n'est pas étonné, pour autant, de la présence de ces insectes dans les transports publics.
Interrogé sur la polémique créée par la question d'un éventuel lien entre l'immigration et les punaises de lit, Jean a déclaré ne pas croire à cette idée.
Interrogée par AA sur les punaises de lit, Nicole* a décrit l'"enfer" dans lequel elle vit depuis un an, montrant les blessures sur les bras et les jambes causées par ces insectes qui ont envahi son canapé et son armoire.
"Je vous le jure, j'en ai partout, partout ! Et je me bats avec. Tous les soirs, je secoue le canapé [...], j'utilise différents produits, mais rien n'y fait [...] je n'arrive pas à m'en débarrasser !".
La dame retraitée, qui rencontre des difficultés à boucler ses fins de mois, s'est débarrassée d'un canapé et d'une armoire par désespoir de n'être pas parvenue à se libérer de l'invasion des punaises de lit dans son studio francilien.
"J'en ai acheté des nouveaux pour être tranquille. Plus de 600 euros ! Et les punaises de lit sont de retour," se désole Nicole.
"Alors, je ne sais plus comment on peut faire pour s'en débarrasser ! Ou alors, il faut mettre le feu, et puis voilà...", s'indigne-t-elle.
* Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées