AA/Nice/Fawzia Azzouz
Abdelkader, frère de Mohamed Merah, comparait depuis le 2 octobre devant la Cour d’Assises spéciale de Paris. Il est accusé de complicité d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste pour les tueries perpétrées par son frère Mohamed, à Toulouse et Montauban en mars 2012, et qui avaient fait sept victimes, dont trois militaires, un professeur et trois enfants de l’école juive Ozar Hatorah.
Après s’être longuement penchée sur la personnalité et le profil psychologique d’Abdelkader Merah, la Cour d’Assise spéciale de Paris, présidée par Frank Zientara, se focalise désormais sur le contexte familial de l’accusé.
Durant ces derniers jours, de nombreux témoins ont été appelés à la barre avec notamment, Abdelghani Merah, le troisième frère avec qui Abdelkader est en conflit, Aïcha, la grande sœur avec qui ils n’ont plus de liens, et Anne et Théodore, l’ex-femme et le fils d’Abdelghani, rapportent les médias français.
Des témoignages contradictoires
Abdelghani Merah, ainé de la fratrie, est habitué à parler aux médias et à s’exprimer sur l’affaire. Il a bénéficié, depuis le terrible attentat commis par son frère, d’une très large couverture médiatique. C’est donc avec beaucoup d’assurance qu’il arrive dans la salle d’audience.
«Je tiens à redire mes convictions sur la dangerosité d’Abdelkader Merah, pour la France, pour la République et pour nos enfants. Qu’il sorte ou qu’il reste en prison, il restera un danger», lâche-t-il d’emblée, relayé par le journal français L’Express.
Il continue : «dans la famille, on a été élevés dans la haine du juif et de tout ce qui n’est pas musulman», accusant ainsi la famille Merah d’antisémitisme. Abdelghani a longtemps collaboré avec une association niçoise «Entre autres» investie dans la lutte contre la radicalisation et présidée par le «psychanalyste» Patrick Amoyel, incarcéré depuis plusieurs mois pour des agressions sexuelles et poursuivi pour exercice illégal de la médecine.
Vient ensuite le tour d’Aïcha, la grande sœur des Merah. Elle arrive à la barre, avec une lettre qu’elle a écrite et que le président refusera qu’elle lise, lui demandant d’être spontanée.
Elle raconte d’emblée qu’Abdelghani, son "médiatique" frère avec qui elle n’a plus de relations, aurait dit à sa mère, à la fin de sa garde à vue en mars 2012 «sois fière de ton fils, il est mort en martyr».
Puis, elle poursuit : «du jour au lendemain, il s’est mis à parler aux médias. Je me suis dit ouf, il comprend l’atrocité des actes de Mohamed».
Interrogée, elle niera, elle aussi, avoir entendu sa mère tenir des propos antisémites selon la chaine d’information LCI.
L’audience se poursuit avec le témoignage de Théodore, le fils d’Abdelghani, et donc, neveu de Mohamed et Abdelkader.
«Ils m’apprenaient un islam salafiste», lâche-t-il dès le début de son audition. Il nuancera ensuite son propos en expliquant que «Abdelkader n’était pas pour le djihad armé mais un djihad spirituel».
Il conclura son témoignage en affirmant que : «Abdelkader n’aurait jamais commis ces attentats» et précisera, par la suite, que «c’est ma mère qui a été vigilante, pas mon père», rapporte LCI.
D’étranges liens avec les services de renseignements
Ce procès emblématique n’en finit plus de livrer ses secrets. Lundi, la Cour d’Assises de Paris faisait témoigner l’ancien responsable du renseignement intérieur toulousain.
Il explique que Mohamed Merah a été reçu par les services de renseignements et a dévoilé que : «Ils ont jugé que l’on pouvait s’orienter, compte tenu de son esprit curieux et voyageur, vers un recrutement.», rapporte France Info. Le chef de service poursuit en admettant qu’il n’était pas choqué par la demande de ses équipes mais qu’il était «en désaccord complet».
Des révélations qui posent des questions dans la mesure où la presse française avait déjà révélé des liens très étroits entre Mohamed Merah et un fonctionnaire du renseignement, quelques semaines après les tueries.
Reste à savoir pour quelles raisons, les services du ministère de l’Intérieur, visiblement alertés et conscients du danger que représentait Merah, ne l’ont pas surveillé de manière plus poussée.
Ce procès promet encore bien des surprises et donne le sentiment que de nombreux mystères subsistent, probablement emportés avec Mohamed Merah, tué par le Raid (Unité d’élite de la police nationale française), le 22 mars dans son appartement.