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12 Janvier 2025•Mise à jour: 13 Janvier 2025
AA / Tunis / Fatma Ben Amor
La détention de l’influenceur algérien Boualem N., connu sous le pseudonyme de Doualemn, expulsé en Algérie avant d'être renvoyé en France, a été prolongée de 26 jours, a décidé le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux, ce dimanche lors d'une audience. Doualemn doit être jugé le 24 février prochain pour "provocation à commettre un crime".
Le juge, relayé par BFMTV, a estimé que "le motif de trouble à l'ordre public a bien été étayé par le préfet" et qu'une remise en liberté "aurait provoqué un risque sur un public jeune et vulnérable".
Ses avocats ont annoncé dans la foulée faire appel de la décision. Ils ont contesté, dans un communiqué relayé par Le Parisien, la décision du tribunal de Meaux, "qui est rendue dans une situation politique et diplomatique tendue et dont notre client fait les frais". "L’édiction d’un arrêté d’expulsion et le placement en centre de rétention doivent répondre à des exigences légales. Dès lors, nous faisons appel de l’ordonnance du juge des libertés et de la détention devant la cour d’appel de Paris", ont-ils indiqué.
Doualemn se trouve depuis jeudi dernier au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne. Son avocat, Me Jean-Baptiste Mousset, a rejeté samedi, lors d’une déclaration publique, les accusations portées contre son client, assurant que les faits reprochés, notamment des propos traduits comme un appel au meurtre ou une incitation à la haine, avaient été mal interprétés. Il a précisé que les enquêtes menées sous la supervision du procureur de la République de Montpellier avaient conclu à l’absence de tout contenu haineux ou intention de nuire.
Pour rappel, l’expulsion jeudi dernier de l'influenceur algérien de 59 ans, interpellé à Montpellier pour "incitation à la violence" sur TikTok, a été refusée dans la foulée par les autorités algériennes qui l’ont renvoyé vers Paris.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a évoqué vendredi des mesures de rétorsion si Alger "continue l’escalade". Dans un entretien sur LCI, il s’est dit "stupéfait" par le refus de l’Algérie de reprendre l’influenceur. Parmi les options évoquées figurent une révision des quotas de visas, une réduction de l’aide au développement ou des ajustements dans la coopération bilatérale. "La France n’aura pas d’autre possibilité que de riposter si cette posture persiste", a-t-il déclaré.
Pour sa part, le ministre français de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a vivement critiqué la décision des autorités algériennes de refuser l’entrée de Doualemn, estimant, lors d’un déplacement à Nantes, que "l’Algérie cherche à humilier la France" et qualifiant cette situation de "seuil extrêmement inquiétant".
En réaction, le ministère algérien des Affaires étrangères a, dans un communiqué, dénoncé avec fermeté ce qu’il a qualifié de "campagne de désinformation" menée par certains courants politiques en France, notamment l’extrême droite, à l’encontre de l’Algérie.
"L’Algérie n’est, d’aucune façon, engagée dans une logique d’escalade, de surenchère ou d’humiliation", a affirmé la diplomatie algérienne.
"Au contraire, ce sont l’extrême droite, ses relais et ses porte-voix qui veulent imposer aux relations algéro-françaises leur haine exprimée publiquement et sans la moindre réserve ou limite", a-t-on ajouté.
Selon la même source, "l’extrême droite, haineuse et revancharde, mène, à travers ses soutiens dans le gouvernement français, une campagne de désinformation contre l’Algérie".
Le Quai d'Orsay a à son tour réagi à ces déclarations, via son porte-parole Christophe Lemoine. "Depuis quelque temps, les autorités algériennes ont adopté une attitude assez hostile vis-à-vis de la France", a déclaré Lemoine samedi sur franceinfo. " "Il n'y a pas de désinformation dans l'ensemble de cette séquence", a-t-il ajouté, indiquant que la France a "atteint avec l'Algérie, un seuil extrêmement inquiétant", mais soulignant que la "posture de dialogue (...) existe encore à Paris".
Lemoine est resté évasif sur les éventuelles démarches que la France pourrait entreprendre pour répondre à l'Algérie. "C'est une réflexion qui est en cours entre le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, et tout particulièrement son ministre Jean-Noël Barrot, et le ministère de l'Intérieur", a-t-il noté.