Détention de Tariq Ramadan : Un comité met en doute les motifs et réclame un procès équitable
- Le Comité de défense de l’islamologue a dénonce sa privation de ses droits en France et mis en garde contre la détérioration de son état de santé et le fait d’instrumentaliser son affaire pour attiser les feux de l’islamophobie.
Fadi İssa
08 Avril 2018•Mise à jour: 10 Avril 2018
IstanbulAA / Istanbul
Le Comité de défense de l’islamologue Tariq Ramadan a mis en doute, dimanche, les motifs de sa détention en France, réclamant de garantir son droit à « un procès équitable », au lieu d’instrumentaliser l’affaire pour « attiser les feux de l’islamophobie ou encore pour se soumettre au joug de la politique de l’extrême droite ».
Les autorités françaises ont interpellé Ramadan (55 ans), professeur à l’Université d’Oxford, le 2 février dernier, étant accusé de « viol de deux dames » en France, ce qu’il rejette en bloc.
Sous le titre « Appel international pour une mobilisation urgente », le comité a appelé les « partenaires internationaux » à dénoncer ce qu’elle a qualifié « d’une parodie de justice » dans l’affaire Tariq Ramadan, l’une des plus célèbres personnalités islamiques en Europe et dans le monde.
« Il ne relève pas de notre ressort de condamner ou pas Ramadan, et tout en respectant entièrement le droit des personnes ayant déposé plainte, il n’en demeure pas moins que nous réclamons son droit à bénéficier d’un procès équitable et sérieux, chose conditionnée inéluctablement par des enquêtes et une étude minutieuse du dossier par les juges », poursuit le comité.
Refus de la libération provisoire
Le comité de soutien de Ramadan a indiqué que Henda Ayari avait déposé, le 20 octobre denier, une plainte contre Ramadan, auprès du procureur général de la ville française de Rouen (Nord).
« Pour des raisons inconnues, le dossier a été transmis au bureau du procureur général de Paris. Après cela, des allégations similaires ont émergé par une deuxième plaignante puis une troisième connues de Christelle et de Marie », ajoute le comité.
Le comité ajoute que « Ramadan s’est déplacé, le 31 janvier 2018, à Paris, de sa propre volonté pour être interrogé par les enquêteurs et il a été immédiatement emprisonné avant d’être placé en détention provisoire ».
« Depuis la première audition, les contradictions et objections soulevées par la défense de Ramadan contre les témoignages des deux premières plaignantes ont été ignorées », poursuit le comité.
« La demande de libération de Ramadan sous caution a été ignoré tandis que l’affaire était toujours au stade de l’instruction. Les juges ont également rejeté la proposition des garanties de la défense consistant en la séquestration de son passeport suisse et de lui imposer une résidence surveillance avec bracelet électronique tout en ayant l’obligation de se présenter quotidiennement à la police », indique le comité.
Problèmes de santé
Le comité a dénoncé « l’isolement total » de Ramadan et sa privation, durant les 45 premiers jours de détention des visites familiales et des appels téléphoniques.
« A maintes reprises, sa famille et son équipe de défense n’ont pas été tenus informés de son transport à l’hôpital de même que les juges d’instruction l’ont empêché de prendre connaissance de son dossier », indique la déclaration.
Le comité a relevé que Tariq Ramadan est atteint de sclérose en plaques depuis 2014 et qu’il subit un contrôle médical strict.
« La maladie a pris d’une forme plus dégénérative depuis sa détention à cause de l’absence de soins appropriés », insiste le comité.
La famille de Tariq Ramadan exprime ses inquiétudes quant à son état de santé. « Il souffre de douleurs terribles et de difficultés à marcher de même qu’il a été contraint à maintes reprises à utiliser une chaise roulante ».
« Il souffre de maux de tête, de troubles du sommeil et de mémoire et il est extrêmement tendu. Le consul suisse a été choqué lors de sa visite en prison », précise le comité.
Procès médiatique
Le comité a indiqué que Tariq Ramadan « a été jugé et condamné par les médias avant qu’il ne soit jugé au regard de la loi. La personnalité façonnée par les médias est en contradiction totale avec l’homme et le grand respect dont il jouit », ajoute le comité.
«Il s’agit de la même accusation adressée à des ministres dans le gouvernement actuel (français). Cependant, ils bénéficient malgré cela par la liberté et la sérénité et exercent leurs fonctions jusqu’à présent », insiste le comité.
Les contradictions des plaignantes
S’agissant des plaignantes, le comité de défense de Ramadan estime qu’elles « n’ont présenté aucune preuve…bien au contraire, elles ont fait part de témoignages contradictoires aux enquêteurs et aux médias ».
« Ayari affirme n’avoir plus contacté Ramadan depuis 2013 alors que les avocats de la défense ont découvert qu’elle lui a envoyé près de 300 e-mails en 2014, soit 15 mois après le prétendu viol. De même, elle a reconnu avoir pris contacte avec lui via le réseau social Facebook en vue de le piéger », poursuit le comité.
« La deuxième plaignante Christelle a reconnu à la police avoir crée de faux comtes au nom de Tariq Ramadan dans le but de divulguer de fausses informations », a poursuivi le comité.
Quant à la troisième plaignante Marie, elle était, selon le comité, une « accompagnatrice du premier ministre des Emirats, gouverneur de l’émirat de Dubaï, et ne s’est pas contentée de piégée une haute personnalité comme Ramadan mais a tenté d’arnaquer une compagnie d’assurance ».
Islamophobie
Le comité de défense de Tariq Ramadan, petit fils de Hassan el-Banna, fondateur de la Confrérie des Frères Musulmans en Egypte, a dénoncé le fait de « soulever, constamment, le référentiel d’appartenance religieuses de Ramadan, ses origines et sa généalogie ».
« Cet état de choses pose des questionnements sérieux quant au racisme, à la discrimination et aux disparités dans la société française », ajoute le comité.
Et le comité de poursuivre : «Quant à la justice, elle ne sera pas garantie tant que l’affaire est manipulée pour attiser les feux de l’islamophobie ou en se soumettant à la politique de l’extrême droite ».
Requêtes du comité
Le comité de défense a appelé les autorités françaises à garantir le droit de Tariq Ramadan à un traitement juridique équitable et à « le libérer sans délai afin de lui permettre d’un traitement médical et pour préparer sa défense dans de bonnes conditions ».
Le comité a alerté que si la situation actuelle se poursuivrait, « les citoyens jaloux et soucieux de la justice aboutiraient au fait que les valeurs françaises, illustrées traditionnellement par la justice, l’égalité et la fraternité ne s’appliquent pas à certaines catégories e la société ».
Le comité a souligné que la « France se classera définitivement comme un pays de la discrimination raciste et de l’islamophobie ».