AA / Montréal / Hatem Kattou
La cheffe du Parti Vert fédéral au Canada, Annamie Paul, a annoncé, lundi, sa démission de son poste, une semaine après la tenue des élections législatives lui permettant de remporter deux sièges à la chambre des communes.
Faisant une déclaration publique, lundi après-midi, Paul, en poste depuis un peu moins d’une année, a déclaré : « Ça suffit, je n’ai pas la force de continuer ».
Annamie Paul a été élue à son poste le 3 octobre 2020, restant ainsi en poste moins d’une année.
La femme politique faisait allusion à l’instabilité chronique qui a secoué son parti depuis son élection, au « risque d’implosion » ainsi qu’à l’hostilité qui la cible par nombre de militants et dirigeants.
« Je n’ai pas la force de continuer à subir les attaques, les attaques dans notre parti, les attaques de nos conseillers, d’anciens chefs de notre parti envers notre conseil », a encore ajouté l’ancienne conseillère à la Cour internationale de justice.
« Ce n’est pas la raison pour laquelle j’ai décidé d'entrer dans la vie politique. C'est le moment d’aller dans une autre direction », a-t-elle lancé.
Il convient de noter que Annamie Paul est la première femme noire – de confession juive - à diriger un parti politique fédéral au Canada.
L’avocate de profession a relevé que « décider de continuer à diriger le parti s'est avéré une lutte terrible ».
« Les candidats et les bénévoles du parti méritaient d'avoir une cheffe et j'avais la responsabilité de montrer que quelqu'un comme moi pouvait aller aussi loin », a-t-elle encore souligné.
« Quand j’ai été élue et mise dans ce rôle, je brisais un plafond de verre. Ce que je n’ai pas réalisé à l’époque, c’est qu’il allait tomber sur ma tête, laissant des éclats de verre sur lesquels je devrais ramper pendant mon temps en tant que leader », a-t-elle lâché, la mine déconfite.
Evoquant les récentes élections législatives, tenues le 20 septembre courant, Paul a dit qu’après « avoir fait campagne sans financement, sans personnel et sans directeur de campagne, il était très difficile de convaincre les électeurs de voter pour notre parti ».
Le Parti Vert a remporté deux sièges uniquement, soit le même nombre de députés lors du scrutin d’octobre 2019. Toutefois, le nombre d’électeurs ayant voté en faveur de la formation écologique est passé de 6,5% à 2,3%.
Pire encore, Annamie Paul a perdu dans la circonscription (Toronto-Centre) dans laquelle elle s’est présentée, se classant quatrième.
Commentant ce piètre résultat, elle a dit « n'éprouver aucun regret d'avoir traversé ce qui a été la pire période de sa vie », d’autant plus qu’elle n’a pas « été surprise des résultats obtenus ».
Il convient de rappeler que les différends et autres dissensions au sein du Parti Vert, qui couvaient pendant des mois, ont été rendus publics au mois de mai dernier, en marge de l’attaque lancée par Israël contre la Bande de Gaza.
En effet, la députée Jenica Atwin, une des figures de proue et étoile montante du parti, avait condamné les frappes aériennes israéliennes contre Gaza, tout en réclamant « la fin de l’apartheid ».
Paul Manly, deuxième député du parti avait qualifié la situation dans la région du Moyen-Orient de « nettoyage ethnique ».
Le conseiller principal de la cheffe du parti, Noah Zatzman, avait accusé les députés en question de « discrimination et d’antisémitisme », s’engageant publiquement à contrecarrer leur réélection, des propos qui avaient déclenché une crise en interne.
Les militants du Parti ont reproché à Annamie Paul qui, rappelons-le, est de confession juive, de « ne pas avoir désavoué » son conseiller, et la député Atwin a annoncé qu'elle quittait le Parti pour rejoindre le camp des Libéraux. Elle a d’ailleurs été réélue à la chambre basse du parlement sous la bannière du Parti Libéral.
Réagissant à cette décision, le Premier ministre, Justin Trudeau, a souhaité, dans un tweet diffusé sur son compte officiel, « à Mme Paul une excellente continuation ».
« Merci, Annamie Paul, d'avoir répondu à l'appel et d'avoir servi les Canadiens avec détermination », a-t-il écrit.