AA / Montréal / Hatem Kattou
La situation des prisonniers de couleur noire au Canada est « mauvaise et a empiré d’il y a dix ans », a dénoncé, mardi, un Rapport rendu public par le Bureau de l’enquêteur correctionnel (BEC, gouvernemental).
Il ressort du 49ème Rapport annuel du BEC, qui vient d’être déposé par l’enquêteur correctionnel, Ivan Zinger, au parlement fédéral, que « les Noirs sont nettement surreprésentés dans les services correctionnels fédéraux et leur situation est aussi mauvaise et, à certains égards, pire qu'il y a 10 ans ».
Animant une conférence de presse, mardi, à Ottawa, Zinger s’est dit « très déçu » de la situation des détenus noirs et de ceux issus des communautés autochtones, en constatant que « les problèmes et obstacles systémiques restent aussi répandus et persistants qu'auparavant ».
Le BEC a, en outre, critiqué ouvertement l’attitude du « Service correctionnel du Canada » (SCC), qui a « eu amplement le temps et l’occasion de s’attaquer aux résultats disproportionnellement mauvais pour les Noirs sous sentence fédérale ».
Ivan Zinger a encore épinglé le SCC en évoquant son effectif, qui équivaut à 1,2 employé pour chaque prisonnier, ainsi que son budget qui avoisine les 2,9 milliards de dollars.
Soulignant que ce ratio (1,2 employé pour 1 prisonnier) est « l'un des ratios les plus élevés dans le monde, sinon le plus élevé », l’enquêteur a lancé : « Pour une organisation qui dépense autant d'argent pour avoir de mauvais résultats correctionnels, en particulier pour les prisonniers autochtones ainsi que pour les prisonniers noirs, c'est une véritable honte et quelque chose dont les Canadiens devraient se préoccuper ».
Le Rapport constate que ces détenus purgent une plus grande partie de leur peine d'emprisonnement « à des niveaux de sécurité élevés, avant de pouvoir être reclassés à des niveaux de sécurité moindres », et qu’ils sont « surreprésentés dans les transferts involontaires d'une institution à une autre », de même qu’ils se « retrouvent plus fréquemment et plus longtemps dans des unités d'isolement cellulaire ».
Ils font, également, « plus souvent l'objet d'accusations pour avoir enfreint les règles de l'établissement et sont généralement désignés comme étant affiliés à un gang ».
Le Rapport du BEC tient à préciser que, dans le cadre de ce rapport, « le terme Noir désigne les personnes s’identifiant comme Noirs, Africains subsahariens et caribéens ».
Réagissant à ce Rapport, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a souligné sa volonté de « lutter contre le racisme systémique et la surreprésentation des Canadiens noirs et racialisés et des peuples autochtones dans le système de justice ».
Dans une déclaration écrite transmise aux médias, Mendicino, se « réjouit à l'idée de travailler en étroite collaboration avec le SCC pour veiller à ce que des progrès soient réalisés à l'égard des questions soulevées dans ce rapport afin d'améliorer notre système correctionnel fédéral ».
« Tous les délinquants doivent pouvoir purger leur peine dans la dignité et sans crainte, dans un environnement propice à la réadaptation et qui les prépare à réintégrer la société canadienne », a-t-il relevé.
Selon des chiffres officiels, les détenus de couleur noire représentaient, en 2020-2021, 9,2 % de la population carcérale globale, alors qu'ils représentent environ 3,5 % de la population canadienne générale.
La plus grande proportion de Noirs est incarcérée dans la région de l’Ontario (54,8 %), suivie de la région du Québec (19,2 %), de la région des Prairies (13,6 %), de la région du Pacifique (7,1 %) et de la région de l’Atlantique (5,3 %).
La majorité parmi ces prisonniers sont de jeunes hommes, dont la tranche d’âge est située entre 18 et 30 ans.
Le BEC a été créé il y a cinquante ans, dans un contexte marqué à l’époque par une série d’émeutes dans les prisons, de prises d’otages, de meurtres, de chaos et de mauvaise administration du « Service des pénitenciers du Canada » (ancienne appellation).