Vesna Besiç,Lejla Bıogradlıja
01 Juin 2018•Mise à jour: 01 Juin 2018
AA - Bosnie-Herzégovine
Ajka Lokmic (104), habitante de la capitale bosniaque, Sarajevo (Centre-Est), a débuté le jeûne à l’âge de 7 ans et a suivi le rite islamique durant 93 ans. Aujourd’hui cette dernière se souvient avec nostalgie des mois sacrés du Ramadan d’autrefois.
La "mamie d’un siècle" a fait part à un correspondant de l’Agence Anadolu (AA) de sa nostalgie du Ramadan d’antan.
Indiquant avoir commencé à jeûner et prier à un très jeune âge, Lokmic regrette de ne plus pouvoir accomplir ces rites, depuis maintenant quatre ans, en raison de ses problèmes de santé.
Souffrant d’amnésie, la grand-mère Lokmic n’est également plus en mesure de se rendre à la mosquée depuis quatre ans.
C’est à l’âge de sept ans, à la demande de son frère, que Lokmic a commencé à jeûner. Cette dernière a fait savoir que sa famille était, autrefois, davantage conservatrice.
Mariée à 24 ans, Lokmic a quitté sa ville natale, Bosanski Samac (Nord, frontière serbe) pour s’installer à Sarajevo.
"J’ai eu une belle vie et quatre enfants. J’ai parfois été dure avec eux mais je leur ai enseigné le respect, l’importance de travailler et d’accorder de la valeur à autrui".
Lokmic a raconté que les mois sacrés du Ramadan, célébrés autrefois à Bosanski Samac et à Sarajevo, étaient plus joyeux.
Malgré les guerres vécues, la grand-mère Lokmic n’a jamais cessé de jeûner.
Indiquant qu’autrefois les voisins réalisaient ensemble la rupture du jeûne, Lokmic a souligné le changement intervenu au fil du temps.
"Tout est différent maintenant. Avant les portes des maisons étaient ouvertes. Ceux qui le souhaitaient venaient manger. Aujourd’hui, plus aucune porte n’est ouverte", a t-elle regretté.
- "Elle culpabilise"
La fille de la grand-mère Ajka, Zineta, a également souligné que sa mère n’est plus en mesure de jeûner à cause de ses traitements médicamenteux.
"Elle culpabilise parce qu’elle ne peut ni prier ni jeûner. Nous faisons des ‘’douas’’ (prières) pour elle, tous les soirs, après la rupture du jeûne".
Zineta a raconté que les ruptures de jeûne du temps de sa mère se faisaient non pas dans les restaurants mais chez les connaissances.
"Les gens s’invitaient les uns les autres. L’invité apportait sa bénédiction. Rien de tout cela n’existe aujourd’hui".
Précisant que sa mère préparait des "baklawas" (dessert), indispensables lors des repas de rupture en Bosnie-Herzégovine, Zineta a raconté que celle-ci n’en prépare plus désormais.
"Elle ne peut plus cuisiner mais cela ne l’empêche pas de critiquer ce que nous préparons", a-t-elle conclu.