Barrot met en garde contre les risques d'une intervention militaire forcée en Iran
- Sur un éventuel effondrement du régime iranien, le chef de la diplomatie française a appelé à l'élaboration d'un « plan pour l'après » garantissant « stabilité, sécurité et une forme d'intégration régionale »
Istanbul
AA / Istanbul / Mariem Njeh
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a averti mardi que toute intervention militaire extérieure forcée en Iran risquait d'aboutir à une « fragmentation » du pays, source d'instabilité régionale, de vagues migratoires, de résurgence terroriste et d'ingérences étrangères.
S'exprimant à la conférence Europa 2026 à Berlin aux côtés de son homologue allemand Johann Wadephul, Barrot a déclaré que les priorités immédiates de la France étaient « la sécurité de nos ressortissants et de nos actifs dans la région, la sécurité de nos partenaires, et le rétablissement de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz ».
Il a ajouté que la question du Liban, « pays qui nous est cher et qui a été entraîné dans cette guerre qu'il n'avait pas choisie », figurait également parmi les priorités.
Sur un éventuel effondrement du régime iranien, le chef de la diplomatie française a appelé à l'élaboration d'un « plan pour l'après » garantissant « stabilité, sécurité et une forme d'intégration régionale ».
Concernant le détroit d'Ormuz, Barrot a évoqué la constitution d'une mission internationale de sécurisation de la navigation, « dans le même esprit » que la mission européenne ASPIDES en mer Rouge, laquelle a permis de sécuriser le passage de « plus de 600 navires » en deux ans.
Il a par ailleurs lié la question énergétique à la posture stratégique européenne, estimant que l'accélération de la transition vers les énergies renouvelables et nucléaire visait précisément à « ne jamais aller en guerre à cause de nos dépendances aux énergies fossiles ».
- Les menaces de Trump contre les alliés de l'OTAN, une « opportunité » d'européaniser l'Alliance
Barrot a estimé que les pressions américaines sur les dépenses militaires européennes constituaient une « opportunité » de développer la vision et les capacités de l'Europe au sein de l'OTAN et d'« européaniser » davantage l'Alliance.
Interrogé sur les menaces répétées du président américain Donald Trump à l'égard des alliés de l'OTAN, Barrot a indiqué que l'engagement des États membres à porter leurs dépenses militaires à 3,5 % du PIB répondait à une attente américaine « de longue date, y compris avant l'entrée en fonction du président Trump ».
Le ministre a par ailleurs indiqué que la France envisageait une mission internationale de sécurisation de la navigation dans le détroit d'Ormuz, précisant que celle-ci ne pourrait intervenir que dans un contexte apaisé, « après déconflictualisation avec les acteurs majeurs de la zone, y compris l'Iran et Oman ».
Le président américain Donald Trump a vivement critiqué mardi les alliés de l’OTAN pour leur refus de s’engager dans la guerre contre l’Iran, estimant que l’alliance commet « une très grave erreur ».
S’exprimant à la Maison Blanche lors d’une rencontre avec le Premier ministre irlandais Micheál Martin, Donald Trump s’est dit « surpris » par la position de l’OTAN, alors même que ses membres reconnaissent, selon lui, qu’un conflit contre l’Iran était « une chose très importante à faire ».
« Je pense que l’OTAN fait une très grave erreur », a-t-il déclaré, ajoutant : « C’était un test important, car nous n’avons pas besoin d’eux, mais ils auraient dû être présents. »
Le président français avait exclu toute participation française à des opérations d'ouverture du détroit d'Ormuz « dans le contexte actuel », tout en se déclarant prêt à assumer un système d'escorte « une fois la situation plus calme ».
Sur la question ukrainienne, Barrot n'a pas exclu la possibilité de discussions directes avec le Kremlin, la France étant, selon lui, « le principal soutien sur lequel l'Ukraine s'appuie ».
- Barrot défend le FCAS et appelle les dirigeants politiques à imposer une solution aux industriels
Le ministre français des Affaires étrangères a réaffirmé la détermination de Paris à sauvegarder le programme d'avion de combat du futur FCAS, appelant les responsables politiques à trouver eux-mêmes une issue sans attendre le feu vert des industriels.
« N'attendez pas que la solution vienne des entreprises », a déclaré Barrot en référence aux blocages persistants entre les groupes de défense français et allemands sur le programme FCAS.
Le ministre a inscrit le FCAS dans la continuité d'une logique de mise en commun des ressources franco-allemandes, d'Airbus à la dissuasion nucléaire étendue, affirmant que la France se battrait « aussi longtemps que possible » pour trouver une solution à ce programme « susceptible de projeter notre relation dans les décennies à venir ».
Plus largement, Barrot a plaidé pour l'extension du vote à la majorité qualifiée au sein de l'Union européenne, la France privilégiant le domaine fiscal, l'Allemagne le domaine de la politique étrangère.
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