AA/ Conakry/ Mamadou Boussouriou Bah
Les activités commerciales ont été paralysées, lundi, en Guinée, à la suite de l'appel du Collectif des victimes des pillages des manifestations politiques de 2012 et 2013 à une journée sans commerce sur tout le territoire national, a constaté le correspondant d'Anadolu.
Au nombre de quatre cent quarante-deux (442) victimes, selon les autorités guinéennes, ces commerçants déclarent avoir perdu environ 46 milliards et 700 millions de Francs Guinéens (6.8 millions de dollars US) et appellent l’Etat à les indemniser.
‘’Cette démarche ne constitue pas uniquement une façon de nous associer aux victimes. Nous sommes même obligés de fermer nos boutiques aujourd'hui. Sinon des loubards n’hésiteront pas à nous attaquer’’ a déclaré à Anadolu, Mamadou Saliou Bah, commerçant rencontré devant sa boutique, fermée.
Au niveau des carrefours, un important dispositif de sécurité a été déployé.
‘’Nous sommes ici pour sécuriser les citoyens et leurs biens et nous assurer que ceux qui ne sont pas concernés par la manifestation vaquent librement à leurs occupations’’ a déclaré à Anadolu un agent de la police qui a préféré garder l'anonymat.
Contacté par Anadolu, le porte-parole du Collectif des Victimes, Abdoul Gadiri Camara, s'est dit satisfait de la réussite de la manifestation.
‘’La journée sans commerce est observée sur toute l’étendue du territoire. On a dit à tous les commerçants de rester à la maison. Et le mot d’ordre est respecté par la majorité’’, soutient-il ‘’Je suis allé au marché de Madina [le plus grand marché de la ville, ndlr] et j’ai sillonné beaucoup de quartiers, ce sont seulement les vendeurs de légumes qui se trouvent dans les marchés’’.
Concernant une éventuelle négociation avec les autorités guinéennes, le porte-parole du Collectif s'explique:
"Les autorités n’ont pas cherché à négocier avec nous. Jusqu’à présent, rien n’a été fait. Si le pouvoir avait tenté de négocier, on n’aurait pas maintenu notre manifestation. Depuis qu’on nous a recensés, nous n'avons été reçus qu'une seule fois au ministère du commerce’’ regrette t-il.
Si rien n’est fait pour leur indemnisation dans les meilleurs délais, les commerçants grévistes menacent "d’aller plus loin" en paralysant les commerces sur l’étendue du territoire jusqu’à la satisfaction totale de leurs revendications, selon Camara.
Samedi dernier, le parti au pouvoir (Rassemblement du Peuple de Guinée) avait appelé ses partisans à ouvrir leurs boutiques et magasins en faisant fi de l'appel lancé par le collectif des commerçants victimes de la violence politique de 2012 et 2013.
Ces commerçants reprochent à l'Etat d'avoir été incapable d'assurer l'ordre public pendant des manifestations politiques organisées par l'opposition guinéenne en 2012 et 2013, dans lesquelles elle avait appelé à des élections législatives libres et transparentes. Depuis, l'Etat guinéen avait, à maintes fois, promis l'indemnisation des victimes.
Lors de l'assemblée générale du parti au pouvoir du 23 août, le ministre des guinéens de l'étranger, Bantama Sow, a déclaré que ces victimes "ne méritent pas" l'indemnisation en ce qu'ils militent pour l'opposition. Cette affirmation a fini par déterminer le collectif de ces commerçants à organiser cette manifestation.