AA/Kigali/ Fulgence Niyonagize
A Kigali, capitale rwandaise, les habitants se plaignent fréquemment du vacarme de la musique jouée de jour, comme de nuit, par les pasteurs d’Eglises et les tenanciers de bars.
Une histoire atypique devenue pourtant véritable source d’agacement pour les kigalois qui n’hésitent pas à contacter les forces de l’ordre pour mettre fin au tapage diurne et nocturne.
Ainsi, dimanche dernier, sept pasteurs et tenanciers de bars ont été arrêtés dans plusieurs quartiers de la capitale, accusés de ne pas modérer le bruit de leurs instruments musicaux pendant la prière ou pendant les soirées dans les bars, selon des sources policières.
En septembre, quatre pasteurs avait déjà été arrêtés pour les mêmes raisons, ont confirmé ces mêmes sources.
Pour le maire de la ville, Fidèle Ndayisaba, rencontré par Anadolu, « ces arrestations n’ont jamais eu pour but d’empêcher la prière ou le bon temps ».
« Ce que nous voulons, c’est que les activités des uns ne gênent pas ceux qui ne sont pas intéressés », a-t-il déclaré, estimant aussi que « les églises et les lieux de loisirs devraient faire en sorte que le bruit qu’elles dégagent ne dépassent pas leur circonscription ».
Dans une déclaration à la presse locale datée de lundi, le Chef du Département d’Investigations Criminelles près la Police Nationale rwandaise, Theos Badege, avait assuré que « les forces de police ont fait tout leur possible pour sensibiliser les pasteurs de ces églises afin de diminuer le bruit mais ces derniers ne se sont pas pliés à cette requête malgré différentes mise en garde ».
« Ces arrestations ont été opérées sur plaintes insistantes des habitants du voisinage de ces églises. Les accusés sont surtout pasteurs des églises du réveil ainsi que des tenants des bars », a-t-il précisé.
« Aucune instance de sécurité n’a l’intention de priver les fidèles de faire leur culte ou aux autres citoyens de consommer leurs loisirs. Mais pour des salles de spectacles et autres lieux publics de rencontres de loisirs, pour avoir reçu l’autorisation d’exploitation, on doit bien sonoriser ses infrastructures afin de ne pas gêner son entourage », a fermement souligné Badege.
Les paroisses de l’Eglise Catholique et les mosquées qui se dégagent des agglomérations n'ont jamais fait l'objet de plainte jusqu'à présent mais « si un jour il faut qu’on arrête les cloches ou le zana parce que les citoyens le réclament, nous les stopperons », a déclaré à Anadolu, Mbabazi Modeste, porte-parole de la police dans la ville de Kigali.
Pour Athanasie Mukakabanda, une fidèle de l’Eglise Methodiste Libre Kicukiro (à Kigali), ces arrestations sont « injustes ».
« Elles ont été opérées avant même qu'il y ait la moindre nuisance sonore », a-t-elle confié aux différents journalistes présents sur les lieux de l'arrestation.
« Les officiers de Police ont fait irruption dans notre église pour y trouver des musiciens entrain d’arranger leurs instruments et leur voix. Notre pasteur arrêté les a trouvés dans notre église », a-t-elle précisé.
Le 17 septembre, une rencontre entre les pouvoirs publics et les représentants de diverses confessions religieuses opérant au Rwanda a été organisée, avec pour ordre du jour une mise en garde contre un tapage de jour et de nuit qui peut être puni de 2 mois de prison et d’un million de francs d’amende (1700$) par l’art. 600 du Code pénal rwandais.