AA/ Desk/ Esma Ben said
La région du Nord du Mali abrite une multitude de groupes armés qui, malgré l’intervention militaire internationale de 2013, continuent de tous nourrir la chimère d’un état saharo-sahélien indépendant.
Les six principaux groupes armés du Nord Mali sont actuellement en pourparlers à Alger, face à Bamako où le dialogue semble difficile. Après avoir revendiqué à l'unanimité l'indépendance des territoires du Nord, certains groupes armés se tournent à présent vers la lutte pour une autonomie ou pour "un fédéralisme" de l'Azawad, bouleversant ainsi la carte du Nord.
Voici un petit tour d’horizon de la nébuleuse des principaux mouvements rebelles et de leurs revendications.
1 - Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA)
Organisation politique et militaire touarègue, le MNLA a été fondé en octobre 2011 par l’union de combattant touaregs revenus de Lybie après la chute de leur « parrain », le président Mouammar Kaddafi, le même mois. Le mouvement a pour unique objectif l’autodétermination et l’indépendance du territoire de l’Azawad qui couvre la région de Tombouctou, la région de Kidal et la région de Gao, dans le nord du Mali.
En janvier 2012, le MNLA s’allie à Ansar Ed-Dine, un mouvement djihadiste fondé par Iyad Ag Ghali, ancienne figure des rébellions touaregs au Mali dans les années 1990-2000, et passe à l’offensive contre l’armée malienne afin de prendre le contrôle des régions du Nord.
Mais, dépassé par les nombreux autres groupes djihadistes présents dans la région, le mouvement perd son influence géopolitique restant toutefois l'un des principaux acteurs de la crise malienne. Le 18 juin 2013, il signe avec le pouvoir central et d'autres groupes rebelles du Nord, l'accord de Ouagadougou, dont l'objectif était de permettre un redéploiement minimum de l’armée et de l’administration maliennes dans la « capitale » des Touaregs afin d’y organiser le scrutin présidentiel.
Le 18 novembre 2013, le MNLA a été admis comme 13ème membre de l’Organisation des Etats Africains Emérgents (OAES), organisation intergouvernementale qui défend l’autodétermination des peuples en Afrique.
2 - La Coalition du peuple pour l'Azawad (CPA)
La CPA est un mouvement dissident du MNLA, crée à la mi-mars 2014 par Ibrahim Ag Mohamed Assaleh, ancien haut cadre de la rébellion touarègue MNLA et également signataire de l'accord de Ouagadougou. D'après Assaleh, le CPA rassemble près de 8 000 combattants et est représentatif des différentes communautés du Nord-Mali ( Arabe, Songhaï, Peul). Cependant, l'ancien cadre du MNLA, qui prônait l'autonomie du Nord et le dialogue avec Bamako, a été chassé courant septembre par les membres de sa coalition qui ont revendiqué à Alger, à l'occasion des pourparlers inter-malien, le fédéralisme de l’Azawad.
3 - La Coordination des Mouvements et Front patriotique de résistance (CM-FPR)
Mouvement armé actif pendant la guerre du Mali de 2012. La CM-FPR regroupe les milices d'auto-défense Ganda Koy et Ganda Izo, dont les combattants, à peine une centaine, sont principalement des Songhaïs du Nord (communautés noires) qui ont pour "objectif" de libérer le Nord des mains des touaregs. En 2012, lors de la Rébellion touarègue, les forces de Ganda Izo ont affronté les rebelles aux côtés de l'armée malienne.
En septembre 2013, la CMFPR s'est rapprochée du MNLA pour tenter de trouver une solution à la crise du Nord-Mali mais de mai à juillet 2014, le CM-FPR allié à deux autres groupes armés (GATIA) et (MAA loyaliste) affronte les rebelles du MNLA, du MAA et du HCUA dans les environs de Tabankort et Anéfis, dans la région de Gao. En août dernier, le mouvement a boycotté la rencontre de Ouagadougou, prélude aux pour-parlers d'Alger.
Au début du mois de septembre 2014, le mouvement qui réclame l'auto-détermination, a refusé de signer à Alger le protocole d'entente pourtant signé par tous les autres groupes armés présents et qui réclament un fédéralisme de l'Etat malien. Depuis, les autres groupes refusent de siéger à la même table que la CM-FPR.
4 - Le Mouvement arabe de l'Azawad (MAA)
Le MAA, lancé à la fin de l'année 2012 remplace le Front national de libération de l'Azawad (FNLA). Originaire de la région de Tombouctou, le MAA se revendique "laïc, non-terroriste" et ayant pour principal objectif de "défendre les intérêts de la communauté arabe du Nord-Mali". Courant décembre 2012, le MAA adopte un conseil exécutif, un conseil consultatif et un état major. Le secrétaire général du mouvement, Ahmed Ould Sidi Mohamed, dirige l'exécutif.
Au début de l'année 2013, le MAA s'est opposé à plusieurs reprises au MNLA avant de se réconcilier au mois d'août. Le MAA réclame "une large autonomie pour le Nord du Mali" mais est aussi signataire du protocole d'entente pour le "fédéralisme".
Courant l'été 2014, l'organisation du MAA est contestée et une dissidence se crée.
5 - Le Mouvement arabe de l'Azawad (MAA) - Dissident
La dissidence du MAA est plutôt proche du MNLA et réclame aussi l'autodétermination du peuple de l'Azawad. Le secrétaire général de cette faction alliée au MNLA s'appelle Sidi Ibrahim Ould Sidatt ,ancien maire de la localité de Ber à Tombouctou. Ce dernier bénéficie du soutien de Mohamed Elmaouloud Ramadane, chargé des relations extérieures du Mouvement et magistrat de fonction ainsi que du chef d'état major militaire, le colonel Houssein Ould almoctar dit Goulam.
6 - Le Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA)
Le HCUA est également un mouvement composé de touaregs. Née en mai 2013, il est dirigé par le fils du grand chef Intallah de Kidal Alghabass Ag Intallah (noblesse touarègue). Le HCUA prône l'autonomie plus que l'indépendance et veut "faciliter" le dialogue avec le gouvernement malien. Le mouvement touareg est aussi signataire de l'accord de Ouagadougou en 2013 avec le gouvernement de transition malien. Deux de ses membres sont actuellement membres du parti présidentiel "le Rassemblement pour le Mali" (RPM) . Il s'agit des députés Mohamed Ag Intalla, secrétaire général du HCUA, et Hamada Ag Bibi, ex-cadre d'Ansar Eddine (mouvement islamiste radical essentiellement composé de Touaregs maliens).